Découverte
Nantes, capitale
des transports en commun
Si l'histoire de Nantes est intimement liée à l'eau, elle l'est aussi aux transports en commun. C'est en effet à Nantes qu'a été créé, en 1826, le premier réseau au monde de transport en commun. Certes, ce réseau avait peu à voir avec celui d'aujourd'hui. Mais l'affaire mérite d'être racontée.
À l'origine, l'initiative d'un homme, Etienne Bureau. Il travaille chez son grand-père, armateur rue Jean-Jacques Rousseau. Son problème : relier le siège de la société et les entrepôts Salorges où se trouvent les services de la Douane. Le mieux n'est-il pas de concevoir lui-même un véhicule susceptible de transporter ses employés?
De l'omnibus nantais à la RATP
C'est ainsi que naît le premier omnibus, qui doit son nom au fait que les véhicules stationnaient devant la boutique du chapelier "Omnes", situé place du Port-au-Vin, l'actuelle place du Commerce.
À la même époque, un ancien officier d'Empire, Stanislas Baudry, est confronté à une autre type de problème : celui d'attirer des clients dans le quartier de Richebourg.
Il a installé là un établissement de bains chauds, qu'il alimente à partir de la récupération de l'eau de condensation d'une chaudière qu'il utilise pour actionner une minoterie dont il est le propriétaire. Ainsi met-il une voiture à la disposition du public.
S'apercevant alors que les clients préfèrent fréquenter sa voiture que son établissement de bains, Stanislas Baudry décide de changer son fusil d'épaule.
Il abandonne son activité d'origine et demande à la municipalité l'autorisation d'établir un service de voitures publiques entre Richebourg et Salorges, succédant ainsi à Etienne Bureau et créant la première ligne d'omnibus de transports publics urbains.
Le 10 août 1826, il fonde une entreprise de deux voitures suspendues pouvant recevoir chacune 16 personnes.
Stanislas Baudry, dont le nom figure désormais sur de nombreuses plaques de rue des villes françaises, ira ensuite faire carrière à Paris où il créera un réseau de 18 lignes d'autobus, dans le cadre d'une société qu'on peut considérer comme l'ancêtre de la RATP.
Des chevaux au tramway nantais
Nouvelle étape dans l'histoire des transports publics nantais, la Ville de Nantes innove, dans les années 1870 - 1880 en lançant un premier tramway qui, au lieu d'être tiré par des chevaux, comme c'est le cas dans les autres villes françaises, utilise comme mode de traction l'air comprimé.
C'est à partir de ce système, inventé par Louis Mekarski, qu'est lancée en 1879 la première ligne de tramway reliant Doulon à la gare maritime.
La réussite est telle, sur le plan industriel comme sur le plan commercial, que les omnibus à chevaux disparaissent de Nantes en 1898, soit bien avant les autres villes françaises, et que dès 1911 la ville totalise 39 km de lignes transportant 12 millions de voyageurs.
Deux ans plus tard apparaît le premier tramway électrique qui, en 1917, remplace le tramway à air comprimé.
En 1932, Nantes dispose d'un réseau représentant quelque 20 lignes et desservant 14 itinéraires, avec pour pôle central la place du Commerce.
Situation qui va perdurer, tout en continuant de s'améliorer, jusqu'à la fatidique année 1958 où, devant la montée de l'automobile, le tramway est abandonné, après 40 années de bons et loyaux services, au bénéfice des autobus.
Le premier tramway moderne
Mais Nantes qui n'avait cessé d'innover durant ces 40 ans ne va pas en rester là. Pionnière en matière de transports en commun, elle va l'être une nouvelle fois, dans les années 70, en lançant le tramway moderne. Une entreprise alors audacieuse menée sous la houlette d'Alain Chénard, élu maire en 1977.
Déjà, la ville dispose d'un important réseau de bus, elle est une des villes les mieux desservies de France. Mais l'heure est venue de changer de dimension.
Les projections faites en matière de développement laissent apparaître un boom d'autant plus fort que les experts se sont trompés: ils prédisent à l'horizon 2000 une ville d'un million d'habitants!
Si cette erreur a joué comme un déclic, une autre considération a été prise en compte : la montée en puissance de la voiture, au point de devenir envahissante en ville, sans parler des problèmes de pollution qu'engendre l'excès de circulation.
Mais dans l'esprit d'un certain nombre de Nantais d'alors, réhabiliter le tramway, c'est remettre au goût du jour le " péril jaune ", un nom inspiré de la couleur des anciens trams. Il va donc falloir batailler dur. D'autant qu'aucune autre ville ne s'est lancée dans une telle aventure. Tout est donc à inventer ou réinventer.
- 1979: Mise en place d'une équipe technique.
- 15 mars 1980: Lancement d'un appel d'offres auprès des constructeurs français.
- 10 février 1981: Prise en considération du projet de première ligne. Novembre de la même année : signature d'une convention entre l'État et l'union des constructeurs.
- 2 avril 1984: Livraison de la première rame. Décembre
- 1984: Ouverture gratuite de la ligne au public, après quelques mois d'interruption du chantier, liée à l'arrivée, en mars 1983, d'une nouvelle équipe municipale.
- 7 janvier 1985: Début de l'exploitation commerciale.
Une aventure qui se poursuit
Depuis cette date, Nantes n'a cessé de conserver son avance en matière de tramway. Avec 36 kms, elle dispose aujourd'hui du plus long réseau de France.
Une deuxième ligne a en effet été ouverte en 1994. Puis, une troisième, en 2000, avec deux prolongements des lignes existantes. Et, dans les cartons de la Communauté urbaine et de la Semitan, d'autres projets sont actuellement à l'étude, notamment vers le sud.Le tramway nantais transporte chaque jour 200000 voyageurs, auxquels il faut ajouter les 160 000 personnes transportées par le bus.
Car le projet nantais est un projet qui repose sur la complémentarité des moyens de déplacement.
Complémentarité bus-tram, mais aussi complémentarité entre tous les modes de transport : marche, deux-roues, automobiles, transports en commun.
Toutes les grandes villes d'Europe ont désormais adopté une politique de transport de même nature que celle qui a été développée à Nantes. Pour la simple raison que la prise en compte d'une donnée fondamentale s'impose à toutes : ou l'on fait l'option d'une politique volontariste destinée à permettre la cohabitation des différents modes de déplacement ou c'est l'asphyxie des villes, principalement de leurs centres, au détriment non seulement de la qualité de la vie, mais de l'activité économique.
Et puis, le tramway s'est révélé être un formidable outil de rénovation de l'espace urbain. À la différence du métro, il ne crée pas une dichotomie entre une ville du dessous et une ville du dessus. Tout projet implique l'aménagement d'axes de circulation ou de places qui, bien pensé, débouche sur un embellissement de la ville.
Ce n'est pas le moindre intérêt de la politique de déplacements mise en oeuvre par le District de l'agglomération nantaise, devenu depuis le 1er janvier 2001, Communauté urbaine de Nantes.
