Découverte
Nantes
ville compagnon de la Libération
Nantes fut la première ville à recevoir la Croix de la Libération, dès le 11 novembre 1941, puis vint Grenoble en mai 1944. S'ajouteront, en mars 1945, Paris ; en août 1945, le village de Vassieux-en-Vercors et, en janvier 1946, l'Ile de Sein.
L'Ordonnance n°7 créant l'Ordre de la Libération (paru dans le n°2 du Journal Officiel de la France Libre, du 20 janvier 1941) précise que celui-ci est "destiné à récompenser les personnes ou les collectivités militaires et civiles qui se seront signalées dans l'oeuvre de la libération de la France et de son Empire". Ainsi, le général de Gaulle, au titre des collectivités civiles, attribuera la Croix de la Libération à cinq communes françaises.
Un pacte d'amitié entre les cinq villes "Compagnon de la Libération"
Sur l'initiative du général Jean Simon, Chancelier de l'Ordre, les cinq communes ont décidé, de se lier par un pacte d'amitié (ratifié le 3 décembre 1981) destiné à assurer la pérennité de l'Ordre, et à susciter des liens particuliers entre leurs collectivités respectives.
Voici le texte de citation de Nantes, au rang de ville "Compagnon de la Libération".
"Ville héroïque qui, depuis le crime de la capitulation, a opposé une résistance acharnée à toute forme de collaboration avec l'ennemi.
Occupée par les troupes allemandes et soumise aux plus dures mesures d'oppression, a donné aux Français, par de nombreuses actions individuelles et collectives, un magnifique exemple de courage et de fidélité.
Par le sang de ses enfants martyrs, vient d'attester devant le monde entier la volonté française de libération nationale."
Ce texte du décret du 11 novembre 1941 est apposé dans l'Hôtel de Derval de la Ville de Nantes.
Nantes, Compagnon de la Libération
C'est le 19 juin 1940 que les troupes allemandes pénètrent dans Nantes. Le port, les gares... sont immédiatement occupés. A Nantes et sa région, 45000 prisonniers de guerre français sont internés dans différents camps jusqu'à leur transfert vers l'Allemagne en janvier 1941.
A Nantes comme ailleurs, une résistance spontanée, faite d'individus ou de petits groupes isolés, naît dès les débuts de l'occupation.
En juillet, se constituent les bases d'un premier réseau de renseignements - sous la direction de Jean-Baptiste Legeay (qui sera décapité à Cologne en février 1943). De même, un des tout premiers journaux clandestins, "En Captivité", apparaît à Nantes en novembre 1940.
Parmi d'autres actions, deux étudiants accrochent un drapeau tricolore au paratonnerre de la cathédrale Saint-Pierre le 11 novembre 1940. Le 16 décembre, le groupe "Bocq-Adam" met le feu, sur l'Hippodrome du Petit-Port, à un dépôt de camions allemands chargés de pneus neufs.
C'est à Nantes, le 22 janvier 1941, qu'est arrêté Honoré d'Estienne d'Orves, fondateur du réseau Nemrod, qui a établi quelques jours auparavant la première liaison radio entre la France et Londres depuis Chantenay.
Mais les sanctions des autorités d'occupation se poursuivent sur la ville, où est instauré un couvre-feu quotidien de 21h à 5h. Dans le camp de Choisel à Châteaubriant, les détenus politiques prennent rapidement la place des prisonniers de guerre envoyés en Allemagne. Le 30 août 1941, Marin Poirier, membre du Comité d'entente des associations de combattants et victimes de guerre du département - qui a organisé l'évasion de nombreux prisonniers du camp de Choisel - est le premier fusillé nantais, pour fait de résistance.
