Mairie

Séance du Conseil municipal, décembre 2010

"Hôpital et santé publique: quel avenir à Nantes?"

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M. SOULILLOU, Directeur de l’Unité INSERM, chef du service de néphrologie clinique, directeur de l’Institut de transplantation, professeur d’immunologie – Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs, à la demande de Monsieur Ayrault, je vais vous présenter ce qu’est un IHU et essayer de vous faire percevoir en quoi l’existence d’un IHU à Nantes représenterait un niveau supérieur dans la recherche et aurait une influence très importante sur tout le site et tout le campus qui traitent de la recherche en biologie et santé.

Un IHU est un institut hospitalo-universitaire. Ce titre est très politiquement correct. Il y a de l’hôpital, de l’universitaire, mais un IHU est un institut tourné totalement vers l’innovation, sans distance avec la maladie et le malade. Il est destiné à faire de l’innovation. Il y aura cinq IHU en France qui se répartiront 850 M €, s’ils sont donnés à part égale, ce qui semble être le cas. C’est donc un challenge très important. Une partie de l’argent est disponible tout de suite, mais pour faire simple, cela représente un bonus de 12 M € dans le domaine monothématique de l’IHU par an pendant dix ans. C’est donc quelque chose qui est très important.

Nous pourrions beaucoup discuter sur cette hyper-focalisation politique de ces IHU, mais il faudrait aussi beaucoup discuter de ce plan qui est vraiment susceptible de transformer certaines grandes villes. C’est pour cela que nous sommes dans ce projet depuis maintenant un an et qu’il a été soumis il y a très peu de temps. La thématique de cet institut, ce sont les sciences de la transplantation et de l’immunothérapie. Ce terme des sciences de la transplantation est fondamental. Je vais vous expliquer pourquoi.

La France est un grand pays qui a un passé de recherche médicale reconnu dans le monde entier. Si nous voulons être dans les cinq premiers en France, il faut vraiment avoir des atouts. Or, Nantes n’est pas l’université de Montpellier ou l’université de Cambridge, etc. En revanche, Nantes est puissant et a une visibilité européenne dans le domaine de l’immunologie, via le fil conducteur de l’immunologie qui réunit l’immunologie de transplantation, l’immunologie des cancers et l’immunologie des maladies auto-immunes. C’est l’immunologie qui va permettre la greffe de gènes et la greffe de cellules. C’est un peu pour cela que nous avons pu porter ce dossier. Vous comprenez maintenant pourquoi Nantes peut porter un tel dossier sur les sciences de la transplantation et de l’immunothérapie.

La masse critique est de 1 100 personnes, avec 242 chercheurs, des vrais chercheurs qui ne sont pas des doctorants, des chercheurs statutaires et environ 160 médecins. Ce plan regroupe cinq unités INSERM, INRA ou CNRS et de nombreux services cliniques qui ont un rôle à jouer. Ils sont très nombreux dans la transplantation. Nous avons donc une masse critique très importante dans une thématique très cohérente. Cette thématique exclut par exemple toute la biothérapie. C’est tout le transfert de gènes ou de cellules qui sont différents. Ce n’est, par exemple, pas dans notre champ de cultiver une cellule musculaire autologue in vitro et de la rapporter aux malades. C’est dans notre champ de changer des gènes qui sont défectueux, de changer des cellules ou de changer des organes.

Je suis porteur de ce projet, et autour de moi, j’ai une équipe de très grands talents dans le domaine du gène. Des gens comme Philippe Moullier, comme Nicolas Ferry ou comme Yan Chérel sont connus. Philippe Moullier est le responsable scientifique de l’AFM. Vous avez donc devant vous un grand « vieillard », mais il est entouré de jeunes gens qui sont très virulents. Par ailleurs, de façon tout à fait unique, nous avons mixé la transplantation cellulaire des cellules souches hématopoïétiques avec un jeune professeur qui a rejoint Nantes il y a trois ans, qui s’appelle Mohamad Mohty et qui est excessivement brillant. Cette fusion est unique en Europe et est excessivement porteuse d’avenir.

Le visage de l’IHU, ce sont 45 projets bien identifiés, avec un business plan bien particulier. Ces 45 projets sont complètement interconnectés. Chacun a été discuté en détail par rapport aux autres. Nous avons chiffré ces 45 projets sur 5 ans. Ils représentent 130 M € et nous attendons 65 M € de la part IHU. Nous sommes capables de lever de l’argent.

Je suis intimement persuadé que si nous sommes « IHU », il va y avoir des découvertes et des progrès médicaux originaux et importants dans ce domaine. Nantes est vraiment un centre de la thérapie génique, de la thérapie cellulaire et des greffes d’organes qui globalise toutes les greffes. Je pourrais passer en revue tout ce qui se fait, mais tout le monde est dans le taxi. Dans les atouts de Nantes, il y a des plateformes qui sont totalement uniques, comme toutes les plateformes dites précliniques, c’est-à-dire les primates. Il y a d’ailleurs plusieurs sujets de recherche en sciences humaines sur les primates car la manipulation des primates est en soi un problème. Nous sommes excessivement vigilants de ce point de vue. Nantes a la possibilité d’apporter à la clinique des outils précliniques qui sont uniques en Europe, avec deux spots, un sur l’Hôtel-Dieu et l’autre à l’Ecole vétérinaire. Il y a aussi des colonies d’animaux qui ont des maladies spécifiques qui sont les modèles exacts des maladies humaines et qui permettent de faire des progrès très importants.

