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Les églises nantaises

La basilique Saint-Donatien et Saint-Rogatien

La basilique "Saint Donatien et Saint Rogatien" construite dans la seconde partie du XIXe siècle permet de remonter aux débuts du christianisme dans l'ouest. C'est le culte rendu aux Saints martyrs qui est à l'origine de la paroisse, une des plus anciennes du diocèse (1).

Smiley A voir également la chapelle Saint-Etienne dans le cimetière Saint-Donatien...

A la fin du IIIe siècle, Nantes est une petite ville gallo-romaine d'environ 20 000 habitants. Le paganisme romain a remplacé la mythologie gauloise. Devenue un centre commercial important grâce à son port, la ville avait souffert, vers 275, des invasions germaniques qui l'avait pillée. Pour se protéger, on entoura le coeur de la cité d'une forte muraille. A cette époque, le christianisme fait sans doute son apparition vers l'an 280, avec la venue de Saint Clair. Les premiers chrétiens connus à Nantes sont deux frères nommés Rogatien et Donatien. Donatien, le cadet, avait reçu le baptême et appartenait, sinon à une famille romaine, du moins à une famille gallo-romaine. La tradition indique qu'ils étaient de jeunes gens appartenant à une famille notable dont la villa se trouvait à l'emplacement de la basilique actuelle.

Avec la persécution, Donatien fut dénoncé, arrêté, et - en application d'un décret impérial de Dioclétien - traduit devant le tribunal du gouverneur. Avec son frère appelé à son tour, et se déclarant lui aussi chrétien, ils furent condamnés à mort. Soumis au supplice du chevalet, qui disloquait les membres, ils furent décapités par le glaive et reçurent probablement le martyre, le 24 mai 304, selon la date de leur fête. Le supplice eut lieu vraisemblablement - pour les historiens - à l'endroit marqué par deux croix située dans l'actuelle rue Dufour (2).

Considérés comme Saints, puisque martyrisés, leurs corps furent enveloppés de suaires et inhumés au sein de la propriété familiale, dans une nécropole païenne qui devait accueillir leur deux cercueils de bois placés dans une fosse creusée près du dépôt d'urnes funéraires. L'emplacement exact est aujourd'hui signalé par une plaque de marbre placée dans la crypte.


Avec la paix de l'Église accordée en 313, par l'édit de l'empereur Constantin, le corps des deux frères furent levés de terre et placés, vers 325, dans un grand sarcophage en marbre, non poli, devenu le centre d'un nécropole chrétienne. Conservé à travers les siècles, le sarcophage en marbre gris des Pyrénées - mesurant 2,25 mètres de long sur 0,75 m de large - se trouve dans la basilique. Ce sarcophage en marbre, reconnu en 1873, conservé au musée Dobrée jusqu'en 1943, est placé depuis dans le bas-côté à gauche. Le couvercle de marbre qui n'existe plus a été remplacé par un autre en bois.

La tombe des frères martyrs devint rapidement un lieu de culte et de pèlerinage, ce qui détermina la création d'une garde d'honneur constituée des moines de Saint-Martin remplaçaient au VIIIe siècle - à la demande de Charlemagne - par les Bénédictins. L'empereur demanda à l'abbaye de Saint-Médard de Soissons de fonder un monastère où s'installèrent les moines en 787. Avec les invasions normandes qui ravagèrent la région, les moines quittèrent définitivement leur abbaye. Des religieux de l'abbaye de Dol prirent le relais de 1004 à 1009. A partir de 1092, l'église devient centre paroissiale et des prêtres séculiers prennent, sous l'autorité de l'évêque de Nantes, la paroisse en charge.


Ainsi, quatre églises successives ont été édifiées sur la tombe des frères martyrs. La première vers 490, la seconde vers 980, la troisième vers 1804 et la basilique actuelle à partir de 1873.

Selon Albert le Grand, le premier sanctuaire est érigé en l'honneur des martyrs sous l'épiscopat de Karmundus à la fin du Ve siècle vers 490. D'après les fouilles, c'est un rectangle de 30 mètres de long sur 10 mètres de large, complété par une travée plus étroite et une abside en cul-de-four. A son chevet, l'édifice a une abside circulaire de 4 mètres de long sur 5 mètres de large. Un mur semi-circulaire du choeur fait retour aux deux extrémités, laissant un passage d'ouverture ultérieurement clos par un muret de briques. Cette abside renferme le tombeau, dont l'orientation, du sud-ouest au nord-est, commande l'édifice. Sur le flanc sud, un réduit sert de sacristie.

