Mairie

Séance du Conseil municipal, octobre 2009

"Le transfert de l’aéroport de Nantes Atlantique à Notre-Dame-des-Landes, quel intérêt pour les Nantais?"

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M. MAGNEN, Adjoint – Monsieur le Maire, chers collègues, l’avenir de la métropole ne peut se concevoir en opposition ou en ignorance des grands enjeux environnementaux et climatiques. Il doit également intégrer la réalité d’une situation dégradée de nos finances publiques qui impose des choix budgétaires responsables. Cet élément a été peu abordé aujourd’hui dans le débat pour l’instant.

Le projet Notre-Dame-des-Landes est de la compétence de l’Etat, comme cela a été rappelé. C’est donc à l’Etat qu’il convient aujourd’hui de se prononcer en tenant compte de ses capacités d’investissement, des impératifs environnementaux et des attentes des populations. Manifestement, cela n’a pas encore été pris en compte.

Chacun a conscience qu’il est irréaliste aujourd’hui de tabler sur une multiplication des investissements publics et singulièrement de l’Etat, sur des projets d’infrastructures aéroportuaires, ferroviaires, routières et maritimes. C’est ainsi que l’Etat a indiqué récemment ne pas vouloir s’engager sur le projet d’un nouveau franchissement de Loire entre Nantes et Saint-Nazaire.

On ne peut pas à la fois déplorer et dénoncer à juste titre le déficit abyssal de l’Etat et en appeler en permanence à des dépenses considérables qui ne pourraient se faire qu’au détriment des efforts de solidarité et de cohésion sociale. Ces efforts, la crise les rend chaque jour plus indispensables. Le gouvernement s’y refuse, en arguant de contraintes budgétaires certes réelles, mais qui pourraient sans doute trouver un début de solution si l’on redéfinissait les priorités de l’action publique.

Car c’est bien de cela dont il s’agit. Comment assurer un développement durable et socialement équilibré de nos territoires tout en respectant l’impératif de sobriété budgétaire qui s’impose à nous ?

Nous pensons, nous, Verts, que le temps est venu d’une remise à plat objective de l’ensemble des schémas de transport sur notre territoire. S’agissant du transport de marchandises, le fret ferroviaire et la voie maritime doivent concentrer les investissements publics. En matière de transport de voyageurs, l’optimisation des infrastructures existantes doit être la règle et toutes les voies de la multimodalité explorées, ce que confèrent le Grenelle de l’environnement et le Livre blanc de la Commission européenne concernant les transports.

Les plateformes aéroportuaires du Grand Ouest ont fait l’objet, au cours des dernières décennies, de nombreux investissements privés et publics et nous pensons que la mise en réseau de nos aéroports et une nouvelle répartition des types de trafic peuvent assurer une meilleure desserte de notre territoire, notamment pour les liaisons internationales régulières. Cela permettra d’utiliser certains aéroports existants, comme celui d’Angers-Marcé, totalement sous-exploité.

On a voulu nous faire croire que Nantes Atlantique serait menacé de saturation, avec à terme quatre millions de passagers. On ne parle plus du tout de cet argument, sauf Monsieur le représentant de la préfecture qui en a reparlé tout à l’heure. Il avait, ces derniers mois, été rapidement balayé. Effectivement, les aéroports à piste unique de Barcelone, Gatwick, Manchester ou comme le rappelait Bertrand Vrain, celui de Genève, accueillent chaque année dix à quinze millions de passagers sans problème.

L’opposition des Verts au projet de Notre-Dame-des-Landes est ancienne et connue. Les évolutions de la situation économique, comme la prise de conscience croissante des enjeux climatiques ne font que la renforcer. La déclaration d’utilité publique de 2008 ne constitue à nos yeux qu’une étape purement administrative.

A l’instar des projets de centrale nucléaire du Carnet et de l’aménagement de Donges-est, tous deux abandonnés, la DUP ne préjuge en rien de l’adhésion de la population et de la légitimité d’un projet que nous jugeons économiquement et écologiquement dépassé. Force est de constater que l’intérêt stratégique du projet est aujourd’hui toujours contestable et de plus en plus fortement contesté, contrairement à ce que l’on peut ressentir dans cette assemblée.

