Mairie
Séance du Conseil municipal, avril 2010
"La réussite éducative à Nantes"
Introduction par Jean-Marc Ayrault
M. LE DEPUTE-MAIRE – Nous passons maintenant au débat d’actualité, conformément à notre règlement. Ce débat a été organisé, bien sûr, de façon à ce que les choses se passent dans les délais qui sont prévus.
Le débat thématique qui a été demandé par la Majorité – puisque c’est son tour – porte sur le thème de la réussite éducative. Je vais donc introduire ce débat et je vous prie de bien vouloir m’excuser, Madame Jozan, à l’avance, puisque je vais critiquer un peu le Président de la République.
Depuis son élection, en effet, il nous répète à l’envi que l’ascenseur social ne fonctionne plus, qu’il faut faire exploser le fameux "plafond de verre", que l’école d’aujourd’hui n’est plus celle d’autrefois et qu’il faut mettre l’éducation au cœur de nos priorités.
Je me permets de vous rappeler ici ces mots de Nicolas Sarkozy, le 11 janvier dernier, tenus lors de ses vœux au monde de l’éducation et de la recherche : « Dans un monde bouleversé par une crise économique sans précédent, le savoir est notre arme principale pour comprendre une réalité de plus en plus complexe et dessiner dans ce champ des possibles, un nouveau modèle de progrès ».
La formule est belle et serait porteuse de sens, s’il était possible d’en faire la démonstration par la preuve.
Mais force est de constater qu’aujourd’hui, les orientations et choix gouvernementaux ne sont pas à la hauteur des enjeux ainsi annoncés.
Comment, en effet, prétendre répondre au défi que représente l’avenir des jeunes générations, sans être ambitieux dans les moyens alloués et dans les réflexions sur l’évolution nécessaire, et d’ailleurs reconnue et demandée par le corps enseignant et les parents d’élèves eux-mêmes.
Je m’interroge lorsque je prends connaissance des rapports qui sont présentés par un certain nombre de parlementaires, et je citerai l’un d’entre eux, parce que c’est original puisqu’il est membre de la Majorité – il est député de l’UMP – : Yves Censi, qui, dans son rapport sur l’éducation, reconnaissant les désengagements massifs prévus, souligne les conséquences néfastes de ces choix budgétaires et financiers totalement coupés de la réalité du terrain. C’est un député de la Majorité qui le dit.
Alors quelle est la réalité engendrée par cette diminution massive de moyens ? Moins 16 000 postes prévus au budget 2010, ce qui porte à 50 000 postes d’enseignants en moins en trois ans, soit une dégradation massive des conditions d’enseignement ; la multiplication des contrats précaires, plus 45 % depuis 2006, soit une dégradation du statut des enseignants ; l’exclusion des trois quarts du corps enseignant des revalorisations de salaires promises par le Gouvernement, soit une dégradation de leurs conditions matérielles et morales ; la baisse de la part du budget de l’éducation dans le Produit Intérieur Brut, moins 0,2 % entre 2006 et 2008, alors que l’Education Nationale doit être au cœur de notre service public et n’est donc plus le premier budget de la nation ; l’accélération du rythme, dit des réformes, parce que le mot « réforme » finit par être employé à tort et à travers, remettant en cause le socle même des connaissances, à travers entre autres la réduction des heures en histoire-géographie et sa disparition du programme de terminale, soit une négation du caractère profondément humaniste et non utilitariste de l’enseignement.
Le Gouvernement ne fait pas de l’éducation un sujet central, ni une priorité d’action, sinon en voulant jouer de sa politique sécuritaire pour répondre de manière totalement superficielle à la violence qui se développe dans certains établissements. Et ce, alors même que de nombreux professionnels de ce secteur soulignent le mal-être, le manque de reconnaissance qu’ils ressentent, alors même que les enquêtes – je pense à celle du CREDOC – réalisées ces dernières années, démontrent un malaise grandissant des parents d’élèves qui trouvent difficilement leur place dans la communauté éducative.
S’ajoute enfin à cela l’aggravation des difficultés sociales, auxquelles sont confrontées les familles et les élèves et qui se répercute de manière immédiate dans le milieu scolaire, rendant un peu plus complexe encore la mission des acteurs de l’éducation.
Face à une telle situation, l’on pourrait se reposer sur la proclamation de grands principes comme l’égalité des chances, encourager l’excellence et se persuader que l’autorégulation du système permettra à chacun de trouver sa place à l’école et au-delà, dans la société.
Ou alors on fait le choix d’une action volontaire et le choix de l’innovation, en prenant appui sur les acquis antérieurs. C’est ainsi, en ce qui nous concerne à Nantes, que nous concevons l’action publique.
Et pour cela, nous faisons le choix de ne pas nous contenter de la mise en œuvre des dispositifs du Ministère de l’Education nationale qui, bien souvent, se heurte aux réalités du terrain, mais depuis deux ans particulièrement – et ce sont les engagements pris lors des dernières élections municipales – la Majorité municipale, la Municipalité poursuit son action en faisant de l’éducation sa première priorité puisque, vous le savez désormais, le premier budget de la Ville de Nantes, c’est l’éducation, et en lançant un projet qui est un engagement politique pris lors des municipales à savoir la mise en œuvre progressive du service public de la réussite éducative.
C’est un projet ambitieux, irriguant nombre de politiques publiques, comme nous allons le voir à l’occasion de ce débat.
Je vais maintenant passer la parole aux différents intervenants. Ce débat démarrera par une intervention de Johanna Rolland qui est adjointe à l’éducation et à la jeunesse, suivie ensuite de Fabienne Padovani, Laurence Garnier, Catherine Piau, Aïcha Bassal, Marie-Annick Benâtre, Benoît Blineau, Louisette Guibert, Florence Février, Alexandre Mazzorana-Kremer, Hervé Grélard et Myriam Naël.
Mais avant de vous laisser la parole, Madame l’Adjointe à l’éducation et à la jeunesse, je vous propose, en guise d’introduction, de regarder ensemble un petit film qui a été réalisé justement sur un des projets mis en œuvre par l’équipe municipale. C’est le Pôle sciences Séquoia, ouvert depuis 2009 dans le groupe scolaire Dervallières-Chézine, que nous avons également profondément rénové dans le quartier des Dervallières.
M. LE DEPUTE-MAIRE – Merci. La parole est à Johanna Rolland.
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