Mairie

Séance du Conseil municipal, octobre 2009

"Le transfert de l’aéroport de Nantes Atlantique à Notre-Dame-des-Landes, quel intérêt pour les Nantais?"

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Mme LOIRAT, Conseillère municipale – Merci, Monsieur le Maire. Mes chers collègues, merci de nous accorder cinq minutes pour un dossier de trois milliards, cinq minutes pour un dossier aussi important qui traite du transport, de l’aménagement du territoire, des finances, d’agriculture et d’urbanisme. En cinq minutes, nous avons à peine le temps de vous poser à nouveau les questions auxquelles vous n’avez jamais répondu.

A commencer par cette question : avons-nous vraiment besoin d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes ? C’est pour nous la question essentielle et elle n’a jamais été posée pendant le débat public.

Vous savez, nous ne sommes pas nés contre Notre-Dame-des-Landes. Ce sont l’étude du dossier et le travail qui ont forgé notre conviction que ce projet est inutile aujourd’hui et ne présente aucun intérêt, ni pour les Nantais ni pour aucun habitant des Pays de la Loire ou de Bretagne. C’est pourquoi nous avons demandé un moratoire sur Notre-Dame-des-Landes, demande de moratoire confirmée le mois dernier par Nicolas Hulot.

Vous avez affirmé tout à l’heure que ce n’était qu’un transfert. Sans jouer sur les mots, sans avoir fait Sciences-Po ni l’ENA, avant l’opération de Notre-Dame-des-Landes, nous avons 2 000 hectares de terres agricoles et après l’opération, une énorme plateforme aéroportuaire. Transfert ou non, le paysage va en tout cas considérablement changer.

Quel est le coût réel global et réactualisé de cette plateforme ? Le coût n’a jamais été réévalué depuis 2002. Comment croire au budget annoncé de 581 M€ hors taxes, alors que la DGAC elle-même estimait le coût total de Notre-Dame-des-Landes à 4 Md€ et qu’ailleurs, la construction d’un aéroport coûte 3 Md€ à Londres Stansted et 5 Md€ à Lisbonne.

Quels seront les accès à Notre-Dame-des-Landes ? Comment les financerez-vous puisque seule une desserte routière est prévue dans le financement officiel du projet ? Notre-Dame-des-Landes sera-t-il un aéroport avec un accès tout automobile, à contresens de toute modernité et en contradiction avec tous vos discours sur l’intermodalité ?

Sans desserte ferroviaire de l’aéroport, comment écoulerez-vous le fret de 50000 tonnes prévues à terme sinon par des camions ? Combien de camions par heure, par jour ?

Vous annoncez maintenant une ligne rapide Rennes-Nantes via Notre-Dame-des-Landes. Avec quels financements ? Pour le tronçon Notre-Dame-des-Landes-Nantes, par où passerez-vous ? L’urbanisation actuelle du nord de la métropole ne condamne-t-elle pas déjà cette option ?

Tout à l’heure, on nous a dit que les alternatives pour réaménager Nantes Atlantique coûteraient à peu près le même prix que Notre-Dame-des-Landes. C’est faux. On estime à peu près à 130 M€ le réaménagement de Nantes Atlantique et éventuellement la réorientation de la piste.

Quels seront les coûts pour les réseaux d’adduction d’eau et d’électricité de la future plateforme ? Rien n’est précisé à ce sujet. Il n’y a que des questions dans le rapport d’enquête publique. Comment alimenterez-vous la plateforme en eau ? D’où viendra l’eau ? Où la puiserez-vous ? Dans la Loire ? Dans la nappe phréatique ? Où iront ensuite les eaux usées et les eaux de ruissellement ? Dans la Loire ? A l’est, vers l’Erdre, au nord, vers la Vilaine, accentuant ainsi les risques d’inondation ?

Quel sera l’impact de l’imperméabilisation de 2 000 hectares de terres sur le réseau hydraulique existant de Notre-Dame-des-Landes ? Tous les risques d’inondation liés à la construction de la plateforme ont-ils été bien mesurés ? Nous pensons en particulier au périphérique nantais. De quoi auriez-vous l’air, le jour de l’inauguration, si vous aviez les pieds dans l’eau ?

