Mairie
Séance du Conseil municipal, avril 2010
"La réussite éducative à Nantes"
Mme ROLLAND, Adjointe – Merci. Monsieur le Maire, chers collègues, je crois que le petit film que l’on vient de voir sur Séquoia illustre assez bien l’état d’esprit dans lequel nous essayons d’aborder la réussite éducative à Nantes en faisant le pari de l’imagination.
C’est d’abord une volonté politique forte de donner une chance, des chances à chacun. Une lucidité sur la situation d’aujourd’hui, mais aussi une envie, un espoir de construire pour demain une société plus juste dans laquelle l’égalité aura une résonance plus concrète. Et puis une méthode, je crois aussi : mobiliser, fédérer et faire bouger les lignes.
L’éducation, c’est tout de suite pour les enfants d’aujourd’hui, qui sont aussi les citoyens de demain, et donc l’avenir de notre société, de notre ville.
C’est une préoccupation centrale pour les citoyens. L’éducation est depuis de nombreuses années au cœur du projet nantais. Mais si en 2010, elle est le premier budget de la ville, alors que l’Education nationale n’est effectivement plus le premier budget de l’Etat, c’est bien parce qu’il ne s’agit pas simplement de gérer nos acquis, mais au contraire de s’appuyer dessus pour continuer à avancer ensemble et franchir une nouvelle étape.
D’abord, en assumant pleinement nos missions premières. Ces missions premières, vous le savez, c’est l’entretien du patrimoine scolaire, la restauration scolaire, le temps périscolaire. Parce que si nous voulons être crédibles dans la dimension pédagogique, dans la dimension éducative, il faut d’abord que nous soyons efficaces sur le quotidien de chacun : les enfants, les enseignants, le personnel municipal.
Nous avons dans ce mandat déjà inauguré l’école Julien Gracq, le pôle science, l’école Dervallières-Chézine restructurée. Et ce mouvement va continuer avec un investissement fort :
- En 2010, c’est l’extension de l’école des Réformes ;
- En 2011, ce sera l’extension du groupe scolaire du Linot, associé à un centre de loisirs ;
- Puis en 2012, la restructuration du groupe scolaire Henri Bergson, mais aussi la restructuration des restaurants scolaires Ledru Rollin et Emile Péhant, et enfin la création d’une nouvelle école sur l’Ile de Nantes ; on en a déjà parlé, elle sera associée non seulement au centre de loisirs, mais aussi sans doute à une crèche, dans une vraie logique de mutualisation des services publics et de facilitation de la vie des familles.
Il s’agit de faciliter la vie des familles aussi, en offrant la possibilité, à partir de septembre prochain, d’inscrire les enfants aux accueils périscolaires en ligne sur internet. Cela représente un gain de temps pour les familles et illustre la préoccupation que nous avons d’être ancrés dans la réalité des familles d’aujourd’hui.
Parce que le quotidien, je crois que c’est aussi l’attention portée aux retours que peuvent nous faire les familles. Juste un exemple, dans cette période de crise, un certain nombre de familles m’avait fait le retour suivant : le fait de devoir payer la restauration scolaire et le périscolaire avant la date de versement d’un certain nombre d’allocations, les mettait en difficulté, dans une situation économique et financière difficile.
Nous avons donc décidé, tout bêtement, de modifier la date de facturation et de la décaler dans le mois, pour que ce prélèvement puisse se faire, après le versement des différentes allocations. Cet exemple peut paraître complètement anecdotique, basique, mais je crois que les Nantais attendent aussi cela de nous, une attention forte à leur quotidien.
Mais ce travail sur le quotidien, cet investissement dans le concret des écoles, comme on le voit défiler à l’écran, n’a de sens que s’il participe d’un projet global, d’un projet qui porte des valeurs, d’un projet qui dessine un cap.
Et dans cette nouvelle étape, ce cap se traduit par la volonté de mettre en mouvement une dynamique de réussite éducative.
En effet, l’école est un levier fondamental, on y reviendra, et le travail des enseignants qui sont souvent malmenés dans le contexte national, est un travail difficile. Mais le sport, la culture, la citoyenneté, la santé scolaire, l’action en direction des familles participent également à l’éducation des enfants, parce que l’on entend cette éducation non pas strictement et uniquement comme l’apprentissage des savoirs fondamentaux, mais aussi comme un enjeu pour la formation des futurs citoyens de demain, des citoyens que nous souhaitons libres, éclairés.
