Mairie
Séance du Conseil municipal, décembre 2010
"Hôpital et santé publique: quel avenir à Nantes?"
M. LANNUZEL, Adjoint – Si vous me le permettez, Monsieur le Maire, je prendrai quelques minutes sur le sujet, comme tout le monde. Il y a un an et demi, était adoptée la loi Hôpital, Patients, Santé, Territoires dite loi Bachelot. Aujourd’hui, force est de constater que malgré les protestations quasiment unanimes de la communauté médicale et des usagers, le dessein de la loi est en passe d’être atteint. Rentabilité maximale et hôpital-entreprise demeurent les maîtres-mots de la loi, à savoir donner à l’hôpital public un fonctionnement largement inspiré du privé et au-delà, transférer à ce dernier une partie de ses missions. Cette politique est la déclinaison hospitalière d’une conception du bouleversement de notre politique de santé au niveau national. Les missions de l’ARS sont à cet égard très claires, mettant en œuvre une politique régionale de santé cadrée par un budget fixé au préalable, lequel pilote toute l’offre de soins médico-sociale, avec l’ardente obligation de l’équilibre des comptes. Tel est le contexte dans lequel nous débattons du devenir de l’hôpital public et plus généralement de la santé publique sur la ville de Nantes.
S’agissant du contexte local, trois phénomènes sont à observer. Tout d’abord, le contrat de retour à l’équilibre financier du CHU qui implique des contraintes drastiques incompatibles à notre sens avec une politique de santé digne de ce nom, incompatibles avec les conditions d’accueil des patients et les conditions de travail des personnels. C’est pourquoi, étant administrateur du CHU, j’avais voté contre cette orientation. Le deuxième phénomène est une activité en constante augmentation depuis 2007. Alors qu’on réduit les moyens, on augmente l’activité. Le troisième phénomène, ce sont des cliniques privées qui se sont déjà restructurées et qui disposent de locaux neufs et adaptés. Ce secteur privé couvre 41 % du parc hospitalier de l’agglomération.
Etablissement public de santé de 3 000 lits et de 10 400 salariés, le CHU comprend aujourd’hui six sites. Il apparaît clairement, en particulier pour les sites de court séjour, que ceux-ci sont saturés, voire obsolètes, confrontés à un déficit de surface et nécessitent d’importantes opérations de rénovation. C’est ce qui conduit les élus communistes à considérer légitime l’existence d’une nouvelle implantation dimensionnée à la hauteur des ambitions que nous devons avoir pour l’hôpital public. Clairement, notre vision est diamétralement opposée aux positions sur lesquelles campe la droite nantaise, fidèle en cela aux logiques libérales dans lesquelles s’est inscrit le plan Hôpital 2012. Alors que ce plan confie sans distinction aucune, les missions de service public aux secteurs privé et public, on peut comprendre que nos collègues de droite n’entendent guère un hôpital public là où des cliniques privées se sont visiblement partagé le territoire: la polyclinique de l’Atlantique et la clinique Jules Verne au nord, les Nouvelles Cliniques Nantaises au sud.
Or, pour nous, l’avenir doit permettre de garantir de meilleurs soins pour tous, d’avoir une ambition pour l’hôpital public qui ne le cantonne pas aux séjours ambulatoires ou à certaines spécialités médicales et chirurgicales, comme y tend le plan Hôpital 2012. Cette ambition passe par une implantation compatible avec l’augmentation de la population nantaise, une modernisation permettant de répondre aux besoins de l’hôpital public dans une grande agglomération comme la nôtre. C’est pourquoi nous partageons les préoccupations de certaines organisations syndicales, notamment concernant l’offre de lits. Cette offre est aujourd’hui de 1 650 sur l’Hôtel-Dieu et l’hôpital Nord. A l’évidence, le projet doit être dimensionné pour assurer un développement de l’accueil et non pour le réduire.
Pour les élus communistes, le choix de l’Ile de Nantes est un choix pertinent, pour peu qu’il prenne en compte ces exigences incontournables. Il permet de conserver cet équipement essentiel en cœur d’agglomération, adossé à l’université et au pôle de recherche promis à un bel avenir si les perspectives de développement lui sont données.
Pour conclure, nous souhaitons que le projet d’implantation du CHU sur l’Ile de Nantes soit bien dimensionné et si tel est le cas, que soient examinées les conséquences que cela peut avoir sur l’aménagement de l’île elle-même. Vous savez, Monsieur le Maire, chers collègues, l’attachement des élus communistes à la mixité de son aménagement prenant en compte le maintien d’activités économiques, un habitat diversifié permettant à nombre de nos concitoyens de se loger, des équipements et services publics de proximité et enfin le développement de transports en commun dans le cadre du Plan de Déplacement Urbain de Nantes Métropole. L’accessibilité est un élément essentiel de la réflexion que la Ville doit mener pour accueillir un équipement aussi important que le CHU. Je vous remercie de votre attention.
M. LE DEPUTE-MAIRE – Merci. Madame Bocher.