Comment alimenterez-vous la plateforme en électricité ? Par un réacteur nucléaire peut-être, comme le laisse entendre la directive territoriale d’aménagement qui prévoit l’aéroport, qui prévoyait l’extension de Donges-Est et un réacteur. Me direz-vous encore une fois que vous allez accompagner l’Etat dans cette démarche ?

Vous allez non seulement détruire 1600 hectares de terres, mais aussi supprimer tous les emplois agricoles qui en sont induits. Combien d’emplois ? La laiterie de Derval vient de fermer. Quelle sera la prochaine sur la liste ?
Vous avez récemment annoncé la suppression de Nantes Atlantique. N’est-ce pas fragiliser ainsi le site d’Airbus ? La perte d’attractivité du site ne le placera-t-elle pas à la merci d’une délocalisation de ses activités qui ne se fera certainement pas en zone euro, mais plutôt en zone dollar ?

Nous aussi nous sommes pour de l’emploi, mais pour des emplois mieux répartis sur le territoire, plutôt que concentrés autour d’une méga plateforme. Oui à des emplois dans l’artisanat local, dans la rénovation énergétique des bâtiments existants, dans la construction de logements, de maisons de retraite, de crèches, de maisons de santé dans le monde rural. Oui aux emplois aussi dans le développement du ferroviaire, des transports en commun et des énergies renouvelables.

De l’aveu de l’un de vos proches, dans trois ans, Rennes sera à 1 heure 27 de Paris et sera plus attractive que nous pour les entreprises. A qui la faute ?
En pleine crise mondiale du transport aérien, au lendemain du Grenelle de l’environnement, pourquoi tout miser sur l’aérien ? Le taux de croissance du trafic aéroportuaire nantais a quand même baissé de moitié, chutant de 12 % à 6 %. La croissance à deux chiffres est finie, non pas que je m’en réjouisse, mais c’est ainsi.

Pire, votre projet ne tient même pas compte des 2 000 kilomètres prévus de ligne à grande vitesse. Il ne tient pas compte non plus de la volonté des compagnies aériennes d’acheminer en TGV leurs passagers jusqu’aux trois hubs européens que sont Francfort, Londres et Paris, mais sûrement pas Nantes, pour des trajets de moins de trois heures.

Pourquoi faire un aéroport pour les 10 % de la population qui prend l’avion ? Que proposez-vous pour les 90 % restants ? Il faut aussi développer le ferroviaire et nous n’aurons pas les moyens de faire les deux.

Vous voulez combler à tout prix les lacunes du projet actuel à Notre-Dame-des-Landes, alors que Nantes Atlantique dispose déjà de tous les atouts, pour peu qu’ils soient optimisés. Vous essayez de faire passer votre projet pour « écolo ». Alors, pourquoi aucun « écolo » ne le défend ? J’entends les « écolos » d’origine et non ceux qui sont nés mercredi dernier avec du duvet sur la tête !

Aujourd’hui, le projet ne passe plus. Dos au mur, à court d’arguments, vous brandissez, à la veille de ce débat au conseil, 18 signatures de maires pro NDDL, tous issus de l’agglomération nantaise bien sûr. Que faites-vous des 460 signatures d’élus qui doutent de Notre-Dame-des-Landes à la veille des Régionales ? Avant d’étaler Nantes jusqu’à Notre-Dame-des-Landes, il est encore temps de changer d’avis et de renoncer courageusement à ce projet.
S’il-vous-plaît, mes chers collègues, étudiez les solutions alternatives qui vous sont proposées et organisez une audition de ces mêmes alternatives pour tout le conseil municipal. Non seulement elles optimisent et sécurisent Nantes Atlantique, mais elles ouvrent aussi des possibilités de développement ferroviaire pour notre ville, notre département et notre région. Je vous remercie de votre attention.

M. LE DEPUTE-MAIRE – Merci beaucoup, Madame Loirat. Madame Meyer. 

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Conseil municipal, octobre 2009

Débat thématique sur "Le transfert de l’aéroport de Nantes Atlantique à Notre-Dame-des-Landes, quel intérêt pour les Nantais?"- Séance du Conseil municipal du vendredi 16 octobre 2009.


Introduction par Jean-Marc Ayrault,
député-maire de Nantes

 

Interventions de:

Conclusion de M. AYRAULT

Mis à jour le 20/04/10