Mairie
Séance du Conseil municipal, décembre 2010
"Hôpital et santé publique: quel avenir à Nantes?"
Mme DEPUYDT, Samoa – Bonjour. Je représente l’équipe de maître d’œuvre urbaine sur l’Ile de Nantes et cette présentation audiovisuelle a été faite avec Marcel Smets qui ne pouvait pas être présent aujourd’hui et qui s’en excuse. On nous a demandé de faire un état historique des hôpitaux. Un hôpital est toujours inséré dans un contexte, un contexte physique, politique et social. Chaque changement de typologie d’hôpital est lié à ce contexte et à ces projets.
Au moyen-âge, il y avait l’Hôtel-Dieu et les malades allaient au temple parce que la médecine était assez reliée à des rituels religieux. On venait là pour se soigner. Je vous ai apporté des exemples de Belgique parce que nous venons de Belgique. Vous voyez ici l’hôpital Saint-Jean à Bruges où c’étaient plutôt les religieux qui s’occupaient des gens. Il y avait une relation assez proche entre les soignants et les malades, mais aussi entre tous les malades. Ensuite, on a construit de grands hospices, comme celui de Beaune. C’étaient de grandes basiliques, de grands bâtiments où l’on essayait de soigner tout le monde.
Au fil du temps, au XVIIIème siècle, on pensait que l’air sain pouvait gérer les maladies. On a inventé le modèle pavillonnaire que l’on appelle « machine à guérir ». A cette époque, il y a eu aussi l’hôpital militaire dont vous voyez ici un exemple à Stone. La forme urbaine du pavillonnaire était déjà clairement lisible. On essayait de rassembler les maladies par pavillons et on croyait que si l’on ventilait bien, l’air pouvait guérir. Le soin n’était pas vraiment encore technologique. Il y a plusieurs systèmes de pavillonnaires dans le monde entier. En France, en Italie et en Belgique, certains sont très connus pour leur qualité architecturale, comme celui de Victor Horta à Bruxelles. Ils étaient faits par rapport à un axe, avec les hommes d’un côté et les femmes de l’autre. L’église et la chapelle étaient toujours présentes. L’architecture est encore très institutionnelle et elle est très représentative dans les villes. Celui de Barcelone est aussi très connu. Les hôpitaux militaires, même aujourd’hui, comme vous le voyez ici à Anvers, sont en train de changer et d’être convertis en logements. Voici un projet de reconversion de l’hôpital militaire à Anvers en logements, avec un parc. L’hôpital est déjà en train d’évoluer vers des projets d’habitation.
Le troisième modèle est un modèle que vous connaissez aussi. C’est ce que l’on appelle le modèle « machine ». Même s’il a commencé dans les années 20, il s’est vraiment construit à partir de l’après-guerre, dans les années 60. Vous voyez ici un modèle qui, à la différence des modèles machines que l’on connaît, a encore un certain respect et une certaine volonté de s’intégrer. Dans le système pavillonnaire, on cherchait en effet à trouver un lien avec la nature et avec son environnement et son contexte, ce qui était intéressant. Pourquoi a-t-on construit la machine? Parce que Pasteur a trouvé un système pour soigner les bactéries. L’air n’était donc plus nécessaire et on a inventé les rayons X. Dès lors, on pouvait remettre tout le système hospitalier dans un bloc, dans un seul bâtiment. Cela apportait du confort parce que tous les couloirs existants dans le pavillonnaire n’étaient parfois pas assez efficaces. On a donc installé la machine. Aalto l’a fait à Paimio dans les années 60. Ensuite, on a des interprétations sous toutes les formes en Belgique. Ce sont des mini-blocs qui ont un style plutôt moderniste. A Lille par exemple, il y a un très grand hôpital et aux Etats-Unis, on voit que l’hôpital devient énorme et monte en étages. Même à l’intérieur de ce développement, il y a eu plusieurs évolutions. On retrouve aujourd’hui ces hôpitaux en ville, mais également beaucoup en dehors de la ville. Par leur taille, ils deviennent des villes en soi. Avec tous leurs départements et toutes leurs connexions, ils sont presque devenus une ville en soi, et quand ils deviennent aussi grands, la difficulté est de savoir comment ils se connectent. On peut dire que la problématique de l’hôpital en ville tient aujourd’hui à son intégration, mais les hôpitaux qui se construisent en périphérie ne s’intègrent pas pour autant dans le contexte périphérique.