Les contorsions sémantiques issues du Grenelle de l’environnement n’y changent rien. On ne peut à la fois prétendre limiter la création de nouveaux aéroports – je cite – « aux cas de déplacement de trafic pour des raisons environnementales » et faire de la croissance du trafic et du développement de nouvelles liaisons, la justification de la poursuite du projet.

Aux défenseurs de ce projet qui agitent l’argument de la sécurité des populations, nous rappelons qu’il ne suffit pas d’affirmer qu’il n’existe pas d’alternative au mode de survol de l’agglomération nantaise pour que cette assertion soit vérifiée. La presse locale s’est faite récemment l’écho de l’avis de professionnels de l’aviation de Nantes Atlantique certifiant le contraire. Contrairement à ce que l’on nous assène, Nantes Atlantique n’est pas l’aéroport français le plus enclavé en milieu urbain. Il y a moins loin d’ailleurs entre Blagnac et la place du Capitole à Toulouse qu’entre cette salle et Bouguenais. Si le survol de la ville de Nantes est un danger, fermons l’aéroport de Nantes Atlantique, ainsi que ceux des villes de Nice, Toulouse et Marseille, toutes survolées par les avions et je ne m’en tiens qu’à la France.

Enfin, une autre solution existe, qualifiée récemment de leurre : la piste alternative et non pas la piste supplémentaire, Madame Meyer. Je vais être court sur ce sujet, citant juste une remarque des conclusions de la commission d’enquête, lors de l’enquête publique, page 354. « La commission d’enquête a regretté que la question de l’alternative de Solidarité Ecologie, une seule piste est-ouest, n’ait pu être totalement traitée par le débat public. Le maître d’ouvrage a principalement examiné une solution deux pistes à Nantes Atlantique ». C’est la commission elle-même qui le dit ; l’alternative n’a jamais été vraiment étudiée et la seule étude réalisée, celle du maître d’ouvrage, ne s’est pas faite sur de bonnes bases. La moindre des choses, chers collègues, serait de diligenter enfin une étude sérieuse et indépendante sur cette question.

De même, nous nous refusons à opposer habitants du sud-Loire et riverains de Notre-Dame-des-Landes, pour des raisons de pures opportunités politiques. L’accusation de prise en otage d’une partie de la population par une autre est insultante, notamment pour les militants associatifs pacifiquement mobilisés depuis des années contre le projet. Elle est même contre-productive.

Plus globalement, le respect dû à nos concitoyens doit conduire à refuser la caricature d’un débat qui opposerait d’une part des élus croqués en bétonneurs ignorants des enjeux écologiques et d’autre part des femmes et des hommes stigmatisés comme opposants aveugles aux progrès économiques et techniques, partisans d’un retour à l’âge de pierre et insensibles aux problématiques de l’emploi.

On ne peut à ce titre que s’étonner du dernier rebondissement avec l’annonce de l’abandon pur et simple de la poursuite de l’exploitation de Nantes Atlantique pourtant prévue par toutes les études précédentes et liée au pôle aéronautique de Bouguenais. N’est-ce pas Gilles Retière, maire de Rezé, qui déclarait ceci il y a quelques années devant son conseil municipal ? Je le cite : « Nous, habitants les plus proches, nous ne demandons pas la disparition de l’aéroport actuel. Je suis en désaccord avec le dossier de l’Etat qui annonce sa disparition. La piste doit rester en fonctionnement pour les besoins de l’entreprise Airbus. Jamais nous n’avons vu disparaître une piste désaffectée ».

