Mairie
Séance du Conseil municipal, octobre 2009
"Le transfert de l’aéroport de Nantes Atlantique à Notre-Dame-des-Landes, quel intérêt pour les Nantais?"
M. RIMBERT, Adjoint – Monsieur le Maire, chers collègues, mon intervention en fin de ce débat consacré à l’intérêt pour les Nantais du transfert de Nantes Atlantique, m’offre l’opportunité de remettre en perspective ce projet.
Nous avons pu entendre les uns et les autres présenter leur point de vue sur ce sujet. Je souhaite maintenant, après quelques-uns de mes prédécesseurs, rappeler pourquoi ce projet va dans le sens de l’intérêt général, du long terme et d’un développement raisonné.
Le transfert de Nantes Atlantique à Notre-Dame-des-Landes doit être appréhendé dans sa globalité, en examinant les conséquences sous toutes leurs dimensions. Au-delà des bénéfices en termes de sécurité pour l’agglomération et plus de 250 000 habitants, c’est bien un projet porteur d’un aménagement durable du territoire qui est proposé, tant en ce qui concerne la zone d’accueil à Notre-Dame-des-Landes que pour le sud-Loire et l’agglomération nantaise, mais aussi et surtout pour notre territoire commun, la métropole Nantes-Saint-Nazaire.
Le transfert total de Nantes Atlantique, sans aucun maintien de l’activité aéroportuaire, est aujourd’hui une chose acquise. Des échanges avec le groupe Airbus ont permis de clarifier l’absence d’incidence d’une telle décision sur l’activité actuelle et future de ce site.
La libération totale du site de l’aéroport, piste et équipements, représente en effet une opportunité totale de 332 hectares dont une partie est destinée à accueillir l’activité économique qui déjà se développe, notamment avec le pôle composite.
Cela nous permet d’envisager plus sereinement le développement industriel de cette zone et la poursuite des investissements pour soutenir le pôle aéronautique qui s’organise autour du Technocampus et du West Composites Park, zone d’activité dédiée qui doit accueillir tous les sous-traitants d’Airbus : Daher dernièrement, mais d’autres viendront. L’avenir d’emplois hautement qualifiés en sud-Loire s’en trouve évidemment consolidé, mais la filière composite, matériau d’un nouveau type de croissance pour demain, est aussi confortée.
La disparition des contraintes urbanistiques réglementaires liées au plan d’exposition au bruit et liées à la présence de cet aéroport est une deuxième opportunité. Cela représente autour du site l’ouverture à l’urbanisation de près de 300 hectares, pour un potentiel de 6 000 logements.
Des doutes se font entendre sur notre capacité à transformer ce potentiel en réalité. Je ne voudrais pas que nous doutions de nous. Nous avons su et nous le faisons en ce moment, transformer d’anciens sites industriels en accueil de nouvelles activités et de nouveaux habitants. Nous l’avons fait au Champ de Mars, nous le faisons aujourd’hui sur l’Ile de Nantes et nous le ferons également en d’autres endroits.
Comment ne pas saluer cette perspective de création d’un nouveau développement au sud-Loire, ce rééquilibrage tant demandé ? Préparée en concertation avec les élus et les communes concernés, une réflexion stratégique peut démarrer pour permettre la réalisation d’un pôle accueillant toute la diversité et les fonctions de la ville : activités économiques, logements, services, loisirs, etc.
A l’échelle du territoire, ce transfert représente une opportunité essentielle dans la lutte contre l’étalement urbain.
J’entends les inquiétudes des riverains de Notre-Dame-des-Landes et des opposants sur l’impact que représentera la réalisation du transfert, mais nous devons nous poser cette question : que se passerait-il si ce transfert n’avait pas lieu ? L’étalement urbain risque petit à petit de grignoter le territoire de notre aire urbaine, au sud comme au nord de l’agglomération, si nous n’offrons pas très concrètement des espaces sur lesquels la métropole peut se densifier, à proximité des services de transport en commun performants.
Les habitants et les entreprises qui souhaitent venir à Nantes et dans l’agglomération et qui pourront venir s’installer dans les secteurs libérés du sud-Loire contribuent à lutter contre cet étalement urbain.
