Mairie
Séance du Conseil municipal, décembre 2010
"Hôpital et santé publique: quel avenir à Nantes?"
M. POTEL, Président de la Commission Médicale d’Etablissement du CHU – Bonjour Mesdames et Messieurs. C’est avec plaisir que je viens vous parler de ce projet de regroupement du CHU sur l’Ile de Nantes. Nous avons eu souvent l’occasion, au cours des dernières semaines et des derniers mois, de rencontrer plusieurs associations, plusieurs structures municipales et paramunicipales qui nous ont permis de nous expliquer sur ce projet. Je pense que certains d’entre vous le connaissent déjà de façon détaillée, mais comme il paraît que le CHU ne s’exprime pas suffisamment, c’est avec devoir que nous venons aussi devant vous pour vous présenter ce projet.
Je voudrais d’abord vous dire quelques mots concernant mon parcours personnel, de façon à lever un certain nombre d’ambiguïtés. Je suis à Nantes depuis 33 ans. Je suis arrivé en octobre 1977, après des études de médecine à Paris. Je suis néphrologue. Je connais bien Jean Paul Soulillou. Je suis réanimateur médical. Je suis maintenant aux services des Urgences depuis 1985 et j’ai récupéré la responsabilité de ce service en 2003. Tout cela pour vous dire que je n’ai jamais fait autre chose que de m’occuper du service public hospitalier. Il n’y a que cela qui m’intéresse réellement. Je n’ai pas d’engagement politique ou syndical significatif. Les choses doivent être dites dans une assemblée comme celle-ci.
Le projet de l’Ile de Nantes est en fait l’aboutissement d’une réflexion qui remonte maintenant à plus de dix ans. Il y a dix ans, nous avons pris acte du fait que la recherche s’était considérablement développée et surtout un aspect de la recherche que l’on appelle la recherche clinique. C’est ce que vous a un peu expliqué tout à l’heure Jean-Paul Soulillou. Si vous laissez les chercheurs seuls dans un coin, ils font des choses très intéressantes, mais au bout d’un moment, ils ne savent plus trop ce qu’ils cherchent et quand ils trouvent quelque chose, ils ne comprennent pas forcément à quoi cela peut servir. Je le dis de façon un peu humoristique, mais c’est la vérité. La proximité entre les cliniciens et les chercheurs est un devoir absolu. Si on ne le fait pas, le niveau de notre recherche au plan national s’effondrera et nous n’existerons plus. La recherche clinique a vraiment démarré dans les années 80 et a explosé dans les années 90. Nous avons, à Nantes, un certain nombre de domaines d’excellence dont la transplantation à laquelle nous pouvons ajouter la cardiologie et la cancérologie.
approcher l’université, les enseignants et les chercheurs des structures cliniques, des structures qui prennent en charge les malades est une nécessité absolue. Je crois que la communauté régionale, le Conseil général et la Municipalité de Nantes l’ont parfaitement compris. De ce point de vue, je pense qu’il n’y a plus de discussion. Tout le monde est d’accord sur l’idée qu’il faut les rapprocher, dans la perspective du regroupement des structures de court séjour.
Nous réfléchissons depuis dix ans, mais nous sommes allés un peu plus loin que la simple réflexion sur l’idée qu’il fallait se rapprocher. Nous avons eu un premier projet architectural de regroupement sur l’Ile de Nantes qui a mûri. En 2006, le projet était mûr. Ce projet consistait finalement grosso modo à rapatrier l’hôpital Nord sur l’Ile de Nantes. Pourquoi l’Ile de Nantes? Croyez bien que le CHU n’a pas décrété que l’Ile de Nantes était le meilleur site. Il y a eu tout un tas de réflexions, notamment au niveau des agences ministérielles et de la Mission d’appui à l’investissement national hospitalier qui s’appelle la MAINH, ainsi qu’au sein d’autres structures parapubliques qui se sont penchées sur le problème. Elles ont conclu que la meilleure solution était de rapatrier l’hôpital Nord sur l’Ile de Nantes. Dans cet hôpital Nord rapatrié sur l’Ile de Nantes, on aurait trouvé la cardiologie, les neurosciences et toute la partie transplantation rénale, c’est-à-dire les services de néphrologie et d’urologie qui seraient partis de l’Hôtel-Dieu vers l’Ile de Nantes. Tout le plateau de biologie aurait également été déménagé de l’Hôtel-Dieu vers l’Ile de Nantes. Nous nous acheminions vers un système à deux sites, avec un site de l’Hôtel-Dieu qui aurait perduré encore plusieurs années, vraisemblablement longtemps et le site de l’Ile de Nantes.
