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Les églises nantaises
La basilique Saint-Nicolas
"Grand acte de Foi au milieu de la cité", telle est la basilique Saint-Nicolas, oeuvre majeure de Mgr Fournier, un enfant de la paroisse né en 1803. Ancien professeur de philosophie, curé de la paroisse à partir du 25 mars 1836, il fut nommé évêque de Nantes le 17 mars 1870, et décéda à Rome le 9 juin 1877, lors d'un pèlerinage. Célèbre pour son action sociale et son attitude politique, Félix Fournier est notamment connu pour la fondation, en 1837, de la société Saint-Vincent de Paul.
Curieuse église de pur style ogival du début du XIIIe siècle, construite au XIXe siècle sur la paroisse du Bourgmain, l'église Saint-Nicolas est, des fondations aux faîteaux, le premier édifice inspiré du Romantisme qui, avec les arts libéraux, délivra les Beaux-arts de l'académisme gréco-romain. C'est en France, le premier projet d'église de style gothique accordé à l'époque, avec celui de Saint-Clotilde de Paris.
Mentionnée en 1186, on sait peu de choses sur la chapelle primitive devenue église en 1287. Comprise, à partir de 1226, dans l'enceinte de la ville érigée par Pierre de Dreux, dit "Mauclerc", et adossée aux murailles dont on voit encore un pan rue Duvoisin. Orientée est-ouest, son abside se trouvait à l'emplacement de l'actuelle rue Affre, et le maître-autel était situé là où se dresse maintenant le tombeau de Mgr Fournier.
En 1449, la paroisse achète des terrains mitoyens pour construire une nouvelle église. En 1452, les fabriciens ajoutent un bas-côté, puis en 1458, une sacristie. L'église est carrelée. En 1472, on décide d'agrandir l'édifice avec un deuxième bas-côté dont les travaux sont réalisés par Jean et Pierre Hochard pour la maçonnerie, et à Jean de Borgel pour la charpente. Les travaux sont achevés le 24 février 1478.
A l'intérieur, on trouvait trois nefs séparées par six gros piliers, un chevet plat, un transept exigu conduisant au porche de sortie. Trois ou quatre chapelles latérales s'ouvraient sur le bas-côté nord de l'édifice qui était, en partie, recouvert de lambris. L'église, entourée de deux cimetières, fut bénite et consacrée, selon Travers, par l'évêque Bernard du Chaffault en 1479. Jean Perrier rebâtit le porche en 1483, et le surmonte d'un vitrail de Bertrand le Soudet.
On admirait derrière le grand autel, dans le chevet, une superbe verrière de 1499 attribuée à Pierre de Chasse, et qui fut brisée à la Révolution. En 1499, l'autel de l'église est détruit pour faire place à un nouveau achevé en 1501. On refait le clocher, et le chevet est reconstruit de 1666 à 1672.
En 1766, une délibération et un plan indiquent le projet de construction d'une nouvelle église à Saint-Nicolas.
A partir de 1793...
A partir de 1793, l'église est occupée par l'atelier de la Montagne, spécialisé dans la fabrication d'armes blanches. Rouverte au culte, on sent le besoin d'une reconstruction totale. Cette église de forme carrée, jusqu'en septembre 1848, incarnait, pour l'adolescent qu'était Jules Verne, le vétuste et vénérable sanctuaire, théâtre de son premier roman : Un prêtre en 1839.
Un premier projet néoclassique avait été réalisé par François Ogée, architecte-voyer, et approuvé en 1825. Il ne fut pas réalisé, faute de financements.
Devenu curé en 1836, l'abbé Fournier décide le Conseil de fabrique à mettre le projet en concours : le style gothique pour un devis de 800 000F. Lauréat du premier concours lancé par le conseil de fabrique en 1837, l'architecte Louis-Alexandre Piel est retenu, mais, en 1840, le coût important de son projet, qui suit le modèle théorique du XIIIe siècle, est rejeté par le conseil des Bâtiments civils. Consterné, l'architecte tombe malade, et décide de prendre retraite dans le cloître romain des Dominicains.
Le manque de fonds et l'opposition du Conseil des Bâtiments civils - institution chargée du contrôle et du style des édifices cultuels - n'empêchent guère l'abbé Fournier de démarcher pour l'édification de la nouvelle église.
C'est alors qu'il consulte ses chers "Maîtres à penser" : Lamennais, Montalembert et surtout Victor Hugo qui le met en rapport avec Jean-Baptiste Lassus, architecte célèbre pour ses restaurations de la Sainte Chapelle et de Notre-Dame de Paris accomplies, seul ou en collaboration avec son cadet, Viollet-le-Duc. Dès décembre 1840, Lassus est à Nantes pour entendre le projet du curé de Saint-Nicolas et de son Conseil de fabrique. Prenant la suite des idées de Piel, Lassus s'inspire de l'église de Saint-Martin des Bois près de Beauvais, et propose l'emploi du gothique pur.
