Mairie
Séance du Conseil municipal, décembre 2010
"Hôpital et santé publique: quel avenir à Nantes?"
Conclusion de M. AYRAULT
M. LE DEPUTE-MAIRE – D’abord mes remerciements à tous ceux qui sont intervenus. Je le répète encore une fois, c’était un débat de haut niveau et chacun s’est efforcé d’écouter les autres et de participer, concernant les intervenants inscrits dans le débat.
Mes remerciements bien sûr à toutes les personnalités qui ont bien voulu s’exprimer, en toute indépendance. Je dois souligner, à ce sujet, qu’il faut en finir une fois pour toutes avec une propagande complètement inventée par un certain nombre de personnes de l’UMP.
Le projet dont on parle, à savoir la réorganisation, la restructuration et la relocalisation sur l’Ile de Nantes du CHU, ce n’est pas mon projet. Ce n’est pas le projet de Jean-Marc Ayrault qui aurait cette ambition parce qu’il y tient personnellement. Moi je me bats pour Nantes, depuis longtemps. Se battre pour la Ville de Nantes, c’est se battre aussi pour un grand CHU et il ne faut surtout pas manquer ce rendez-vous car si cet ambitieux investissement est manqué, nous verrons le CHU s’engager dans un lent déclin qui portera préjudice à la santé publique de tous les Nantais mais aussi au rayonnement de la ville.
Nantes a souffert de ne pas avoir eu une université très tôt, comme d’autres villes - le Professeur Soulillou évoquait Montpellier tout à l’heure – oui, cela a été un handicap pendant longtemps. Il a fallu dans les années 60 une décision d’Etat pour rétablir l’université à Nantes, idée qui avait été abandonnée par manque d’ambition politique, à une autre époque, bien lointaine. Un des enjeux du développement, c’est bien le pôle universitaire nantais qui, pour qu’il soit performant, doit savoir s’associer aux autres ; je pense notamment à Rennes, Angers et c’est le sens d’ailleurs du grand projet d’Institut Hospitalo-Universitaire que Jean-Paul Soulillou nous a présenté tout à l’heure.
Il ne faut pas être mesquin sur ce sujet, ce dossier devrait même dépasser les clivages. Qu’il y ait des explications à donner, celles-ci sont parfaitement légitimes. Pourquoi avons-nous choisi ce débat aujourd’hui? Parce qu’il fallait en parler et il y aura encore besoin d’en parler davantage. Parce que l’objectif, ce n’est pas de dire: « on a raison et les autres ont tort parce qu’ils s’interrogent », c’est simplement de convaincre et de mobiliser pour que ce projet se fasse.
Mais, de toute façon, la décision, ce n’est pas nous qui la prendrons. Je le rappelle, c’est un projet d’Etat et des débats préparatoires ont eu lieu, des alternatives ont été étudiées par le Ministère de la santé via ses organismes d’accompagnement, ses bureaux d’études et également à l’intérieur même, bien entendu, de la communauté hospitalière du CHU de Nantes.
Ce n’est pas un projet municipal, mais c’est un projet qui nous concerne en tant que Conseil municipal, parce qu’il a des incidences sur la vie des Nantais et sur l’avenir de la cité. C’est une décision qui sera prise, comme Mme Desaulle, Directrice de l’ARS, l’a très bien dit, par le Ministère de la santé comme c’était prévu d’abord avec Mme Bachelot, et maintenant avec M. Bertrand, dans les mois qui viennent, au début de l’année prochaine. Ce projet avance.
Et surtout, ce qui est important, c’est qu’il fait consensus au sein de la communauté hospitalière nantaise, le Professeur Potel, Président de la Commission Médicale d’Etablissement l’a dit. Il ne fait pas l’unanimité à 100 %. Il y a toujours des gens qui y sont opposés, c’est vrai, mais une immense majorité des soignants, des chercheurs, sont pour.
Et en ce qui concerne les agents hospitaliers, soignants ou non soignants – je ne veux pas parler à leur place – ils savent très bien comme moi en tant que Président du Conseil de Surveillance, que si des investissements ambitieux ne sont pas engagés, alors effectivement il y aura une régression lente, pas brutale mais lente et parfois des départs d’équipes de recherches qui font aussi la vitalité du CHU dans les années qui viennent. Et nous n’avons pas le droit de prendre cette responsabilité. C’est la première réponse que je voudrais faire.
Le travail de Mme Anne-Mie Depuydt, associée à Marcel Smets – qu’elle a résumé en quelques minutes – représente un travail énorme de recherche sur l’histoire des hôpitaux et leur relation avec la cité, avec la ville. Il est nécessaire d’avoir un peu de rigueur intellectuelle et l’on peut s’apercevoir qu’à chaque époque historique, les modèles d’organisation hospitalière ont évolué.