Je pense que la plupart d’entre vous savent qu’en 2008, nous avons été les victimes d’un « tsunami » financier qui a tout arrêté. Tous les projets ont été stoppés et le CHU était à cette époque dans une perspective, pour les années à venir, extraordinairement triste. Tout ce qui avait été construit dans les années 80 et 90 risquait de s’effondrer. A cette occasion, nous avons lancé un certain nombre d’appels au secours. La Direction générale a changé, nous avons dû faire face à des exigences comptables qui ont été extraordinairement difficiles à assumer. Je tiens au passage à dire que ces difficultés financières ont eu des conséquences importantes pour le personnel médical et non médical du CHU. Ce personnel a assumé ces difficultés avec un courage qu’il faut savoir, me semble-t-il, saluer et remercier de temps en temps ! Nous sommes donc repartis pratiquement de rien avec Madame Coudrier et l’équipe de la Direction générale, pour remonter un projet. Il nous a été demandé à l’époque de reconstruire un projet qui, en une seule phase, permettrait de regrouper le court séjour de l’Hôtel-Dieu et de l’hôpital Nord sur l’Ile de Nantes.
Vous commencez à connaître ce projet, on en parle maintenant depuis deux ans. Je tiens à rappeler que ce projet a été assumé, accepté et voté à la Commission Médicale d’Etablissement par une écrasante majorité des praticiens élus du CHU. Autrement dit, aujourd’hui, la communauté médicale – je parle en son nom – est regroupée et parfaitement solidaire du projet de fusion du CHU sur l’Ile de Nantes.
Que se passerait-il si nous ne faisions rien? Si nous ne faisions rien, nous aurions, sur le plan du fonctionnement de l’hôpital, des coûts de fonctionnement et d’entretien des locaux obsolètes qui seraient extraordinairement élevés et qui empêcheraient toute idée de progression. Je rappelle que l’Institut de recherche thérapeutique est en front de Loire, que la nouvelle faculté est à côté de l’actuel Hôtel-Dieu et va ouvrir à la rentrée prochaine. Aujourd’hui, les Urgences, qu’elles soient pédiatriques ou adultes, sont à douze kilomètres du service de cardiologie, de neurologie. Ce n’est pas raisonnable. Nous nous sommes adaptés à cette situation au fil des années. Je crois que nous avons assez bien répondu à cette difficulté, mais il est évident que nous ne pouvons pas, sur le long terme, continuer à séparer les structures d’enseignement, les structures de recherche et les structures de soin en les éclatant. Si nous avions pour idée de réimplanter le CHU ailleurs que sur l’Ile de Nantes, alors, et pendant plusieurs années, nous aurions douze kilomètres entre les Urgences pédiatriques et l’essentiel des structures d’exploration du CHU. Ce n’est pas raisonnable. Aujourd’hui, nous pouvons parfaitement envisager que l’hôpital Mère Enfant et le Samu Smur dont la construction date de ces dernières années – 2008 pour le Samu Smur et 2004 pour l’hôpital Mère Enfant – ne soient pas rapatriés dans un délai de deux, trois ou cinq ans sur l’Ile de Nantes. Il n’y aura pas de drame. Il y aura moins d’un kilomètre entre les Urgences pédiatriques, le HME et la nouvelle structure.
Autrement dit, c’est une volonté collective. Nous étions encore lundi dernier à la Direction générale de l’Offre de Soins avec Madame Desaulle et Madame Coudrier. Pour l’instant, ce projet est bien reçu. Je crois qu’il est essentiel que la Ville de Nantes soit parfaitement regroupée autour de ce projet. D’une part, tous les retards que nous prendrons seront un coup porté à l’hospitalisation publique et seront d’autre part un coup très sévère porté au projet de recherche et de regroupement entre l’université et l’hôpital. Je vous demande de bien réfléchir à tout cela. J’étais la semaine dernière à l’Hôtel-Dieu de Paris qui a été construit il y a 150 ans sur l’île de la Cité. C’est un magnifique bâtiment. Je souhaite que le CHU puisse perdurer sur son campus hospitalo-universitaire pendant 150 ans sur l’Ile de Nantes. Ce sera une belle réussite, mais je ne serai plus là pour la constater et vous non plus.
M. LE DEPUTE-MAIRE – Merci, Monsieur le Président.