Le projet Lassus
Le projet de Lassus, comme celui de Piel, comportait deux tours placées en diagonale, archétypes de la construction ogivale. Elles seront remplacées par un clocher central que réalisera, à partir de 1863, d'après ses plans, son successeur Bourgerel. Lassus réalise aussi : le dessin du dallage en marbre du choeur ; celui de la grille de fer forgé qui l'entoure et les plans du maître-autel qui contient l'hagiographie de l'église de Nantes.
La première pierre de l'église nouvelle orientée nord-sud, en raison de la déclivité du terrain, est posée le 10 août 1844. On commence la construction par le choeur et le transept qui sont ouverts au culte en 1848. L'ensemble, dont la nef, est achevé en 1854, à l'exception du clocher-porche commencé en 1850 et qui n'est achevé qu'en 1868.
Aux allures de cathédrale, l'église possède une nef à cinq travées bordée de deux bas-côtés et de chapelles latérales. Le choeur comprend deux travées droites continuées par un double déambulatoire sur lequel donnent cinq chapelles absidiales, avec une chapelle axiale dédiée à la Vierge. L'élévation intérieure comprend trois niveaux : au dessus des arcades des bas-côtés court un triforium surmonté des baies de la nef où des colonnes montent jusqu'à la naissance des voûtes. Les façades extérieures montrent une nef épaulée d'arcs-boutants à double volée, rythmés par des culées intermédiaires. Le clocher-porche de l'entrée principale est surmonté par une flèche octogonale avoisinant les 80 mètres de hauteur. Une flèche de bois revêtue de plomb et de cuivre surgit à la croisée du transept, tandis que les chapelles absidiales sont couvertes d'une toiture en pavillon.
Le 22 avril 1869, Félix Fournier dépose, sous la croix de fer scellée à la cime de la haute flèche de pierre de Chauvigny, les saintes reliques des protecteurs de la paroisse.
Saint-Nicolas possède des témoignages de la sculpture et de l'art nantais du XIXe siècle.
Driollet - architecte de la fontaine Royale - dessine les deux autels des transepts. Grootaers - un des sculpteurs de la fontaine Royale - est l'auteur des sculptures du maître-autel, et des quatre représentations des docteurs de l'église grecque et latine, placées sur les quatre culées axiales du chevet. Vallet sculpte la statue de Saint-Nicolas, au centre du portail principal, s'inspirant pour le visage de celui de l'abbé Fournier. Le tombeau de Mgr Fournier est installé, en 1883, dans la chapelle du bas-côté est.
Les orgues de Debierre
La basilique possède des tableaux d'Elie Delaunay, situé dans les deux autels du transept ; deux toiles de Sébastien Bourdon, maître du XVIIe et une autre attribuée à Philippe de Champaigne.
Bougouin est l'auteur des grandes orgues réalisées en 1901 par la maison Debierre - détruites lors des bombardements de 1943 - et reconstruites selon les plans de Georges Ganuchaud. Les vitraux contemporains sont du maître-verrier Rocher.
L'église nouvelle est consacrée le 10 octobre 1876 par Mgr Fournier, devenu évêque de Nantes. En 1883, le pape Léon XIII élève l'église à la dignité de Basilique mineure.
En raison de chutes de pierres en provenance du clocher, une campagne de ravalement est entreprise en 1926. Saint-Nicolas défiait les ans lorsque, le 16 septembre 1943, trois bombes éventrèrent la partie basse de la nef et son transept. Des vestiges intacts, la reconstruction à l'identique s'imposait. En fait, menée avec soin par Ganuchaud, elle ne fut qu'apparente.
Si l'on patine les pierres neuves, si on réapprend l'usage de la cerce pour voûter sans coffrage... ; les énormes blocs de pierres qui lestent les voûtes sont remplacés par des massifs de gros béton, coulés sur place. Les travaux s'échelonnent jusqu'en 1953. Des vitraux dus au maître-verrier Rocher sont posés en 1961 alors que la basilique est rendue au culte le 9 décembre 1951, jour de la fête de Saint-Nicolas.
A partir de 1973, la restauration du clocher est entreprise. On commence par la chambre des cloches, puis par celle de la lanterne, située sous la flèche, pour finir par la flèche elle-même en 1979.
Inscrite à l'inventaire des monuments historiques en 1985, la basilique est classée depuis le 6 novembre 1986.
* Avec Saint Donatien, Saint-Nicolas est la seule basilique mineure du diocèse de Nantes.