Je voudrais simplement vous rappeler que nous sommes à une époque où les questions de développement durable, donc aussi de lutte contre l’étalement urbain, d’utilisation de l’espace dans une certaine densification de la ville sont importantes, non seulement pour habiter, Madame Jozan, mais aussi pour les fonctions stratégiques. C’est une conception essentielle.
Nous avons un choix à faire sur un hôpital comme celui-ci, un CHU dans lequel on sait qu’il faut investir. On ne peut pas réformer l’Hôtel Dieu actuel, parce que les coûts sont énormes. Rien que pour le mettre aux normes, cela a été rappelé tout à l’heure, il faudrait dépenser presque autant que pour la première phase. Je fais une parenthèse, la première phase représente 300 millions. Le coût de mise aux normes est de 270 millions et la deuxième phase, de 70 millions, Madame Garnier. Donc ce n’est pas un milliard. Vous êtes très informée. Je me permets de le dire avec ma modestie de Président du Conseil de Surveillance qui n’a aucun pouvoir exécutif, aucune autorité dans la gestion. Je m’informe simplement auprès des autorités locales, du CHU, de l’ARS et du Ministère de la santé.
Par conséquent, mes chiffres, je ne les invente pas ! Vous pouvez dire ce que vous voudrez, mais moi je ne suis pas là pour défendre des intérêts particuliers et surtout des contre-vérités. Je vous rappelle cela simplement, et je vous le dis, le CHU de Nantes a besoin d’investissement de rénovation et d’ambition.
On a une opportunité qui est extraordinaire, elle demande du courage mais l’Ile de Nantes est une chance formidable pour la Ville de Nantes ! Nous aurions très bien pu ne pas l’avoir. Elle est née d’une crise économique et brutale qui a laissé des traces, celles de la fermeture des activités industrielles, en particulier des chantiers navals.
Nous avons eu le temps de la réflexion mais pour savoir quoi en faire. Et au cœur de la métropole, d’avoir autant d’espaces disponibles pour des fonctions qui ne sont pas seulement de loger, d’habiter, mais aussi de mettre en place des services, d’établir des fonctions stratégiques qui sont nécessaires à l’avenir d’une métropole, c’est une chance que nous n’avons pas le droit de gâcher.
Alors, évidemment, il ne faut pas faire n’importe quoi ! Il s’agit de réussir quelque chose qui s’intègre dans l’urbain, Mme Depuydt l’a très bien expliqué tout à l’heure. Elle a même fait un dessin qui simulait ce que pourrait être l’hôpital, c’est-à-dire cette transparence, cette relation avec le fleuve, cette relation avec la ville. Non pas comme cela a été évoqué tout à l’heure, c’est-à-dire une espèce d’établissement fermé, une « escalope » pour reprendre l’expression d’Alexandre Chemetoff. C’est sûr qu’il ne s’agit pas de cela. C’est pour cela qu’il faut travailler beaucoup.
Il faut d’abord que le projet médical soit clair, et il l’est. Il faut ensuite que le projet urbain le soit également: il est en cours d’étude. Voilà. Cela est vraiment passionnant, vaut la peine de se battre et il faut effectivement que toutes les forces qui croient en l’avenir de Nantes soient capables de se rassembler, mais pas en se basant sur des visions du passé.
La ville de la périphérie, la ville qui s’étend à l’infini, c’est complètement contraire à l’esprit de ce que nous avons voté, parfois à l’unanimité, comme le SCOT ou comme les PLU. Nous avons là un exemple très concret du fait que des fonctions stratégiques mutées en périphérie vont automatiquement entraîner l’étalement urbain et de la circulation automobile supplémentaire ; Alain Robert a cité des chiffres, il a parfaitement raison.
Cela veut dire qu’il faut aussi en assumer les conséquences. Et donc à l’évidence, la date de la première phase, soit 2020 – cela a été évoqué par d’autres – implique une ambition en matière d’accessibilité en transports publics. Nous mettrons en place en 2012 un bus à haut niveau de service mais il est bien évident qu’à l’horizon 2020, ce n’est pas un bus à haut niveau de service qu’il faudra, c’est une ligne de tramway connectée peut-être avec le sud par le Pont des Trois Continents. C’est là-dessus qu’on a travaillé, effectivement, dans les perspectives du PDU. A un moment, il faudra bien décider, et le devoir de ceux qui auront à décider, ce sera de le faire ! Il faut vraiment être cohérent et aller jusqu’au bout.