A ce titre, si les parents sont évidemment les premiers éducateurs de leurs enfants, ils ne sont pas seuls. Je pense aux enseignants, mais aussi aux responsables de clubs sportifs, aux encadrants de musique, aux animateurs de fédérations d’éducation populaire qui, eux aussi, ne sont pas sans inquiétude sur leur avenir. Tous ces adultes sont en quelque sorte des maillons d’une chaîne éducative, ils sont co-éducateurs.
C’est pourquoi nous travaillons aujourd’hui à une meilleure cohérence entre les différents temps de l’enfant, à une meilleure lisibilité, à une plus grande transversalité.
Nous nous appuyons pour ce faire sur des dispositifs partenariaux comme le Contrat Educatif Local, que nous essayons encore de faire progresser, parce que l’idée, c’est bien de mettre l’enfant au cœur du projet, de mobiliser les différents acteurs, les différents co-éducateurs, de travailler en transversalité pour une meilleure cohérence entre les différents temps de l’enfant (scolaire, périscolaire, extrascolaire).
Je le dis souvent, on ne peut pas « saucissonner » l’enfant : il n’est pas l’un dans sa famille, l’autre dans un club de sport et un autre encore quand il va faire de la musique. Mais en même temps, la question est compliquée parce que parfois, cela implique de sortir de nos logiques d’institutions pour justement remettre le citoyen au centre de celles-ci.
C’est pour cette raison que la réussite éducative à Nantes, c’est - et je voudrais vraiment insister sur ce point - un travail en équipe. Et j’en profite pour remercier l’ensemble des professionnels de la Ville de Nantes qui sont engagés dans ce projet.
Certains sont là aujourd’hui, et je voulais leur adresser ce message, parce que quand la restauration scolaire avec ma collègue Catherine Piau, ou la santé scolaire avec Aïcha Bassal, ou encore l’action en direction des familles, le sport ou la culture investissent ce champ de la réussite éducative, co-construisent, on avance. Modestement, car la Ville n’a pas tous les leviers, mais avec une vraie détermination.
Mais cette nouvelle étape se construit quand même dans un contexte qui est difficile. D’abord, parce que le désengagement de l’Etat a des conséquences directes sur la vie des enfants et des familles.
16 000 postes en moins au niveau national, ce sont de fait des classes plus chargées pour les enfants, des enseignants non remplacés, des classes qui n’ouvriront pas à la rentrée prochaine avec les changements de seuil annoncés.
Je ne vais pas faire ce matin le catalogue de ces désengagements, parce que je voudrais surtout insister sur ce que l’on essaie de construire à Nantes ; l’éducation est et doit rester une compétence régalienne, car c’est la meilleure garantie d’une égalité réelle aujourd’hui mise à mal. Mais malgré tout, je voudrais juste donner deux exemples : ce sont la remise en cause des RASED et la suppression des AVE et des AVSI, ces professionnels qui accompagnaient les enfants en situation de handicap dans les classes.
A travers ces deux exemples, on constate qu’il ne s’agit pas simplement d’une logique de rationalisation financière, ni même uniquement d’un démantèlement du service public de l’éducation. On voit bien qu’on fait le choix d’enlever d’abord les moyens à ceux qui en ont le plus besoin.
En faisant cela, le Gouvernement ouvre la porte à une école à plusieurs vitesses, alors même que l’Ecole de la République a justement pour mission d’être notre socle commun, le socle d’une émancipation collective.
Et le contexte est difficile aussi parce que la crise a des conséquences importantes. Il n’y a pas une sorte d’étanchéité entre la sphère économique et sociale, d’une part, et la sphère éducative de l’autre.
On sait bien qu’un enfant dont les parents sont confrontés aux questions de recherche d’emploi, de précarité, de pouvoir d’achat en baisse n’est pas dans les mêmes conditions que d’autres enfants face à l’apprentissage et la réussite éducative.
Même si le système éducatif s’est démocratisé, de fortes inégalités persistent et ces inégalités ont toujours une dimension sociale forte. Juste un chiffre : aujourd’hui 89 % des enfants de cadres obtiennent le bac, contre 50 % des enfants d’ouvriers.