Détruite lors des invasions normandes, l'église fut reconstruite vers la fin du Xe - en 980 - quand la paix fut revenue.
Une construction ultérieure, jouxtant la nef au sud, a pu être soit une oratoire, soit un croisillon de transept. Il semble que l'église de Karmundus existait encore en partie au XVIIe, si l'on en croit Dubuisson-Aubenay.
A partir du 16 mars 1739, date de pose de la première pierre, la façade et le clocher sont reconstruits. Sommée d'un courbe, la façade est dominée en arrière par un campanile carré, couvert d'ardoises. Tout vestige disparaît pendant la Révolution.


Pendant la Révolution, l'église, transformée en hôpital provisoire, puis vendue comme bien national, est en partie rasée par les frères Peccot en 1798 : seules la façade et l'église sont conservées jusqu'en 1872.

La nef et l'abside, rasées, font place a une église plus vaste de forme cruciforme, reconstruite à partir de 1804, et consacrée par Mgr Duvoisin, le 28 mars 1806. Surmonté d'une flèche pointue, on ajoute un transept, l'abside est prolongée, et une tribune est aménagé au bas de la nef.

Comme la population augmentait sur la vaste paroisse, qui s'étendait jusque près de Carquefou, on songe, dès 1868, à construire une autre église quand survint le 17 juillet, la guerre franco-prussienne de 1870.

Devant le péril d'une invasion, Mgr Fournier, prononça, à la clôture de la cérémonie des "Quarante-Heures" de la Cathédrale - et "au nom du clergé et de ses fidèles" - un voeu solennel, le 19 janvier 1871. Il promet de faire reconstruire un temple magnifique en l'honneur des Saints martyrs si Nantes est préservé de l'invasion.

Le 23 janvier, les négociations d'armistice commencent : la guerre prend fin et le nouveau curé, Mgr Jean-Baptiste Hillereau, nommé curé le 22 septembre 1872 - à la succession de l'abbé Julien Bernard, curé depuis 1862 - entreprend la construction de l'église paroissiale et votive de tout le diocèse, dont l'architecte Émile Perrin dresse les plans et dont Louis Liberge, fils du constructeur de Saint-Clément, ordonne les travaux.

La construction devait durer de longues années. Le 9 juillet 1872, le vieux clocher est découvert avant la dernière messe qui a lieu le 15 juillet. Le 10 octobre, on commence à creuser les fondations de la nouvelle église. Le 16 juillet 1873, on découvre les restes d'un mur circulaire environné à l'extérieur de cercueils et de sarcophages. Le 1er septembre, en continuant les fouilles, on découvre une fosse située dans l'axe de l'abside et contenant 27 gros clous : l'emplacement de la tombe des martyrs. Le 12 septembre, Mgr Fournier bénit, en présence de 300 prêtres, la première pierre qui est placée au pilier droit du sanctuaire. En 1878, on met en place la charpente monumentale et les voûtes, après avoir achevés les murs. Le 9 septembre 1878, Mgr Lecoq bénit l'église qui est ouverte aux exercices paroissiales le 26 janvier 1879. La crypte est construite en 1881 et inaugurée le 10 octobre par Mgr Lecoq. Le 13 juin, on commence la construction de la façade inspirée à Louis Liberge, par celle de Notre-Dame de Paris. Début 1889, on achève l'appui-main au dessus de la rosace. L'église reçoit les honneurs de la consécration le samedi 19 octobre 1889, avant d'être terminée. Pour la circonstance, l'église est ornée de somptueuses décorations. Neuf prélats, entourés de Mgr Lecoq et de Mgr Richard, archevêque de Paris sont présents.


Pour achever l'édifice, il restait à terminer la façade. Le plan primitif comportait deux flèches (Cf. toile de Douillard), et c'est finalement deux tours jumelles d'une hauteur de 44 mètres qui seront élevées pour recevoir une sonnerie de 10 cloches capable d'être entendue aux alentours. Quand les tours furent achevées, on mit en place la croix qui domine le chancel des pignons et est bénite par Mgr Rouard en 1901.
La nouvelle église s'élève dans le style gothique primitif à partir de 1873. L'église est une construction ogivale, revêtue d'une ornementation romane. Le gros oeuvre est achevé et bénit par Mgr Lecoq, en 1878.
L'ensemble des trois nefs, jusqu'au transept, comprend cinq travées. Des colonnes de granit aux bases hexagonales séparent les basses nefs de la nef centrale.