Le 20 octobre 1941, le Feldkommandant de la ville, le lieutenant-colonel Hotz, est abattu dans le centre-ville, rue du Roi Albert, par des résistants communistes parisiens, membres des Bataillons de la Jeunesse, Gilbert Brustlein et Spartaco Guisco qui, ensuite, regagnent la Capitale. Le surlendemain, en représailles, 43 otages sont fusillés : 27 à la carrière de la Sablière à Châteaubriant et 16 à Nantes, sur le champ de tir du Bêle, alors que cinq résistants nantais subissent le même sort au Mont Valérien, à Paris. Dans les mois qui suivent, de nouveaux attentats ont lieu et d'autres otages sont exécutés.
Le général de Gaulle, dès le 11 novembre 1941, décerne la Croix de la Libération à la ville de Nantes, "ville héroïque qui, depuis le crime de la capitulation, a opposé une résistance acharnée à toute forme de collaboration avec l'ennemi".
Début 1942, les attentats contre les collaborateurs et les Allemands ainsi que les coupures de communication se développent. La répression ne cesse de grandir et plus de 500 Nantais sont, au total, portés sur la liste des otages aux mains des Allemands jusqu'à la libération de la ville. En janvier et février 1943, 34 résistants sont fusillés à Nantes. Le bombardements alliés qui touchent la ville sont également dramatiques d'abord en octobre et décembre 1941, en avril et mai 1942, en mai et septembre 1943 et autour du débarquement du 6 juin 1944. Le bilan est lourd : 15000 personnes sinistrées, plusieurs milliers de logements détruits, plus de 1500 morts.
Nantes fut la première ville à recevoir la Croix de la Libération, dès le 11 novembre 1941 avant que le général de Gaulle ne remette, le 14 janvier 1945, la Croix de la Libération de la ville de Nantes et à son maire, Clovis Constant.
A savoir:
- A Nantes, l'esplanade des Cinq communes "Compagnon de la Libération" se trouve au bout du cours des 50-Otages au niveau de la place du Port-Communeau. Elle a été inaugurée le dimanche 2 avril 2006 en présence des représentants des villes de Nantes, Paris, Grenoble, Vassieux-en-Vercors, de l'île de Sein et du Général d'armée Alain de Boissieu, Chancelier de l'Ordre de la Libération.
- Lundi 8 octobre 2007, Nantes accueillait à l'Hôtel de Ville l'assemblée générale de l'association des Cinq communes Compagnon de la Libération.
Les citations des décrets des quatre autres villes "Compagnon de la Libération"
Grenoble
"Ville héroïque à la pointe de la résistance française et du combat pour la libération.
Dressée dans sa fierté, livre à l'Allemand, malgré ses deuils et ses souffrances, malgré l'arrestation et le massacre des meilleurs de ses fils, une lutte acharnée de tous les instants.
Bravant les interdictions formulées par l'envahisseur et ses complices, a manifesté le 11 novembre 1943, sa certitude de la victoire et sa volonté d'y prendre part.
Le 14 novembre et le 2 décembre 1943, a répondu aux représailles et à l'exécution des chefs des mouvements de la résistance, par la destruction de la poudrière, de la caserne, de transformateurs et d'usines utilisés par l'ennemi.
A bien mérité de la Patrie."
(Grenoble, Compagnon de la Libération par décret du 4 mai 1944).
Vassieux-en-Vercors
"Village du Vercors qui, grâce au patriotisme de ses habitants, s'est totalement sacrifié pour la cause de la Résistance française en 1944.
Principal centre de parachutage pour l'aviation alliée sur le plateau, a toujours aidé de tous ses moyens les militaires du Maquis dans les opérations de ramassage d'armes.
Très violemment bombardé le 14 juillet, attaqué par 24 planeurs allemands les 21 et 22 juillet, a eu 72 de ses habitants massacrés et la totalité de ses maisons brûlées par un ennemi sans pitié.
Martyr de sa foi en la résurrection de la Patrie."
(Vassieux-en-Vercors, Compagnon de la Libération par décret du 4 août 1945).