Le quatrième modèle est la ville elle-même. Il y en a plusieurs exemples en Europe et aux Etats-Unis. Comme Madame Desaulle l’a dit, il va falloir trouver des parcours quotidiens vers l’hôpital parce qu’il y déjà énormément d’évolution concernant le traitement de la maladie. On ne va plus être obligé de rester très longtemps à l’hôpital, mais on sera obligé d’y aller souvent. Il faut alors savoir comment faire cette insertion urbaine dans un contexte physique, mais également comment faire en sorte qu’il n’y ait pas cette barrière entre le chez soi et l’ailleurs. Au moment où l’on rentre à l’hôpital, on sait tous que l’on rentre dans le rythme de l’hôpital. On n’est plus chez soi et on n’est plus dans le cadre que l’on connaît, on mange au rythme de l’hôpital. Vous voyez l’hôpital de Zurich qui s’insère dans la ville. Avant, l’hôpital s’insérait dans la ville, il comprenait un bâtiment unique, mais à force de s’agrandir, il s’est développé en plusieurs bâtiments. Sur ces images, il est important de voir que les rues continuent, que le tissu « morphologique » de la ville passe à travers l’hôpital. Cela casse déjà le monolithe et il y a une continuité urbaine. Les programmations ne sont pas uniquement liées à un bâtiment unique, mais à des rues qui les traversent. Vous voyez la même chose aux Etats-Unis, à Cleveland où l’hôpital se trouve en centre-ville. Sur la photo aérienne, vous voyez que le site de l’hôpital est traversé par des rues. Ce n’est pas un monobloc concentré, mais plusieurs bâtiments sont reliés avec des espaces non construits, des espaces à caractère public qui sont des placettes et des rues. Vous voyez ensuite l’intérieur de Cleveland. La photo de droite montre que les rues internes des hôpitaux sont conçues de plus en plus comme des rues publiques. Il y a aussi des exemples en France. Je vous montre l’exemple de l’hôpital du Royaume à Oslo où l’on cherche vraiment à retrouver cet esprit du chez soi et de l’environnement urbain. C’est le cas également à l’hôpital Debré à Paris. A la lecture des mémoires de Riboulet sur l’hôpital Debré, on constate qu’il avait vraiment ce souhait que la rue soit une rue avec des placettes dans lesquelles il imaginait que les enfants malades et les enfants non malades puissent se rencontrer et se rassembler.
La rue n’est pas suffisante. A Louvain, en ce moment, sur le site de Gasthuisberg, les médecins, les professeurs et les architectes sont en train d’envisager comment ils peuvent améliorer cette idée de rue et l’annexer à des programmations que l’on appelle « programmations de la ville induite ». De quoi s’agit-il? Les quelques rues qui traversent l’hôpital ne suffisent pas à le déconnecter. Il faudrait aussi que les programmes de la ville induite puissent peut-être continuer dans l’hôpital. Dans cet hôpital, un parcours s’est mis en place et il fait en sorte que la place de l’hôpital soit au centre et que l’hôpital soit accompagné par un certain nombre de fonctions que sont plusieurs restaurants, cafés, magasins, agences de voyages, une supérette ; des fonctions qui concernent l’accompagnement du malade. C’est une tendance qui se met en place et qui est aussi en discussion aux Pays-Bas: l’hôpital comme un centre de bien-être où l’on peut aussi retrouver les éléments qui existent dans notre vie quotidienne, notamment des fonctions plutôt liées à la ville, au commerce et aux loisirs.
Cette image est une image d’espoir. Elle représente ce que nous souhaitons faire, en collaboration très proche avec le CHU. Nous n’avons pas du tout l’intention de faire en sorte que l’hôpital ne soit pas fonctionnel. Nous souhaitons une certaine ambition urbaine, mais ensemble, nous essayons de réfléchir à la manière d’intégrer le CHU sur l’Ile de Nantes, avec l’idée qu’il s’intègre réellement et que la relation de l’hôpital vers la ville et de la ville vers l’hôpital soit fluide. Merci.
M. LE DEPUTE-MAIRE – Merci, Madame. Je vais maintenant donner la parole à madame Cécile Jaglin-Grimonprez.