Le transept coupe, à angle droit, les nefs et triforiums. Au centre, quatre colonnes, formées de colonnettes accouplées, montent jusqu'à la voûte et se recourbent pour s'unir par une large clef de voûte. Dans chaque bras de transept on trouve une arcade, l'une est dédié au Sacré-Coeur, l'autre à Saint-Agapit.

Les basses nefs se prolongent autour du choeur vers l'abside et s'épanouissent en cinq chapelles polygonales, dédiées à la Sainte Vierge, Sainte Anne, Saint Joseph, Saint Jean-Baptiste et aux Saints Apôtres.

Le choeur a été rénové et transformé sur les plans de Philippe Joèssel en 1971 à la demande de M. Trillard, curé de la paroisse, pour accueillir un nouvel orgue de 27 jeux, construit par Renaud-Bouvet. De facture classique, il a été placé dans le transept de Saint-Agapit, et inauguré le 9 janvier 1972 par maître André Isoir. En 1982, un baptistère vient compléter la rénovation du choeur
La crypte de style roman est construite sur les plans de Liberge en 1881 à l'emplacement où des fouilles de 1873, menées par Cahour et Kerviller, ont découvert le lieu de sépulture des Martyrs. On y pénètre par deux escaliers de granit donnant sur l'abside. Deux colonnes soutiennent la voûte. Au centre de la crypte, une pierre de marbre marque l'endroit de sépulture des enfants martyrs. La crypte est inaugurée le 16 octobre 1881, par Mgr Lecoq qui offre un reliquaire, de forme antique et en vermeil, à la paroisse. Au fond dans l'absidiole se trouve un autel de marbre blanc.

Construite en dernier lieu, la façade avec ses trois portails, la galerie de statue, la grande rosace, accostée de fenêtres géminées, la cursive et son appui-main, et enfin ses deux tours majestueuses, forme un bel ensemble qui rappelle celle de Notre-Dame de Paris.

Au nombre de 10, les cloches ont été fondues par la maison Bollée du Mans. Le plus grosse nommé le Sacré-Coeur, pèse 4 614 kg La, la 2e Marie 2 997 kg Si, la 3e Donatien 1 975 kg Do dièse, Rogatienne 1 611 kg Ré, Joseph, 1 076 kg Mi, Agapit 771 kg Fa dièse, Augustine 605 kg Sol dièse, Anne 500 kg La, Stéphanie 377 kg Si, Marie-Emmanuelle 291 kg Do dièse. Les 10 cloches et bourdons, arrivées en gare de l'état le 13 juin 1902, furent bénites solennellement le 18 juin 1902 en présence de Mgr Rouard et du Cardinal Richard. Plus tard, on ajouta une des cloches de l'ancienne église en Sol naturel. L'horloge vint compléter la sonnerie, le carillon reproduisant l'air de l'horloge du parlement de Londres.

L'église présente de nombreux exemples de l'art sacré à Nantes au XIXe.
Les statues sont pour la plupart, l'oeuvre d'artistes nantais.
Joseph Vallet, auteur d'une partie du décor de Notre-Dame du Bon-Port et de Saint-Nicolas, réalise les statues de Saint-Agapit, de Saint-Yves et le tombeau de l'abbé Hillereau. Pierre Potet sculpte les effigies de Saint Donatien et Saint Rogatien situées près de l'autel du Sacré-Coeur, Saint-Joseph, Sainte-Anne, Saint-Baptiste et Saint-Antoine. Henri Bouriché réalise la Sainte Vierge. Amédée Ménard, auteur de la statue de Sainte Anne au dessus de l'escalier des 100 marches, réalise le groupe des Martyrs des fonts baptismaux.