Certains parlent de traversée automobile en périphérie après les ponts Senghor et Tabarly. Il faudrait aussi un pont à l’ouest, un franchissement à l’ouest, vous avez évoqué d’autres modes. Mais bien entendu, c’est pour cela que d’ores et déjà, le principe en a été adopté dans le plan de déplacement urbain voté par le Conseil communautaire de Nantes Métropole. L’étude va être lancée en début d’année prochaine ; le cahier des charges est en cours de préparation.
Tout cela est en cohérence avec le fait d’avoir moins d’automobiles dans le cœur de la ville, parce que cela, c’est la ville du développement durable, la ville du futur. On fera des propositions dans ce sens dans les prochains mois afin de réduire encore la part de l’automobile dans le centre-ville. Ce n’est pas « Auto Plus », qui est contre les transports en commun, qui dictera notre stratégie politique en matière de déplacement urbain, c’est clair !
C’est une autre vision de la ville. Ce n’est pas la peine d’aller dans les colloques ou les conférences internationales, les conférences des maires pour le climat et de faire le contraire quand on revient. Il faut aller jusqu’au bout de la cohérence et notamment de la démarche du plan climat de Nantes.
Quelques précisions maintenant sur les disponibilités foncières sur l’Ile de Nantes. On a déjà la propriété de 8 hectares et RFF, avec lequel nous avons engagé des négociations, possède le reste. Nous pouvons obtenir jusqu’à 15 hectares, à la fois pour réaliser la phase 1 et la phase 2, mais aussi avoir des réserves pour une extension possible. Il ne s’agit donc pas d’une improvisation.
Je rappelle un chiffre: le secteur ouest de l’Ile de Nantes qui, pour l’instant, n’est pas urbanisé puisque l’on démarre juste les études, représente 100 hectares de disponible, avec des entrepôts. Tout n’est pas encore dégagé mais c’est énorme ! On peut à la fois y mettre en place des fonctions stratégiques, réaliser le quartier de la création et y créer aussi de l’habitat. Mais c’est une conception urbaine qu’il faut assumer.
Enfin, on me dit: « mais franchement, il y aura un risque d’inondation ! ». Je comprends, Madame Loirat, que vous n’ayez pas tous les éléments. Je vous donne des informations précises. Il y aura une enquête publique, évidemment, avant l’adoption du plan de prévention des risques d’inondation qui, je le rappelle, est une procédure d’Etat, mais nous y avons été associés. La méthode qui a été utilisée pour vérifier les risques - mineurs, certes mais qui pouvaient exister - d’inondations, a été basée sur des études commencées depuis 3 ans précisément et qui ont été confiées à des experts indépendants, le GIP Loire – Groupement d’Intérêt Public – et Hydratec.
Par précaution, M. le Préfet de Région, à juste titre d’ailleurs, parce qu’il faut toujours prendre des précautions, a demandé une contre-expertise alors qu’il y avait consensus entre ces deux organismes d’études indépendants. Il a demandé que soient vérifiés par le CETMEF, un bureau d’études de l’Etat qui est basé à Brest, les résultats des hypothèses auxquels on arrivait.
C’est sur ces bases qu’il y aura une enquête publique au printemps, mais à l’heure où je vous parle, le résultat de ces études donne une tendance extrêmement claire, à savoir que l’inondabilité de l’agglomération nantaise est en baisse tendancielle. Cela peut surprendre mais c’est le cas.
Ce n’est pas la même chose évidemment en aval de l’estuaire où il y a des problématiques différentes pour lesquelles d’autres scénarii ont été proposés. Il faut être très clair. Je viens de vous parler du climat ; il y a eu la montée du niveau des eaux de 1910, les grandes marées, la tempête Xynthia, et nous avons les hypothèses du GIEC 2007-2008, c’est-à-dire une augmentation d’un mètre du niveau des océans dans 100 ans.
Par conséquent, on n’a pas fait n’importe quoi et en tout cas ce n’est pas nous qui en avons la maîtrise d’ouvrage, je le répète, c’est l’Etat. Je puis vous dire aujourd’hui – mais ceux qui voudront s’exprimer dans l’enquête publique le feront – que cette question de l’inondabilité n’est pas une réalité. C’est peut-être une information que je vous donne. Mais puisqu’on me pose la question, c’est normal que j’y réponde avec les informations dont je dispose.
