Mairie
Les églises nantaises
Léglise Sainte-Croix
Sise au coeur du quartier médiéval du Bouffay, l'église Sainte-Croix qui abrite la dévotion de Notre-Dame de Bon-Secours*, est signalée par un haut campanile carillon.
Le premier édifice cultuel est, au XIe siècle, l'ancienne chapelle de Conan-le-Tors, chapelle du château du Bouffay donnée en 1106 aux moines de l'abbaye de Marmoutiers-les-Tours. Cette donation, contestée par l'évêque de Nantes Benoît, est confirmée en 1137 par le duc de Bretagne Conan III.
Chargés de la paroisse, les Bénédictins, qui resteront jusqu'en 1620, établissent un prieuré, le cloître de Saint-Martin situé rue de la Bâclerie, près de l'église qui devient paroissiale en 1138.
La paroisse Sainte-Croix - minuscule à l'intérieur des murs de la ville - s'étendait au-delà de l'enceinte médiévale vers le sud et vers les îles ligériennes de la Saulzaie, de la Madeleine, de la Biesse jusqu'au ruisseau des Récollets.
En 1665, le Conseil de fabrique décide de détruire l'édifice pour reconstruire. Les travaux débutent en 1669, pour ne finir qu'en 1696. La nef de style ogival flamboyant, augmentée de deux collatéraux ou basses-nefs, occupe à peu près l'emplacement de l'église du XIe.
En 1670, les architectes, Jacques Renaud et Pierre Durand, se plaignent que le charpentier, Laurens Desagneaux, ait pris du retard dans les travaux. Le 25 février 1673, un devis concernant la partie occidentale de l'église - dont le clocher et la façade - est constitué. Le 30 janvier 1678, un devis fixe les dépenses de démolition de l'ancien édifice et les architectes Nicolas Renaudin, Pierre Durand et Jacques Renaud s'engagent à terminer les travaux pour 1680. En 1684, la partie ancienne de l'église s'effondre et, le 14 mars, l'architecte Daniel Bedoy établit un devis pour la façade qui sera élevée en 1685, selon le style classique et la mode baroque de l'époque, en contrat avec les architectes Pierre Genesteau et Thomas Gérard.
En 1696, les travaux sont terminés : l'église du XVIIe siècle est de plan rectangulaire. Les deux bas-côtés de la nef - de style flamboyant voûtée de bois - sont accolés à un mur droit formant le chevet. Les nervures prismatiques apparaissent sur les piliers en colonnettes, tout comme les soufflets et mouchettes aux fenêtres.
La façade, d'inspiration baroque, superpose l'ordre dorique et ionique. Sur de sévères socles, des colonnes doriques et des pilastres plats, avec chapiteaux composés de lignes horizontales, sont réalisés. Des niches, d'allure classique, décorent les façades nues. Un fronton triangulaire, orné de trois clous de la croix et d'une couronne d'épines, figure les rampants du toit et surmonte la porte centrale. C'était là que devait à l'origine s'arrêter l'édifice, mais la nef intérieure s'élevait plus haut.
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- L'escalier du beffroy de Sainte-Croix: un lieu magique.
Il fallut, pour la clore, surmonter le pignon, et, selon le style jésuite, le second étage prit le style ionique. Des pilastres, couronnés d'oves et de coussins, sont posés sur des dés rectangulaires pour atteindre le second entablement, sur la frise duquel on lit "Divoe cruci dic atum templum". Une seconde corniche, soulignant le fronton, indique une seconde toiture dont l'arc porte un socle surmonté d'une croix. Un oeil-de-boeuf perce le fronton, en 1686. Au XVIIIe, l'intérieur reçoit une chaire en acajou massif de style Louis XV.
En 1791, la place devant l'église est formée, après la démolition de l'église Saint-Saturnin effondrée le 21 juillet 1784.
Dépouillée de ses vases et argenteries le 16 octobre 1792, puis fermée au culte en novembre 1793, l'église devient le 16 novembre le siège du club révolutionnaire "Vincent la Montagne", puis une prison. Rendue au culte schismatique en 1791, puis catholique en 1803, l'église est réparée par M. François Maisonneuve, premier curé concordataire de Sainte-Croix.
En 1822, l'intérieur de l'église est ravalé par l'entreprise Chaigniau, puis couvert de tuf et de plâtre. Le lambris des voûtes latérales est repeint en blanc. Le pavement est refait en granit d'Orvault, en 1823.
Le père Guilbaud, curé de la paroisse de 1826 à 1850, décide de terminer l'édifice en commençant par le choeur.
En 1838, l'architecte Théodore-Jacques Nau réalise le projet du nouveau choeur, dans le style flamboyant de la nef (style de la période du XVe siècle). Avec l'entrepreneur Sauvaget, il allonge la nef d'une travée. Il édifie à partir de juillet 1839 - dans le prolongement de la nef - le choeur actuel de style gothique flamboyant, et une abside polygonale avec des voûtes à liernes et tiercerons. L'ancien mur droit du choeur est démoli le 30 mai 1841 pour libérer le choeur voûté en pierre. Les travées de voûtes se succèdent, l'une à l'est de l'ancienne nef, les deux autres abritant le nouveau choeur.