La plateforme de Notre-Dame-des-Landes consommera 940 hectares. Il faut quand même rajouter les 200 hectares liés aux accès. Il faut comparer avec les 1 000 hectares d’espace qui sont consommés chaque année au niveau du département pour la périurbanisation. Nous sommes contre et nous voyons dans ce transfert l’opportunité de résoudre ce problème.
Aujourd’hui, nous possédons, sur le territoire de Nantes Métropole, de nos 24 communes, 4 000 hectares de friches agricoles, soit beaucoup plus que celles qui sont soi-disant menacées part le transfert dont je viens de parler. Nous nous engageons à avoir une véritable politique d’accueil et d’activité sur ces parcelles délaissées. Nous l’avons déjà fait à travers le Schéma de Cohérence territoriale, le projet de territoire que nous avons voté entre Nantes et Saint-Nazaire, mais aussi sur notre métropole, et dans le cadre du Plan Climat. Ce sera la contribution de notre métropole, avec l’aide de la Chambre d’Agriculture.
L’inquiétude sur l’étalement urbain liée au transfert de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes est très encadrée aujourd’hui. Je recommande à ceux qui ignorent encore un peu ce fait d’aller sur le site du syndicat mixte du SCoT Nantes-Saint-Nazaire. Ils verront très concrètement toutes les cartes qui montrent comment nous voulons concentrer, sur des pôles structurants que sont nos deux grands pôles à fonction métropolitaine, Nantes et Saint-Nazaire, mais également sur les pôles structurants de ce territoire qui sont tous sur des lignes de chemin de fer, avec des gares. Nous voulons construire, en densifiant ces pôles, un véritable accueil de dizaines de milliers d’habitants. C’est plutôt bien d’avoir en perspective d’accueillir une nouvelle population. Nous avons déjà su le faire, mais nous voulons le faire de manière moins anarchique, dans un modèle de développement durable de notre territoire.
Je dirais que ce transfert qui doit donc être regardé dans sa globalité et non pas en le compartimentant dans des petits tiroirs ou par le petit bout de la lorgnette, a un bilan positif pour l’aménagement du territoire.
Je voudrais aussi rappeler un autre élément qui me semble important. On parle beaucoup de décroissance et de croissance. Je rappelle qu’il y a quarante ans, on avait parlé de croissance zéro, dans un fameux rapport.
Cet aéroport ne doit pas être lui-même conçu comme un élément unique de l’accessibilité de notre territoire. C’est un élément qui doit rentrer dans la chaîne et dans la structuration de l’Europe des lignes à grande vitesse. Je dirais que la liaison Rennes-Nantes passant par l’aéroport rattache toutes ces régions aux lignes à grande vitesse du sud et aux lignes à grande vitesse de l’est. C’est un effet accélérateur. Ce n’est pas parce qu’aujourd’hui, notre territoire est absent du Schéma européen des Transports en commun et des lignes à grande vitesse et qu’il est encore absent du schéma français a fortiori qu’il ne faut pas profiter de cet effet pour être cohérent avec l’ensemble des mesures pour l’accessibilité de notre territoire.
En effet, pour les six millions de nos concitoyens de la Bretagne et des Pays de la Loire, pour tous ceux qui seront à 1 heure 15 de cet aéroport, c’est-à-dire 170 000 établissements et 1,4 million de salariés, c’est la possibilité de conforter un pôle de croissance important. Je ne reprends pas ce qui a été dit tout à l’heure, mais les témoignages que nous avons entendus à Rennes et à Nantes, notamment sur le fait que ces deux pôles Nantes et Rennes et leur recherche ne font que 500 brevets par an, soit moins que Toulouse, ont montré que l’enjeu de se rapprocher de l’ensemble de la recherche, de l’innovation en Europe et de l’ensemble des pôles européens est pour eux important. Ce sont eux qui l’ont dit, ce ne sont pas des politiques.
Notre-Dame-des-Landes est donc à nos yeux le plus impérieux besoin pour ancrer en plein pied aujourd’hui notre territoire dans l’espace européen et dans l’économie de la connaissance. C’est la seule réponse porteuse d’un avenir face aux défis de demain pour notre métropole et pour les Nantais et les Nantaises.