Mairie
Séance du Conseil municipal, octobre 2009
"Le transfert de l’aéroport de Nantes Atlantique à Notre-Dame-des-Landes, quel intérêt pour les Nantais?"
M. VRAIN, Conseiller municipal – Merci, Monsieur le Maire. Chers collègues, Mesdames, Messieurs, pour nous, les Alternatifs, cinq minutes pour s’exprimer, c’est peu au regard de l’importance du sujet et de la force de frappe publicitaire des promoteurs du projet. On y a eu droit avec le plaidoyer pro domo de Monsieur Jacquet qui est absolument truffé d’omissions et de contre-vérités.
J’en citerai trois, je n’ai pas le temps en cinq minutes. Nombre de mouvements stagnant depuis des années : 38 000 par an. La saturation est un mythe. Genève a treize millions de passagers. Troisième et dernière, mais il y en a bien d’autres : les reports du TGV sont loin d’être terminés.
Le côté indispensable du projet et même stratégique tel que vous l’affirmez, Monsieur le Maire, renvoie à l’ambition pour Nantes et son attractivité.
L’attractivité de Nantes se base avant tout sur son tissu technique et universitaire, ses services publics performants, ses politiques de transport courageuses, ses mutations des espaces publics et culturels et bien entendu sa légendaire qualité de vie, à laquelle s’ajoute notre aéroport Nantes Atlantique. Celui-ci est très loin d’être saturé et est facilement accessible par la route, à moins de deux kilomètres du périphérique, mais aussi par le rail à peu de frais puisqu’une voie ferrée y passe et que le tramway est seulement à trois kilomètres. Cette attractivité de Nantes ne se dément pas et n’a nullement besoin d’une autre infrastructure aéroportuaire prévue pour neuf millions de passagers en 2050.
Vous savez comme les prévisions économiques sont souvent démenties par les faits et la crise que nous vivons depuis un an nous le rappelle. Les savantes prospectives reprises par les promoteurs du projet ne font pas exception à la règle. Je vous donne un petit exemple. Les hypothèses de base du dossier d’enquête publique qui datent de 2002 retenaient un pétrole à soixante dollars en 2025. Vous avez bien entendu, en 2025, pour les experts, le pétrole coûtera 60 dollars. Cherchez l’erreur !
La même fiabilité doit se retrouver sur l’évaluation du coût de l’infrastructure affiché inférieur à 600 M€. Et encore, à ce coût hypothétique devrait s’ajouter le tram-train, soit 200 M€ minimum, sans parler de l’ambitieuse ligne à grande vitesse réalisable à plus de 2 Md€. Soyez sûrs que les entreprises qui auraient à gérer l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes pour 55 ans ne feront pas d’impasse. Elles n’accepteront qu’un financement sécurisé pour elles et donc risqué pour l’Etat et pour nous, les collectivités locales qui avons imprudemment voté au Conseil régional, au Conseil général et à Nantes Métropole, une délibération sur le retour à meilleure fortune, c’est-à-dire un financement des gestionnaires au cas ils seraient en déficit. C’est ce que l’on appelle la socialisation des pertes.
Soyons réalistes. Les fonds consacrés à ce projet ne seront pas investis ailleurs, dans l’application de nos politiques publiques.
Il faut rappeler, chers collègues, les grandes incertitudes qui pèsent. Le secteur aérien est totalement libéralisé et les compagnies font ce qu’elles veulent. Elles viennent et elles s’en vont sans demander l’autorisation, comme la compagnie régionale Airlines qui a déserté il y a peu Clermont-Ferrand du jour au lendemain et a fait passer le trafic de cette plateforme de 1,4 million de passagers à 600 000 passagers.
Quel modèle de société est intégré dans le logiciel des promoteurs du projet ? Celui affiché comme porteur, chers camarades et amis, n’est pas vraiment de gauche. C’est le modèle des charters pour les vacances et des low-cost, compagnies low-cost, avec des emplois low-cost, des exigences sociales et environnementales low-cost, accompagnées ici de délocalisations et de casse sociale puisque les promoteurs du projet n’hésitent pas à déplacer 1 500 emplois du sud au nord-Loire, sans compter les autres emplois induits et la fragilisation des entreprises déjà en place à Nantes Atlantique. Bel exemple de renforcement du sud-Loire!
Les promoteurs du projet nous promettent des compensations par un développement forcément fulgurant autour de Notre-Dame-des-Landes. Encore un pari de plus ! Pari, terme confirmé d’ailleurs dans la conclusion du rapport d’enquête publique.
Dans cette croyance quasi religieuse en un développement sans limite du transport aérien, dans cette ode à la croissance sans critique, nous sommes bien loin des ambitions d’une société de développement solidaire, d’une croissance sobre, en s’appuyant localement sur notre Agenda 21 ou le Plan Climat. Tous ces enjeux de société seront bien évidemment au cœur des projets proposés pour les Régionales de 2010.
Pour finir, nous sommes choqués des obstacles démocratiques mis à la manifestation de l’information. Nous savons bien qu’en proposant le débat, l’opposition municipale cherche à mettre des clivages dans notre volonté réaffirmée de poursuivre les politiques que nous menons en matière de services publics, de reconstruction de la ville et des espaces publics, de vie culturelle, de transports collectifs ou de déplacements doux et j’en passe.
Pourquoi n’accepte-t-on pas une étude indépendante sur les solutions alternatives pour traiter la question du survol de Nantes et des nuisances induites ? Pourquoi rejette-t-on d’un revers de main les propositions fortes étayées des associations ? Pourquoi ne disposons-nous pas publiquement du cahier des charges envoyé aux quatre candidats retenus pour un partenariat public/privé qui va durer 55 ans et engager nos collectivités sur la même durée?
Monsieur le Maire, chers collègues, nous sommes à votre disposition pour reprendre un vrai débat où nous pourrions confronter les arguments des uns et des autres. Ce travail que nous essayons de faire, au nom des alternatifs, avec le groupe de 500 élus mobilisés, pour informer dans les communes de Loire-Atlantique, est une base pour élaborer des décisions démocratiques sur les grands projets. En vous remerciant pour votre attention, nous vous invitons à le rejoindre.
M. LE DEPUTE-MAIRE – Merci. Monsieur Alexandre Mazzorana-Kremer.
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