Chaque travée est divisée par deux arcs de plein-cintre qui se coupent en diagonale. De plan polygonal, l'abside offre un dessin de voûtement de dix-sept voûtains. L'extérieur est renforcé par des contreforts surmontés de pinacles. Le fenestrage du choeur est fermé par des baies colorées réalisées par Thévenot, maître-verrier de Clermont. Le choeur est inauguré le 10 juin 1841, par Mgr Hercé.
Le maître-autel en marbre blanc et retable, flèche et dais en bois doré, est l'oeuvre de Thomas Louis. Aidé par le marbrier Delaunay et le dessinateur Hersard, l'oeuvre sculptée par Thomas Louis complète l'aménagement du choeur consacré le 1er septembre 1844.
Au cours des délibérations des 4 et 19 mars 1848, le Conseil de la ville décide la démolition de la tour du Bouffay.
En 1853, l'orgue du choeur, réalisé par Darche, est posé derrière l'autel au fond de l'abside. Il sera restauré par M. Lelogeais en 1873 - complété en 1923 par Mintier et Gloton - et par Jean Renaud en 1979 pour atteindre les dix-sept jeux complets.
Le Second Empire donne à la façade son aspect définitif avec un campanile et un beffroi. Le projet d'Henri Driollet, architecte-voyer, consiste à ériger une tour carrée surmontée d'un beffroi métallique pour recevoir l'horloge, la cloche et le carillon de l'ancienne tour du Bouffay détruite en 1848, et il est retenu le 6 octobre 1857.
Driollet et l'entreprise Richer réalisent, de 1857 à 1860, un troisième niveau comprenant : la chambre des cloches, décorée de niches et pilastres amortis selon l'ordre corinthien, ornée par des chapiteaux à feuilles d'achante ; une fenêtre en plein-cintre répète celle du second étage ; les pilastres extérieurs du haut portent des urnes funéraires.
Au-dessus se trouve la chambre de l'horloge, avec quatre cadrans situés aux points cardinaux. Chacun d'eux reçoit une archivolte ornée de roses et posée sur des piliers d'ordre ionique - que surmonte le campanile couvert d'un dôme, décoré d'anges jouant de la trompette.
Il n'y a plus qu'à poser le beffroi et, sur sa calotte, la croix qui domine le tout. L'ancienne cloche du Bouffay, la plus volumineuse des cloches de Nantes fondue en 1663 (8 096 kg) rejoint la chambre.
Dans les niches, les figures des prophètes David et Daniel à l'ouest, Jérémie au nord et Isaïe au sud, sculptées par Grootaers et Amédée Ménard complètent l'ensemble. Sous le cadran, deux sculptures - à demi couchées - représentent la Foi qui tient la croix, et la Charité qui berce un enfant. Les bustes de Saint Pierre et Saint André, apôtres crucifiés, sont installés dans les niches du rez-de-chaussée. Le 15 août 1872, la verrière qui éclaire la tribune, réalisée par Réby, est mise en place.
En 1903, M. Jolie, curé de la paroisse de 1902 à 1911, fait poser un dallage en silex verni sur le sol de l'église et fait modifier l'autel où se dresse Notre-Dame de Bon-Secours. Du 11 août 1924 au 20 octobre 1925, le beffroi est restauré. De 1926 à 1929, la façade.
Le 16 septembre 1943, les sept fenêtres du choeur et les vitraux des bas-côtés sont soufflés. Les verrières de la nef seront restaurées, à partir de 1947, par l'entreprise Uzereau.
Les vitraux des baies du XIXe, oeuvres colorées du maître-verrier Thévenot de Clermont, sont reconstruits à l'identique par Rault, d'après les maquettes conservées par Joèssel.
En 1951, une bourrasque emporte la couverture de plomb à gauche de la façade et détériore la toiture du beffroi.
En 1954, la façade principale est restaurée. L'église construite au XVIIe siècle, complété d'un choeur au XIXe siècle fut consacrée le 15 juin 1957 par Mgr Villepelet.
Le 20 juillet 1994, la tête du prophète Daniel chute et David perd un bras.
* Nantes possède trois Madones couronnées au nom du Souverain pontife : Notre-Dame de Toutes-Aides en 1883 ; Notre-Dame de Bon-Secours en l'église Sainte-Croix en 1932 ; Notre-Dame de Miséricorde en l'église Saint-Similien en 1954.
Vénérée depuis 1443 dans l'île de la Saulzaie, Notre-Dame de Bon-Secours eut sa chapelle jusqu'à la Révolution, période où la statue de la Vierge disparut. En 1852, la Neuvaine de prières fut rétablie par Mgr Guilbaud. Son successeur, Mgr Lebrun résolut de doter l'église d'une nouvelle statue. Le 15 août 1865, une vierge en marbre blanc sculptée - dans le Carrare offert par l'empereur Napoléon III - par Cabuchet fut bénite par Mgr Laborde, et trône, depuis 1903, au centre d'une alcôve azurée et lumineuse située derrière l'autel.
Le 21 novembre 1920, l'ancienne statue de la Madone de la Saulzaie sauvée à la Révolution fut remise en l'église Sainte-Croix - puis transférée à la cathédrale pendant la guerre où elle fut endommagée par les bombardements. Restaurée, elle se trouve maintenant, dans la niche, à gauche de l'autel. Le couronnement de Notre-Dame de Bon-Secours eut lieu le 26 juin 1932 en présence de Mgr Gaillard, archevêque de Tours.