Mairie
Séance du Conseil municipal, décembre 2010
"Hôpital et santé publique: quel avenir à Nantes?"
M. GUIN, Conseiller municipal – Merci, Monsieur le Maire. En nous demandant de porter notre attention au thème « Hôpital et santé publique: quel avenir à Nantes? », je crois que nous pouvons aussi formuler la question de la manière suivante: comment et avec quelle efficacité nos concitoyens de la région nantaise seront-ils soignés dans l’avenir? Je vais essayer de répondre à cette question et à cette occasion, de répondre aussi à Madame Garnier sur un certain nombre de ses arguments.
Il me semble que pour répondre à cette question, nous pouvons voir les choses de trois manières imbriquées. D’une part, il nous faut une médecine de pointe, générée par l’hôpital public universitaire. Il nous fait d’autre part une médecine de proximité, au plus près des réalités sociales et enfin une articulation entre les deux qui permette une collaboration professionnelle étroite et rapide.
S’agissant de la médecine de pointe générée par le CHU de Nantes, je crois qu’il a été dit beaucoup de choses et à cette heure-ci, je ne vais pas développer. La presse par exemple, nationale et locale, relate depuis quelques jours les performances qui nous ont été décrites ce matin. Je remercie d’ailleurs la presse parce que depuis plusieurs mois, on sent une attention forte pour tout ce qui concerne la recherche et la recherche médicale en particulier. On sent bien qu’il y a une conscience nécessaire dans l’ensemble de la population, pour que l’on s’aperçoive que nous ne sommes plus au temps de la construction, mais au temps des biothérapies, des thérapies cellulaires et géniques qui engendrent une activité industrielle de plus en plus importante. Cette information fournie par la presse est très importante au sein de la population aujourd’hui.
Je passerai sur ce qui a été dit concernant les performances, mais je dirai un mot sur la question du va-et-vient entre les soins, la formation et la recherche. Ce n’est pas une vision abstraite. Tous les jours dans les services, il y a des réunions qui permettent les discussions entre les médecins, les chercheurs, les étudiants doctorants ou pas. La médecine sera de plus en plus personnalisée. On a développé l’idée des soins rapides, avec des attentions de longue durée sur les malades, ce qui suppose des présences à l’hôpital moins longues, mais on n’a pas suffisamment insisté sur la médecine personnalisée. Aujourd’hui, il n’y a pas un cancer ou un cancer du sein ; il y a des cancers du sein. On est en train de s’apercevoir qu’il faut des médecines extrêmement ciblées et adaptées qui nécessitent des équipes pour les diagnostics, mais aussi pour les soins eux-mêmes. C’est très important, c’est concret. Dans les services, se forme la liaison des chercheurs, des médecins, des étudiants.
Je pense que cela induit nécessairement, Madame Garnier, un site unique, même s’il est modulaire. Bien que vous le mettiez en doute, les espaces permettent cette évolution au cœur de la ville. C’est essentiel pour les questions de rayonnement dont nous avons parlé, mais également pour la vie urbaine. D’ailleurs, comme les architectes nous l’ont dit, globalement, on ne s’amuse plus, contrairement à ce que vous dites, à mettre les hôpitaux à l’extérieur des villes. Je pense que des villes s’en mordront les doigts dans vingt ou trente ans. Prenez la psychiatrie par exemple. On a bien compris, depuis très longtemps, qu’il fallait ramener les hôpitaux psychiatriques dans les centres-villes. L’évolution est la même pour la médecine générale.
Vous avancez l’idée fausse que sur le site de l’hôpital Nord, il y aurait l’essentiel de la recherche. C’est absolument faux. Je pense que vous subissez l’influence du Professeur Harousseau envers lequel j’ai beaucoup de respect, pour le scientifique, pour la personne et pour l’humanité qu’il met à soigner les malades. Sa vision est assez particulière. Prenez le cancer par exemple. Le centre Gauducheau qui apparaît à tout le monde comme le centre essentiel de traitement des cancers. Il y a deux équipes de recherche à Gauducheau qui font un excellent travail, mais qui sont centrées sur la radiothérapie et la chimiothérapie. Par contre, à l’Hôtel-Dieu, il y a onze équipes de recherche sur le cancer. Elles travaillent sur la chirurgie des organes en général, sur l’oncologie pédiatrique, etc. Il faut donc avoir une idée de la réalité. Certes, Arronax dans lequel les collectivités locales ont mis une certaine somme d’argent, est important pour la radiothérapie et pour bien d’autres choses, mais on ne peut pas dire que l’essentiel de la recherche est sur Nantes Nord. C’est une erreur très profonde.