Ce qui était impossible hier, le maintien de l’activité Airbus dans l’agglomération sans piste aérienne adjacente devient donc aujourd’hui parfaitement réaliste. Du reste, nous dit-on, la société Airbus s’y engage. Qu’il me soit permis ici d’émettre quelques doutes sur cette affirmation. Les salariés européens et français ont appris souvent à leurs dépens ce que vaut le type de promesses qui n’engagent, comme on dit, que ceux qui les entendent. Comment croire un seul instant qu’un site industriel qui perd un tel atout va se renforcer ? Sans la piste de Nantes Atlantique, on fragilise Airbus et EADS dans la région. Chacun sait que lorsqu’il leur revient d’arbitrer entre différents sites de production pour la construction d’un nouvel appareil, les groupes aéronautiques procèdent à des choix avant tout financiers et les considérations territoriales ne pèsent que trop peu.

L’abandon annoncé de l’exploitation de Nantes Atlantique pour Airbus est donc un facteur de fragilité future de l’ensemble du pôle industriel de notre région. Les syndicats de salariés ne s’y trompent pas et ont exprimé, à ce titre, leurs inquiétudes.

Ensuite, on nous affirme que la réalisation de Notre-Dame-des-Landes devrait éviter la consommation d’espace, limiter l’étalement urbain et le grignotage des terres agricoles suburbaines. Comment croire un instant que la destruction de 1 600 hectares au nord de Nantes évitera de consommer de l’espace, limitera l’étalement urbain et le grignotage de terres agricoles ?

De plus, on nous assure que le transfert de l’aéroport du sud-Loire au nord-Loire sera un formidable accélérateur du développement économique du sud-Loire et participera au rééquilibrage entre le nord et le sud. Excusez-moi, chers collègues, on croit rêver !

Pour notre part, nous réitérons notre opposition formelle à toute participation financière des collectivités locales au financement et à l’exploitation de cet équipement. Cela relève de la responsabilité de l’Etat. Rappelons que la durée de la concession sera de 55 ans, comme il a déjà été évoqué tout à l’heure. Qui peut dire aujourd’hui quel sera l’avenir du transport aérien dans dix ou quinze ans, alors que depuis 2008, les compagnies aériennes subissent de lourdes pertes, estimées pour 2009 à 11 Md€, dues tout d’abord à l’augmentation du prix du pétrole, puis à la crise économique mondiale ?

Enfin, et ce sera ma conclusion, il y a quelques jours, nous participions tous à l’organisation d’une votation populaire sur le statut de la Poste – presque tous excusez-moi. L’avenir de la Poste qui appartient à tous les Français ne peut être décidé par quelques-uns et doit faire l’objet d’un référendum national. C’est bien ce que nous revendiquions. Cette exigence citoyenne qui vaut pour une grande entreprise publique, pourquoi ne vaudrait-elle pas aujourd’hui pour un projet d’infrastructure qui engage aussi profondément l’avenir de notre territoire et les finances de nos collectivités ?

Nous nous réjouissions de ce débat aujourd’hui ; je dirais « enfin ». Nous espérons qu’il ne sera pas le point final d’un processus, mais le début d’une véritable prise en charge citoyenne de la question. A en croire la presse de ces jours derniers, le mot d’ordre des partisans serait devenu « assez » : assez de débats et d’échanges d’arguments sans doute dans l’esprit des partisans du projet. Manifestement, dans leurs rangs, certains doutes s’expriment. Confer l’intervention de Monsieur Marc Laffineur dans la presse ces derniers jours ou les interventions, il y a quelques mois, de Monsieur Joël Batteux, Maire de Saint-Nazaire, sur ce sujet.

Pour notre part, nous n’avons pas changé de position depuis quinze ans et encore moins aujourd’hui qu’hier. Le message est différent et nous l’assumons. Oui, mes chers collègues, assez tourné autour du pot. Alors, un référendum régional sur ce projet d’aéroport ? Pour les élus verts, la réponse est nette. Chiche ! Je vous remercie.

M. LE DEPUTE-MAIRE – Merci. Monsieur Even.

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Conseil municipal, octobre 2009

Débat thématique sur "Le transfert de l’aéroport de Nantes Atlantique à Notre-Dame-des-Landes, quel intérêt pour les Nantais?"- Séance du Conseil municipal du vendredi 16 octobre 2009.


Introduction par Jean-Marc Ayrault,
député-maire de Nantes

 

Interventions de:

Conclusion de M. AYRAULT

Mis à jour le 20/04/10