Dans l’avenir, nous espérons greffer aussi des cellules animales. Nous avons un projet important avec un industriel local qui est le groupe Grimaud, pour essayer de faire un animal « GMP bonnes pratiques ». On peut prendre des cellules et les transférer chez l’Homme en l’espace de cinq ans. C’est un projet unique en Europe. Nous débarquons différentes universités européennes dans ce projet, comme celles de Louvain et Padoue. Je pense que nous sommes réellement compétitifs en la matière. Nous avons des preuves de concept de cette utilisation qui sont importantes et qui sont reconnues. Nous allons accueillir clé en main, grâce à un plan d’attractivité où collaborent l’université, l’hôpital et la Région, une équipe de sept personnes sur ce travail des cellules souches. Elles sont de très haut niveau et elles n’attendent que notre décision pour venir. Nous allons donc changer la donne scientifique sur le campus de ce point de vue.

Nous avons aussi une « data bank ». Ce sont ces données qui doivent être validées. C’est la plus grande en Europe dans le domaine de la greffe de reins et il y en a maintenant une pour le pancréas avec « Euro-pancréas », une pour le poumon avec « Colt ». « Divatte Reins », ce sont 16 000 dossiers avec 300 items. Cette banque de données est liée in silico à une bio-collection de 38 000 échantillons qui, dans le domaine de la transplantation, est la première bio-collection mondiale.

Nous avons donc vraiment des atouts. Nous avons une visibilité mondiale. Nous allons créer l’école européenne « The European School of Transplantation Sciences ». D’une part, on y fera un enseignement en anglais. Nous pouvons le regretter, mais la seule façon de défendre le français, c’est de passer par l’anglais pour la science. C’est tout à fait clair, j’en suis convaincu. Nous allons le faire en collaboration avec l’Imperial College à Londres et l’Université de Barcelone. Nous allons avoir un MBA en commun avec Audencia. Nous allons avoir le premier enseignement de télémédecine avec l’ANTEL. Ce sont des niveaux d’éducation qui sont très importants.

Moins visible, mais excessivement important, nous avons créé un statut hospitalier pour l’étudiant scientifique. Ceci est cosigné par le Directeur général de l’INSERM. C’est très important. Certains d’entre vous ont peut-être des enfants qui font une thèse. Ils peuvent travailler sur une maladie comme le diabète ou la sclérose en plaques et faire quatre ans de thèse sans jamais voir un malade ni un médecin. C’est une tare et nous voulons le changer. Nous avons un plan national qui est en train d’être diffusé.

Nous sommes tous convaincus qu’il faut pleinement travailler avec le privé, avec les capitaux privés et avec l’industrie privée. Pourquoi? C’est très simple. Si un chercheur trouve une molécule qui peut avoir un intérêt pour le malade, on peut tout oublier s’il n’y a pas derrière un relais industriel qui va permettre de monter. Si on ne le fait pas et si la molécule est intéressante, le schéma est très simple. Ce sera racheté par les Etats-Unis ou d’autres pays qui ont cette politique. Nous avons, dans le périmètre de l’IHU, créé huit entreprises et « incubé » une entreprise pendant trois ans: Vivalis qui est d’ailleurs la dernière entreprise française en bourse dans le domaine de la biotechnologie. Nous avons des contacts avec des gros industriels qui entrent au capital, en plus des collaborations: Novartis à 500 000 €, Roche à 500 000 €, LFB a un peu moins, le groupe Grimaud et un conglomérat de biotechnologie nantais. Nous avons donc une relation très forte. Novartis offre son partenariat pour la « European School of Transplantation ». C’est aussi très important.

Regardons quel peut être l’impact à Nantes, en dehors de la recherche, simplement sur l’économie. Si l’on essaie d’avoir un abord scientifique pour prédire l’avenir, bien que ce soit difficile et si l’on se base sur ce qui s’est passé depuis dix ans, dans les dix prochaines années, avec l’IHU, on va créer 800 emplois de haut niveau, au niveau technique, avec des gens qui viendront peut-être de l’étranger et on aura au moins dix entreprises supplémentaires. Je crois cependant que ce n’est pas le but. Le but est d’avoir deux ou trois grandes entreprises qui vont avoir un impact international et permettre ce retour sur investissement qu’il est légitime d’attendre avec un tel effort.

Voilà en quelques mots la description de cet IHU. 19 dossiers ont été envoyés. Nous pouvons discerner dix dossiers vraiment sérieux et je crois que le nôtre fait partie de ces dix. Il faut être dans les cinq pour passer. Nous aurons la réponse en février.

M. LE DEPUTE-MAIRE – Merci beaucoup, Monsieur le Professeur. Je voudrais souligner un point qui me paraît très important, qu’il faut sans cesse répéter et qui est l’une des forces de la recherche médicale, en particulier à Nantes. C’est la proximité entre la clinique et la recherche. La recherche ne se fait pas dans des labos à dix kilomètres de distance avec la clinique. C’est fondamental pour bien comprendre les problématiques qui ont été évoquées notamment par Madame Desaulle il y a quelques instants. Nous continuons les exposés ; Madame Anne-Mie Depuydt va prendre la parole.

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Conseil municipal, décembre 2010

Mis à jour le 26/01/11