Mairie

Séance du Conseil municipal, décembre 2010

"Hôpital et santé publique: quel avenir à Nantes?"

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Mme GARNIER, Conseillère municipale – Merci, Monsieur le maire. Chers collègues, depuis plusieurs mois, nous vous interpellons sur la question du devenir de l’hôpital public à Nantes. Vous nous proposez aujourd’hui de débattre sur l’intitulé « Hôpital et santé publique à Nantes ». C’est un peu comme si en ne défendant pas votre projet d’hôpital, on s’opposait forcément au développement de la santé publique à Nantes.

Alors, dans un premier temps, je voudrais vous rassurer. Nous sommes tous d’accord pour reconnaître le rôle fondamental de l’hôpital public dans le système de soins français, que ce soit au niveau social, au niveau des soins ou au niveau de la recherche. Nous nous réjouissons également de la bonne place qu’occupe Nantes dans les activités de recherche clinique ou fondamentale. Le nouveau Cyclotron en particulier est emblématique de cette qualité de la recherche à l’ouest du pays.

Mais, Monsieur le Maire, depuis plus de deux ans, les Nantais et les habitants de l’agglomération sont très inquiets pour l’avenir du CHU. En 2008, seulement trois mois après les élections municipales, ils ont découvert, en même temps que nous, le déficit record de l’établissement qui était de 33 M €. Ensuite, ils ont découvert que vous délocalisiez, voire même que vous annuliez carrément les vœux au personnel et au conseil d’administration pour éviter d’avoir à faire face aux mécontentements croissants du personnel. Courage, fuyons!

uis, ils ont enfin découvert ce projet de transfert sur l’Ile de Nantes qui les laisse dans l’incompréhension.
Personne ne conteste la nécessité de soutenir le développement de l’hôpital de Nantes. Personne ne conteste non plus la nécessité d’un regroupement de ses différentes structures et personne ici n’est le suppôt des groupes privés. Ceci dit, la question du site qui accueillera le futur CHU est absolument déterminante, précisément pour l’avenir de l’hôpital public.

En l’état actuel des choses, nous considérons que choisir le site de l’Ile de Nantes témoignerait à nos yeux d’un grave manque d’ambition pour l’hôpital public. Je ne vais pas revenir sur toutes les difficultés liées au choix d’un tel site, mais je citerai tout de même les principales. La première difficulté est le manque de place pour installer un tel établissement. Aujourd’hui, il y a huit hectares disponibles et les études montrent qu’il en faudrait à peu près le double pour installer l’ensemble du CHU. Même si l’on arrivait à récupérer quinze hectares, puisque l’hôpital sera en plein centre-ville, comment fera-t-on, dans dix ou vingt ans, pour agrandir le site afin de suivre les progrès de la médecine?

Ensuite, il y a bien sûr la question de l’accessibilité: quelques ponts pour seules voies d’accès, les embouteillages du centre-ville, une absence totale de plan de déplacement comme l’ont souligné vos élus verts. Tout cela va peser lourdement sur l’attractivité du CHU dans un contexte qui est, en particulier dans la région, fortement concurrentiel.

Troisièmement, plusieurs documents nous montrent que le site est situé en zone inondable, même si curieusement, nous pouvons lire dans la presse ce matin que le futur plan de prévention des risques pourrait changer la donne. Il s’agit également d’un terrain pollué. Vous conviendrez que cela rend le site assez peu attractif.

Je passe rapidement sur la question des nuisances, en particulier sur les nuisances sonores qui vont concerner l’ensemble des riverains du futur établissement, ainsi qu’une grande partie des habitants de l’Ile de Nantes: allers et retours d’ambulances, atterrissages d’hélicoptères, de jour comme de nuit et sept jours sur sept.

Tout cela a un coût qui est particulièrement élevé. On a entendu parler tout à l’heure de 300 M €. La Direction de l’hôpital nous a précisé que ces 300 M € ne concernaient que la première phase du projet. Il y aura effectivement une deuxième phase qui devrait officiellement coûter 300 M € supplémentaires. On commence d’ailleurs à parler en hauts lieux d’un projet à plus d’un milliard d’euros, tout cela sans compter les travaux actuels qui sont effectués sur le site de l’Hôtel-Dieu. Il y a notamment un plateau médical commun qui est estimé à 70 M €, sur le site de l’Hôtel-Dieu.