Alors, dans ce contexte, nous ne pouvons pas nous contenter de lutter contre ces orientations nationales, de résister. C’est de notre responsabilité, oui évidemment, mais nous devons aussi proposer, construire, imaginer des réponses concrètes et innovantes. Pour cela, nous faisons le pari de l’expérimentation, de l’innovation. Je crois que c’est cela aussi la marque de fabrique de cette nouvelle étape pour Nantes à laquelle nous nous attelons depuis maintenant deux ans.
Et le petit film que l’on a vu en introduction sur le projet du pôle science incarne cette ambition, notre volonté politique d’installer, en ce qui concerne Séquoia, un projet d’excellence au cœur d’un quartier populaire, un projet sur la culture scientifique et technique, mais aussi le pari de faire se rencontrer des mondes qui se rencontrent peu : le directeur de l’école des Mines, des étudiants, des chercheurs, des chefs d’entreprises, des enseignants, des parents d’élèves du quartier, des enfants des écoles, pour travailler ensemble et de manière ludique sur les questions scientifiques.
L’innovation encore, dans la méthode que nous avons choisie pour construire un service public de la réussite éducative, en commençant par le quartier de Bellevue, et en continuant demain à Nantes Nord. Mais je laisserai ma collègue Myriam Naël développer les résultats concrets que nous avons déjà et les perspectives sur lesquelles nous avançons.
Encore un chiffre : 85 % des enfants que nous avons touchés lors de la dernière opération « carnet de vacances », cette expérimentation à Bellevue, ne pratiquaient jusqu’alors aucune activité. C’est bien cela notre but : changer de posture pour aller chercher ceux qui ne viennent pas naturellement vers les institutions !
Et c’est avec cette même détermination que nous travaillons avec nos collègues Patrick Rimbert et Michel Plaze notamment, à l’ouverture de l’école de la deuxième chance. Cette école de la deuxième chance ouvrira ses portes au mois de septembre au cœur de l’Ile de Nantes, rue Viviani, à deux pas du busway.
Voici un projet où, là encore, nous essayons de fédérer et d’animer différents réseaux d’acteurs : des pédagogues, des chefs d’entreprise, mais aussi des acteurs de la cité, je pense notamment à un certain nombre d’associations ancrées dans les quartiers populaires qui sont des relais pour ces jeunes, qui sont en quelque sorte des médiateurs.
Ce projet s’inscrit bien dans la cohérence des différentes actions menées dans le domaine de l’emploi sur la métropole. Il est un maillon qui nous semblait manquer en direction des jeunes. Une enquête récente montre que leurs attentes principales tournent autour de l’emploi, du logement et de la lutte contre les discriminations.
Je crois vraiment qu’il nous faut changer de regard sur la jeunesse, qu’il nous faut voir ses difficultés avec lucidité mais aussi être confiants dans ses ressources, sa capacité à entreprendre, à créer ! La jeunesse est plurielle. Les talents de notre ville sont pluriels et c’est une chance.
C’est pour cela que l’on soutiendra cette année encore une opération comme « joli môme » qui donne à voir de ces jeunes engagés dans des projets, au-delà des clichés. Non, les jeunes des quartiers ne montent pas que des projets sur le Rap et le Hip-Hop ! Ils en montent, mais ils montent aussi des projets de créations d’entreprises, ils montent aussi des projets culturels.
Nous réfléchissons aussi à une soirée que l’on pourrait appeler : « les jeunes ont de l’audace » pour non seulement reconnaître et valoriser ces engagements, mais aussi mettre ces jeunes en relation avec des acteurs nantais, qu’ils soient économiques, culturels ou sportifs. Parce que la demande de cette jeunesse, ce n’est pas d’être enfermée dans une logique générationnelle, c’est au contraire de pouvoir créer en partenariat avec les acteurs qui construisent cette ville.
Alors, vous pouvez le constater, on réfléchit à Nantes dans une logique de parcours de vie, de la petite enfance jusqu’à l’université. Et il nous semble qu’il y a un moment charnière qui est celui de l’adolescence, sur lequel nous allons, dans l’année qui vient, particulièrement avancer.