La galerie des dix statues, qui orne la façade, présente les personnages important de l'histoire de la paroisse avec de gauche à droite : Marcel Chillon, chef païen convertit au christianisme ; Foucher, évêque de Nantes au Xe ; Charlemagne, fondateur de l'abbaye des Bénédictins ; Nonnechius, évêque de Nantes au Ve ; Karmundus, évêque de Nantes au Ve ; Mgr Fournier, évêque de Nantes de 1870 à 1877 ; Mgr Lecoq, évêque de Nantes de 1877 à 1892 ; Eudes, roi de France ; Landran, évêque de Nantes ; Jean III, duc de Bretagne de 1312 à 1341.

La statue du Sacré-Coeur a été couronnée le 14 octobre 1906, par Mgr Rouard. La couronne, qui est ornée de 761 pierres précieuses offertes par les paroissiens, est due à Armand Calliat de Lyon.

Les peintures : "Le voeu de Mgr Fournier en 1871" dans le transept gauche est l'oeuvre de Alexis Douillard en 1882. Le Rosaire de 1925 et Le mémorial de la Rédemption de 1934 sont de Pierre Baudrier. Le baiser baptismal ; Notre Dame des Enfants Nantais sont de Capparoni en 1897. Le christ et l'Eucharistie sont de Claudius Lavergne.

Les vitraux sont classés en cinq séries (Vitraux des bas-côté, du sanctuaire et de la grande nef, des transepts, des chapelles de l'abside, rosace de la façade). Ils présentent un parcours didactique sur le pourtour de l'église. Ceux des bas-côté, de Émile Paris et Armand Reby, d'après les cartons d'Alexis Douillard, retracent la vie et le culte des Martyrs. Les autres vitraux sont dus à François Denis, Georges Claudius-Lavergne et Henri Ely.

Un beau reliquaire, offert par Mgr Lecoq en 1881 contient le cubitus gauche de Saint Donatien et la clavicule gauche de Saint Rogatien.


* Avec Saint-Nicolas, Saint Donatien est la seule basilique mineure du diocèse de Nantes. L'église porte le titre insigne de Basilique depuis 1889. Quand l'église fut reconstruite, en exécution du voeu de Mgr Fournier, M. Hillereau demanda à l'évêque de Nantes d'intervenir à Rome pour faire revivre ce titre glorieux de basilique. Par un Rescrit du 14 mars 1889, la requête fut accueilli favorablement et le 14 avril, Mgr Lecoq promulguait le décret pontifical.
Dans le passé, elle avait porté ce titre de gloire si l'on se réfère à L'histoire des Francs de Saint Grégoire de Tours qui, sous Clovis au VIe siècle, signale la présence de saintes reliques et d'une "Basilica beatorum martyrum", basilique dédiée au culte de Donatianus et Rogatianus. Le prieuré fondé au VIIIe siècle par Charlemagne et ravagé par les Normands conserve ce titre jusqu'au départ des moines vers 1100, puis elle tombe dans l'oubli, reléguée au rang de simple paroisse après la perte des reliques des Saints au profit de la Cathédrale.
Les princes de la cité, Donatien et Rogatien, devaient reposer auprès des princes des Apôtres, Pierre et Paul jusqu'en 1766 où Mgr Coat, obtint le retour des reliques. Pendant la révolution, elles échappèrent à la profanation grâce au dévouement de Antoine Lepré, un boulanger sis au n°35 de l'actuelle rue Dufour.
1/ Autrefois très étendue, la paroisse Saint Donatien était limitée du coté de la ville, par Saint-Clément et Saint-Similien, et du coté campagne vers Carquefou et la Chapelle-sur-Erdre. La rivière la partageait en deux parties égales. Elle fut amputée du territoire qui allait devenir la paroisse Saint-Félix en 1802, la paroisse Saint-Joseph en 1846, la paroisse Saint-Georges en 1924 et Sainte-Elisabeth en 1942, puis les paroisses Saint-Jean de Bosco, Saint François de Sales, Saint-Bernard, Saint-Augustin et Saint Jean-Baptiste.
2/ Les deux croix situées rue Dufour, ancien chemin haut de Paris, marquent l'emplacement présumé du supplice et remplacent deux croix de bois érigés de temps immémorial qui furent brûlées à la Révolution et remplacées en 1816. Les croix en granit de Bretagne sont sculptées par Hernot. Le monument commandé par Hillereau fut bénit, le 18 août 1896, par Mgr Rouard. Le médaillon en bronze est l'oeuvre de Joseph Vallet.