Curieusement et malgré toutes ces difficultés, c’est cette possibilité et uniquement celle-là qui a été étudiée pour transférer le CHU. Malgré nos demandes répétées, y compris auprès de la Direction de l’hôpital, nous n’avons jamais réussi à mettre la main sur la moindre étude alternative à cette solution. Le site de l’hôpital Nord semble pourtant présenter un certain nombre d’avantages qui nous paraissent non négligeables pour l’installation du futur hôpital, d’une part la disponibilité des réserves foncières puisque le site de l’hôpital Nord fait cinquante hectares, d’autre part les équipements innovants qui sont déjà présents sur le site Nord. Il y a le Cyclotron, mais aussi de nombreuses structures de recherche regroupées au sein de l’ensemble « Bio-Ouest ». Vous insistez beaucoup actuellement, parce que vous n’avez peut-être pas beaucoup d’arguments, sur la nécessaire proximité entre l’hôpital et la recherche, mais vous oubliez de nous dire que les structures de recherche sont actuellement majoritairement installées sur le site Nord. Le troisième avantage concerne le coût. Aujourd’hui, il est envisagé de déplacer l’Hôtel-Dieu, mais aussi Laënnec et Gauducheau sur un quatrième site, sur le site de l’Ile de Nantes. Est-ce qu’il ne semblerait pas plus logique dans un premier temps d’étudier la possibilité de construire le nouvel hôpital sur le site où deux structures de soins sont déjà implantées? Enfin, dernier avantage marquant sur lequel je ne m’attarderai pas: l’accessibilité. Avec la proximité de l’autoroute et du périphérique, le site de l’hôpital Nord sera de toute façon plus facile d’accès que le centre de Nantes qui vient d’obtenir le prix de la ville la plus embouteillée de France.

On nous vante les mérites d’un hôpital de centre-ville, un hôpital de proximité, proche des patients qu’il soigne. Nous sommes tout à fait d’accord sur le principe, mais les chiffres qui nous ont été donnés tout à l’heure sont tout à fait éloquents sur cette question. Plus de la moitié des patients du CHU viennent de l’extérieur de l’agglomération et les Nantais à proprement parler, plus précisément ceux qui viennent de l’intérieur du périphérique, ne sont que 18 % et non pas 70 % comme l’a annoncé Monsieur Lannuzel dans la presse ce matin. 18 % des patients du CHU viennent de l’intérieur du périphérique. Monsieur Lannuzel, renseignez-vous. Je ne sais pas si vous êtes mal renseigné ou si vos chiffres sont des contrevérités assumées. En tout cas, au vu de ces chiffres, on comprend mal le caractère indispensable d’un établissement en plein cœur de la ville.
Enfin, nous avons appris récemment, lors de la réunion de présentation du projet aux conseillers généraux, qu’un parking d’une capacité de 2 000 places serait construit à proximité du site de l’Ile de Nantes. Voilà donc le fameux Plan de Déplacement Santé que vous appelez de vos vœux.

En conclusion, vous nous proposez pour l’hôpital public un projet étriqué, un projet mal ficelé, sorti il y a deux ans du chapeau d’un directeur intérimaire de l’hôpital qui a passé six mois de sa vie à Nantes, un projet qui est pour vous l’occasion rêvée de masquer l’échec complet de l’aménagement de l’Ile de Nantes. Ce projet ne convainc personne ; vous l’avez vu dans la presse encore ce matin. Il serait donc irresponsable de s’engager dans ce projet qui coûtera au contribuable plus d’un milliard d’euros sans étudier auparavant les possibilités alternatives à cette solution. Aucune ville en France ne construit plus maintenant ses structures hospitalières au cœur des centres urbains. Le projet Ile de Nantes, s’il est maintenu, augmentera encore la saturation automobile du centre de Nantes, détériorera la qualité de vie des Nantais et empêchera la nécessaire redensification du centre-ville. Ce projet est un projet d’arrière-garde que vous êtes seuls à défendre. Ce n’est pas ainsi que nous voulons construire la ville de demain.

M. LE DEPUTE-MAIRE – Je me permets juste de vous faire une remarque, Madame Garnier. Nous sommes dans un débat qui a été précédé par des interventions indépendantes des experts et des acteurs. Je trouve que dans un débat, il est intéressant de tenir compte des points de vue et des informations qui nous sont donnés par ceux qui interviennent. Je sais bien que votre intervention était préparée à l’avance, vous l’aviez déjà faite dans une autre circonstance, mais je pense que l’intérêt de ce débat est justement de s’écouter et de comprendre que le problème est sans doute plus complexe que de répéter ce qui a déjà été dit, surtout en tenant compte des informations qui nous sont données et qui ne viennent pas de moi.

Mme GARNIER, Conseillère municipale – Parfois, ce n’est pas très loin, Monsieur le Maire.

M. LE DEPUTE-MAIRE – Parfois, il est intéressant d’écouter les autres et je vois que vous n’en avez pas eu la capacité une fois de plus. Monsieur Vrain, vous avez la parole.

Mme GARNIER, Conseillère municipale – Merci, Monsieur le Maire d’écouter également que l’on puisse être d’un autre avis que le vôtre.

M. LE DEPUTE-MAIRE – Ce n’est pas la question.

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Conseil municipal, décembre 2010

Mis à jour le 26/01/11