C’est pour cela que l’on va mettre en place, par exemple, un conseil scientifique sur la question des ados pour nous aider à penser collectivement cette question, parce que c’est une question qui nous interpelle et pour laquelle l’on doit inventer des nouveaux modes de « faire », mais aussi mettre en place des actions très concrètes : un pass ado, par exemple.
Alors, en résumé, on pourrait dire qu’autour de la réussite éducative, nous travaillons à trois grands objectifs :
- Combattre les inégalités d’accès aux savoirs et à la formation en agissant dès l’école maternelle jusqu’à l’université ;
- Donner une autre chance à ceux qui sortent du système éducatif sans qualification ;
- Et enfin, assurer à tous, au mieux, les moyens d’exercer pleinement leur citoyenneté.
Pour cela, nous construisons, pas à pas, avec un cap – je l’évoquais au début – et une méthode :
- Agir en complémentarité avec l’ensemble des acteurs concernés, je pense notamment au Conseil général et au Conseil régional, c’est le cas sur l’école de la deuxième chance ;
- être dans une logique de co-éducation, de co-construction ;
- et enfin, innover, expérimenter pour s’adapter aux nouveaux enjeux, être en mouvement en quelque sorte pour essayer d’être plus efficace.
Je conclurai mon propos sur cette question des nouveaux enjeux car on voit bien que l’on est dans une société en mutation. Nantes est une ville qui bouge. Le Nantes d’aujourd’hui n’est pas le Nantes d’il y a dix ans. Et c’est tant mieux.
Nous devons être attentifs à ces évolutions, essayer de les anticiper, de préparer l’avenir en quelque sorte. On a rappelé que le fondement de l’école et plus largement de la réussite éducative, c’était de combattre les inégalités parce que cela fait partie aussi des valeurs que l’on porte.
Je crois qu’il existe aujourd’hui de nouvelles formes d’inégalité, de nouveaux risques de fracture peut-être. Je vais juste prendre deux exemples.
La fracture numérique. La Ville de Nantes – et Alexandre Mazzorana le sait – est engagée sur ce travail et fait des choses. Et en même temps, on peut constater que l’arrivée des nouvelles technologies dans l’enceinte même de l’école, et demain l’expérimentation des tableaux interactifs, posent un certain nombre de questions. Il faut nous en saisir.
D’autre part, les ménages qui ont moins de 900 € par mois de revenus ne sont équipés qu’à 40 % du web à domicile ; leurs enfants, certes, sont des enfants de cette génération. Ils savent donc s’en servir, mais quelle est l’appropriation par les parents ? On constate là de nouveaux enjeux.
Et je prendrai un deuxième exemple, un deuxième enjeu : la fracture écologique. Il n’y a pas très longtemps, j’ai rencontré une mère de famille qui me disait : j’écoute tous ces discours tels que : « il faut manger 5 fruits et légumes par jour ». C’est bien, je sais qu’il faut le faire. Mais quand on est le 23 du mois et que le quotidien n’est pas très simple, je dois préparer les repas à mes 4 enfants avec - eh bien oui - des féculents ! Parce que la réalité financière, c’est celle-là ! Ma question est la suivante : comment fait-on pour sortir des discours culpabilisants ? Comment fait-on pour ne pas être dans une forme de jugement de valeur ?
La semaine dernière, dans les écoles nantaises, c’était la semaine de l’animation « manger et bouger », avec tout un tas d’actions concrètes. Avec Catherine, nous étions par exemple à l’école Champenois, nous allons continuer ces implications évidemment, mais je pense qu’il faut que l’on prenne en compte la réalité de la vie des familles.
On ne peut pas opposer les enjeux économiques, sociaux et environnementaux, au contraire, on doit essayer d’en faire la synthèse.
On le voit, on peut parler de ces nouveaux défis en termes de risques, mais on peut aussi en parler en termes de potentiels. Il existe dans la société, et à Nantes notamment, de nouvelles formes d’engagements des citoyens. Appuyons-nous dessus. Parions sur cette intelligence collective. Soyons imaginatifs, essayons en tout cas.
Engageons-nous dans ces nouveaux défis, en équipe, collectivement, et surtout au service des Nantais !
M. LE DEPUTE-MAIRE – Merci pour cette intervention, véritable introduction à notre débat et je vais donner tout de suite la parole à Fabienne Padovani.
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