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ACTUALITÉS

Le Musée d’arts revit le scandale impressionniste de 1886

Jusqu'au 13 janvier 2019, le patio du Musée d’arts accueille « Nantes 1886, le scandale impressionniste ». Cyrille Sciama, commissaire scientifique de cette exposition, a travaillé 10 ans sur ce salon qui marqua l’arrivée de la modernité artistique à Nantes. Décryptage.

Comment est née l’idée de cette exposition ?
« Il faut remonter à 2006 ! Parmi les 40 000 ouvrages de la bibliothèque de recherche du musée, j’étais tombé sur un petit livret bleu : le répertoire des artistes exposant au salon de 1886 à Nantes. Certains noms m’ont sauté au visage : Renoir, Signac, Pissaro, Sisley, Guillaumin… Les salons étaient une tradition dans les grandes villes françaises au XIXe siècle, on en organisait dès 1825. Celui de 1886 est le dernier salon important organisé par la Ville de Nantes, et il a eu un énorme retentissement. La presse a publié un grand nombre d’articles dont les archives municipales ont gardé l’intégralité. Je me suis donc intéressé à cet événement et à ce qu’il disait de la ville. »

Le salon de 1886 a-t-il été important uniquement pour Nantes ?
« C’est aussi une date dans l’histoire de l’art, car c’est la dernière fois que les impressionnistes ont exposé ensemble. Le mouvement connaît alors une scission, les jeunes artistes comme Pissaro, Signac, Seurat, ayant évolué vers ce qu’on appelle le divisionnisme. »

Comment le salon a-t-il été monté à l’époque ?
« C’est la Ville qui l’organise et le finance. Les archives révèlent les stratégies adoptées pour faire venir les artistes : on monte un comité d’organisation parisien, un autre à Nantes, il y a des jeux d’amitié, de pouvoir... Il faut aussi souligner le rôle très important du maire de l’époque, Édouard Normand, pour imposer ce salon à un conseil municipal qui comptait quelques réticents. Le salon a finalement lieu du 10 octobre 1886 au 15 janvier 1887. Pour accueillir les 1 799 œuvres exposées, on construit un bâtiment provisoire en brique, de 100 m sur 30 m, sur le cours Saint-André. »

Comment l’événement est-il perçu alors, et pourquoi parle-t-on de « scandale » ?
« Les organisateurs sont dépassé par le succès du salon, qui sera le plus gros jamais organisé à Nantes et comptera 100 000 visiteurs. Une polémique naît dans la presse sur la présence des impressionnistes, avec des critiques qui sont en réalité les mêmes que celles faites à Paris 10 ans plus tôt : mal peint, dessin incompréhensible, couleurs criardes… Ces artistes représentant l’avant-garde sont regroupés dans une petite salle vitrée, avec une lumière particulière, alors que les artistes académiques sont présentés dans un grand salon carré, plus prestigieux. Ceux-là privilégient des thèmes comme la figure du héros, la religion, l’histoire, la France agricole… Aujourd’hui, l’impressionnisme ne choque plus mais quand on regarde ce qui était exposé en face, le décalage est énorme.  »

Quelles ont été les suites du salon ?
« La Ville a acheté en 1886 une seule œuvre impressionniste – une marine de Stevens – et des valeurs sûres, chez les académiques. Ceux qui ont pris des risques sont les collectionneurs privés, où l’on trouvait des défenseurs de l’art moderne. Ce sont eux qui vont développer le marché de l’art, et changer l’appréhension du public face à l’art du temps. L’académisme laissera progressivement la place à d’autres formes plus audacieuses, comme l’impressionnisme ou le symbolisme. »

 

L’info en plus

« Marché de l’art, collectionneurs et publics en régions. 1886-1900 » : c’est le titre du colloque organisé au Musée d’arts jeudi 6 décembre en coproduction avec le musée d’Orsay. Il résonne avec un ensemble de recherches menées à la fois par les institutions muséales et par les universitaires sur les rapports entre marchés de l’art, salons, collectionneurs et publics à la fin du 19e siècle. Les contributions des chercheurs, conservateurs, doctorants et enseignants proposeront une approche nouvelle sur ces sujets examinés depuis quelques années.

Mis à jour le 5 octobre 2018