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Quinzaine photographique nantaise : invisibles en lumière

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C’est une photo d’un couple de femmes nues, tirée de la collection de Sébastien Lifshitz, qui orne l’affiche de la 22e Quinzaine photographique nantaise 2018. Le réalisateur du documentaire « Les Invisibles » en dit plus sur cette collection rare exposée au Temple du goût.

Comment est née cette collection de clichés anciens de couples homosexuels et travestis, que vous montrez pour la première fois ?
Je suis d’abord cinéaste, mais je collectionne la photographie amateur depuis mon adolescence. J’allais aux puces, dans les vide-grenier, et je tombais sur des photographies de famille merveilleuses, abandonnées. Avec le temps, je me suis rendu compte que ma démarche était assez obsessionnelle et que l’on trouvait des thèmes récurrents, dont l'homosexualité intime. En trouver des traces dans des albums photos était rarissime, car cette sexualité a été réprimée pendant très longtemps – et d'abord par la loi. Ce n'est que récemment que l'on a réalisé que l'homosexualité n'était pas seulement le fait de gens connus – Cocteau et Jean Marais, Yves Saint Laurent et Pierre Bergé… Beaucoup de couples anonymes vivaient dans les campagnes, dans les banlieues, les grandes villes. Ces gens ont une histoire et ont laissé des traces. C’est ce que montre cette exposition avec des photos provenant de plusieurs pays, sur une période 1890 à 1980.

Quelle évolution au cours du temps ?
La représentation de l'homosexualité est restée longtemps quasi invisible. Le problème n'était pas que cela existe, mais de le montrer, le rendre visible et donc être dans une forme de revendication. Et puis, garder une trace de son amour n’était pas si simple : il fallait acheter une pellicule, puis la faire développer dans un labo de quartier, aller chercher les photos… Cela demandait un certain culot. Dans les années 1930, il y a une libération des mœurs et les témoignages photographiques sont plus fréquents. La répression revient ensuite. Il faut attendre les années 1970 et la révolution sexuelle pour retrouver une production photo amateur de ces amours.

À Nantes, le 9 novembre, les « marches des fiertés » rue Beaurepaire ont été vandalisées à peine repeintes. Sortir de l’invisibilité reste compliqué ?
Je pense que la lutte est permanente, que nous devons continuellement veiller sur nos valeurs républicaines et démocratiques, ce en quoi on croit profondément : la liberté d’aimer, de penser, d'être. Ce n'est pas négociable. Si certains veulent imposer leur loi, intimider, il ne faut pas se laisser faire !

 

Pratique :

Les invisibles « collection  Sébastien Lifshitz » : exposition au Temple du goût, 30 rue Kervégan, du 14 septembre au 14 octobre, tous les jours de 14h à 19h. Gratuit.

Mis à jour le 11 septembre 2018