Je voudrais terminer en ajoutant quelque chose. Il ne faut pas confondre deux choses comme cela est parfois le cas. Comment le Professeur Derkinderen, qui vient d’être récompensé, comme nous l’ont rappelé les représentants du CHU, est-il arrivé à ces résultats? Il est arrivé à ces résultats en matière de recherche par l’observation des patients qu’il soigne, ce qui l’a conduit à élaborer et vérifier des hypothèses de recherche. C’est cela, la recherche. C’est la recherche qui est étroitement liée avec la clinique, le soin et les travaux des équipes. Il faut donc être concentré.
Je dois vous indiquer à ce sujet qu’au dernier Conseil communautaire, nous avons voté un projet « maîtrise d’ouvrage Ile de Nantes » de 7 000 m2 de locaux de recherche sur l’Ile de Nantes. La Région, qui est notre partenaire dans cette affaire, va faire à peu près la même chose. Elle va délibérer prochainement. Nous aurons 14 000 m² supplémentaires de locaux consacrés à la recherche sur l’Ile de Nantes. Les terrains sont disponibles tout près du futur CHU, on vient de l’évoquer tout à l’heure.
Cela n’est pas rien mais ne doit pas être confondu avec ce que le Professeur Jean-Paul Soulillou a rappelé tout à l’heure. Il nous a dit: « IHU, Institut Hospitalo-Universitaire, on soigne des patients, on fait des recherches », je ne reprends pas ce qu’il a dit, mais il a ajouté: « un chercheur peut trouver une molécule, un nouveau médicament » et il faut trouver de nouveaux médicaments parce que l’on arrive un peu au bout des systèmes chimiques traditionnels ; il faut passer à un autre stade historique de la recherche sur les molécules pour soigner les maladies que l’on ne soigne pas encore ou mal et celles qui vont survenir.
Et il a dit: « il est important qu’il y ait un débouché industriel ». Dès le départ, il y a ce partenariat avec des entreprises. Et justement, on a confondu tout à l’heure en citant le cyclotron et Vivalis qui sont à Saint-Herblain. Oui, ils sont à Saint-Herblain, très bien, mais ce ne sont pas des pépinières, ce sont des entreprises qui sont dans le développement industriel comme cette plate-forme que nous avons inaugurée l’autre jour, financée par Nantes Métropole, la Région, le Conseil général et l’Etablissement Français du Sang: la plate-forme ABG qui va produire des vecteurs de thérapie cellulaire et génique.
La recherche, les pépinières ou en tout cas ce qui va permettre à des entreprises d’émerger doivent être proches de l’hôpital, proches du patient mais il n’y a aucune obligation que le développement industriel se fasse à proximité de l’hôpital.
Je vois une disponibilité foncière pour l’avenir, sur les terrains de l’hôpital nord, déjà en partie utilisés d’ailleurs puisque le cyclotron y est, pour faire un pôle de recherche et de production dans les biotechnologies. Et le cyclotron n’a pas de lien direct avec l’hôpital. Il produit, c’est ce que je viens de vous indiquer.
Le fait que Laënnec soit regroupé sur l’Ile de Nantes dans la première phase, tout le monde le reconnaît, c’est une bonne chose. M. Potel a déclaré: « ce n’est pas possible d’avoir deux urgences à 12 kilomètres de distance ». Vous voyez bien qu’il y a un problème - à la limite - de sécurité et de santé publique. Par contre, il y aura un avenir pour le pôle de Saint-Herblain, et c’est tant mieux !
C’est tout cela qui est en marche à l’heure actuelle et cela forme une vraie ambition. Je vous le dis franchement, la bataille pour que l’IHU soit retenu dans le cadre du grand emprunt n’est pas gagnée.
J’ai demandé au Professeur Jean-Paul Soulillou de venir vous exposer ce projet formidable mais n’oublions pas que l’on est aussi en compétition avec d’autres. Tous ne seront pas retenus. Il faut que l’on fasse consensus autour de ce projet, et autour de ceux qui le portent, avec les arguments qu’ils donnent, car il faut que la clinique et la recherche soient ensemble. Je vous le dis franchement. Je vous le demande, dépassez un peu les clivages et pensez à ce qui est le plus important !
C’est cela qui m’intéresse. Pour le reste, il y aura des polémiques. Il y en aura encore sans doute mais je voudrais que l’on ne regarde pas les choses par le petit bout de la lorgnette. Faire un collectif, c’est bien, mais entre un chauffeur de taxi, un ambulancier et un ancien chercheur à la retraite, je trouve que ce n’est pas le même niveau.
Le Conseil municipal, ce matin, en écoutant les interventions qui ont été faites devant lui, nous a permis d’avoir un débat de haut niveau. J’espère tout simplement pour Nantes, pas seulement pour le CHU, que cela continuera parce que c’est l’intérêt de la Ville de Nantes et des Nantais.