Pendant l'hiver 1942-1943, les premiers résistants, issus du mouvement Franc-Tireur, s'installent dans le massif du Vercors, véritable forteresse naturelle de la Drôme. L'instauration du Service du Travail obligatoire (STO) par le Gouvernement Laval conduit naturellement les jeunes gens qui refusent d'aller travailler en Allemagne - les réfractaires - à se cacher de la police dans des zones inaccessibles : les maquis.
Comme d'autres, le maquis du Vercors se développe ainsi, grâce à cette législation inacceptable pour de nombreux jeunes qui se voient peu à peu pris en charge et encadrés par la résistance locale, essentiellement des officiers de bataillons de chasseurs alpins de l'armée d'armistice dissoute et d'anciens élèves de l'Ecole des cadres d'Uriage.
Fin juillet 1945, lors de la première commémoration des combats du Vercors, devant la foule des résistants et de la population survivante, Georges Bidault remet la Croix de la Libération à la commune de Vassieux-en-Vercors.
Paris
"Capitale fidèle à elle-même et à la France, a manifesté, sous l'occupation et l'oppression ennemies, et en dépit des voix d'abandon et de trahison, sa résolution inébranlable de combattre et de vaincre.
Par son courage en présence de l'envahisseur et par l'énergie indomptable avec laquelle elle supporta les plus cruelles épreuves, a mérité de rester l'exemple pour la Nation tout entière.
Le 19 août, conjuguant ses efforts avec ceux des armées alliées et françaises, s'est dressée pour chasser l'ennemi par une série de glorieux combats commencés au cour de la Cité et rapidement étendus en tous les points de la ville.
Malgré de lourdes pertes subies par les Forces Françaises de l'Intérieur levées dans son sein, s'est libérée par son propre effort puis, unie à l'avant-garde de l'Armée française venue à son secours, a, le 25 août, réduit l'Allemand dans ses derniers retranchements et l'a fait capituler."
(Paris, Compagnon de la Libération par décret du 24 mars 1945).
L'île de Sein
"Devant l'invasion ennemie, s'est refusée à abandonner le champ de bataille qui était le sien: la mer.
A envoyé tous ses enfants au combat sous le pavillon de la France Libre devenant ainsi l'exemple et le symbole de la Bretagne tout entière."
(Ile de Sein, Compagnon de la Libération par décret du 1er janvier 1946).
Située en Bretagne, au large de la Pointe du Raz, la petite Ile de Sein (56 hectares) comprend 1 400 habitants en septembre 1939. Une grande partie des hommes sont mobilisés alors qu'une petite garnison d'une vingtaine d'hommes y prend place.
En juin 1940, les informations parviennent aux Sénans par les bateaux qui accostent ou par les rares postes de TSF à accus et à galènes qui se trouvent sur l'Ile (où il n'y a pas d'électricité). C'est ainsi que sont connues, le 19, la prise de Rennes et l'évacuation de Brest. Le jour même, l'Ar Zénith, transportant vers l'Angleterre une centaine de Chasseurs Alpins, des jeunes gens d'Audierne et du matériel de guerre, fait escale sur l'Ile avant de repartir avec à son bord plusieurs Sénans. Les quatre membres de l'équipage réquisitionné sont les premiers Sénans à partir vers l'Angleterre. Les nouvelles confirment la terrible réputation des envahisseurs.
Le 21 juin, la garnison quitte Sein. Prévenus qu'un général français doit parler à la radio de Londres, une centaine de Sénans, réunis autour d'un des postes de TSF, entendent le discours du général de Gaulle le 22 juin. Fortement impressionné, chacun retourne chez soi alors que des avions bombardent des cargos qui passent au large.
Le 1er janvier 1946, le général de Gaulle attribue la Croix de la Libération à l'Ile de Sein qui, pour ses hauts faits durant la seconde guerre mondiale, recevra également la Croix de Guerre et la Médaille de la Résistance.
Plus d'infos sur le site officiel de l'Ordre de la Libération