Je pense que le CHU nantais a besoin de nous tous parce qu’il est sous pression. Je ne vais pas développer toutes les pressions, mais je peux parler de l’éparpillement des sites, des blocs trop nombreux et vieillissants, d’une gouvernance qui repose sur des systèmes d’organisation très complexes, d’un patrimoine vieillissant et éclaté ainsi que de la concurrence des cliniques privées. Tout cela fait que le CHU est sous pression. Il faut réfléchir aussi pourquoi il est sous pression dans la relation avec les patients. Ce sera mon deuxième point.
Une bonne médecine commence par la médecine de proximité. La CFDT a dit récemment qu’il fallait mettre ce sujet sur le tapis. Elle a eu raison. Elle pose d’ailleurs très bien le sujet, non pas comme vous, Madame Garnier. Elle pose vraiment le sujet de la médecine vis-à-vis des patients et de l’intérêt des patients. Et, sa réflexion mérite d’être entendue dans la liaison du CHU avec la médecine générale. Le rapport de Madame Hubert qui a siégé ici est très intéressant du point de vue du diagnostic et des faiblesses vers lesquelles on a conduit la médecine générale. Le Parti Socialiste vient de publier une contribution intéressante sur les égalités réelles. Comme elle, nous affirmons que le médecin généraliste doit être et sera le pivot de la médecine du futur. Il faut y revenir, mais le médecin généraliste est lui-même sous pression et il a énormément de difficultés. Cela explique qu’un étudiant sur dix se dirige vers la médecine généraliste aujourd’hui. C’est un sacré problème. Nous ne serons sans doute pas d’accord avec les solutions proposées par Madame Hubert qui aboutissent, semble-t-il, au décloisonnement des conventions tarifaires. Nous verrons bien les propositions qui seront faites.
Le point important tient en la liaison entre la médecine généraliste et le CHU. De ce point de vue, nous avons quelques problèmes. Je ne pratique pas la langue de bois. Autant je suis très admiratif et tout à fait derrière le projet lui-même, autant il faut se dire tout de même qu’il y a un problème. Le CHU a soit des engorgements dans certains services soit au contraire des défauts d’activité. Pourquoi? Parce que la liaison avec le tissu des médecins généralistes a été distendue. Le premier recruteur de l’hôpital public ou de la clinique privée, c’est le médecin généraliste. Les médecins ont souvent besoin d’une réponse rapide, réactive, d’une hospitalisation relativement rapide. Si en tant que patient, vous demandez une consultation, qu’il faut attendre un mois ou deux, et le délai n’est guère mieux avec le médecin généraliste, c’est qu’il y a un vrai problème de réactivité ! Si le CHU veut créer cette proximité, il faut qu’il travaille en lien avec les généralistes qui sont les premiers recruteurs de l’hôpital public et qui doivent l’être. Pour ma part, je souhaite qu’il y ait un groupe de travail sur cette question et que l’on travaille, pour ceux qui sont convaincus de la nécessité du service public, sur ce drainage des populations.
Dans notre métropole, la directrice de l’ARS disait que nous n’étions pas en zone rurale. Il faut faire attention, certains quartiers en particulier manquent de médecins généralistes. Dans les communes périphériques, essayez d’avoir un médecin rapidement le soir pour une crise cardiaque, etc. C’est très compliqué. Dans les communes de la métropole, c’est un problème. Je pense qu’il faut effectuer un vrai travail là-dessus. L’observatoire qui est proposé par la Ville est un excellent outil. Nous devrions avoir, dans des délais assez rapides, un ensemble de données qui nous permettent de surveiller cette espèce de désertification interne qui posera énormément de problèmes pour la santé de nos concitoyens.
Je ne vais pas aller plus loin, même s’il y avait beaucoup de choses à dire. En conclusion, si nous ne proposons pas aux chercheurs, aux médecins et aux étudiants de Nantes, dans sa centralité, un vrai projet de modernisation ambitieux, nous avons des risques de voir les meilleurs sortir de notre hôpital public. Ce n’est pas ce que nous souhaitons.
M. LE DEPUTE-MAIRE – Merci, Monsieur Guin. Madame Meyer.