Mairie

Séance du Conseil municipal, octobre 2009

"Le transfert de l’aéroport de Nantes Atlantique à Notre-Dame-des-Landes, quel intérêt pour les Nantais?"

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M. LE DEPUTE-MAIRE – Merci. Je vais dire quelques mots en conclusion. D’abord, je vous remercie les uns et les autres d’avoir été attentifs aux différentes interventions, à travers ce débat qui est conforme au règlement que nous avons adopté à l’unanimité, y compris s’agissant du temps de parole qui est réservé aux différents orateurs. Madame Loirat, c’est ce que vous avez voté. Nous respectons ce qui a été décidé.

Au-delà des aspects formels, je voudrais dire qu’il est normal que nous discutions et qu’il y ait un débat. Face à chaque grand projet d’infrastructure, surtout lorsqu’on arrive dans la phase ultime, celle de la réalisation, il est normal qu’il y ait une forme de densification des points de vue, voire des désaccords et des hostilités.

Bien qu’il s’agisse d’un transfert, les personnes des territoires directement impactées n’accueillent pas forcément avec enthousiasme la réalisation d’une plateforme aéroportuaire, même si nous pourrions regarder dans le détail certaines formes d’ambiguïté. C’est normal. Je n’ai jamais vu ailleurs, en Europe notamment, des situations très différentes.

Je voudrais dire aussi devant le conseil municipal de Nantes que nous ne sommes plus à l’heure de la préparation d’une décision. Nous sommes à l’heure de la mise en œuvre d’une décision qui a été prise et qui a fait l’objet de nombreux débats. Cela a été rappelé, je ne vais pas le redire. La déclaration d’utilité publique, malgré les recours, est toujours valable.

Nous sommes donc arrivés à une phase de mise en œuvre, au point même que la période où les entreprises se portent candidates pour être les futurs exploitants dans le cadre d’une concession, portant donc l’investissement et l’exploitation, est en cours. L’Etat sera amené à choisir entre les candidats qui ont répondu à l’appel à candidatures. Nous sommes à ce stade et non pas à un autre. Il est donc normal que ce débat ait été introduit par le porteur du projet, c’est-à-dire le représentant de l’Etat.

Certes, on entend beaucoup parlé de ce sujet et on lit beaucoup de choses. Des opposants font feu de tout bois, n’hésitant pas à utiliser des arguments passionnels, pour ne pas dire plus, très souvent contradictoires, y compris cet après-midi.

Ne-voilà-t’il-pas que les adversaires d’une plateforme d’aéroport ultramoderne et HQE deviennent les meilleurs défenseurs de la construction aéronautique ? C’est assez drôle, mais c’est une réalité. Nous pouvons nous interroger. Quand je lis les arguments des uns et des autres, je constate que certains donnent comme argument à l’opposition que le transport aérien, c’est du passé et que nous allons vers une diminution inéluctable. La construction aéronautique est de plus en plus performante et économique du point de vue énergétique et elle sera peut-être d’ailleurs demain sans énergie fossile avec l’avion du futur. Comment soutenir à la fois cette construction aéronautique et rejeter le projet de Notre-Dame-des-Landes ? C’est une contradiction et il y en a beaucoup d’autres. Je ne vais pas toutes les reprendre et les décrire, mais je pense qu’il faut voir les choses à plus long terme.

Moi, je prends mes responsabilités, même si je subis quelques attaques dont certaines ne sont pas toujours glorieuses pour leurs auteurs. Ce n’est pas une affaire personnelle, je tiens à le dire. C’est vraiment un choix mûrement réfléchi et collectif.

Il y a quelques jours, a eu lieu le colloque Nantes-Rennes. Sans que les uns ou les autres soient sollicités, spontanément, on a dit d’abord à Rennes, puis à Nantes, que pour l’ouest, pour nos deux régions, Bretagne et Pays de Loire et pour le développement futur, il était important que tous les modes de déplacement, y compris l’avion, soient développés et garantis dans l’avenir, notamment par l’Etat puisque l’aéroport est un projet d’Etat, tout comme le prolongement du TGV. L’inscription au Schéma national des transports ferroviaires pour que la liaison Rennes-Nantes passant par la plateforme aéroportuaire nous connectant sur les réseaux de LGV européens, notamment du sud-ouest, relève d’une décision d’Etat. Ce sont des décisions d’Etat sur lesquelles nous devons peser, en tant que représentants des populations, parce que nous les défendons.

J’ai entendu tout à l’heure que nous serions pour le tout avion, alors qu’il faudrait développer le ferroviaire. Je n’ai jamais pensé une chose pareille ! Je suis pour la combinaison de tous les modes, selon les destinations et les objectifs poursuivis. Il est évident que développer des liaisons aériennes entre Nantes et Bordeaux n’a aucun sens. Par contre, il faut que l’ouest ait un aéroport adapté pour atteindre les hubs internationaux et celui de Nantes Atlantique, à l’évidence, ne l’est pas, ni pour des raisons de sécurité ni pour des raisons d’équipement.

Je fais une parenthèse. Ceux qui ont proposé une piste transversale buttent sur l’évidence. Cela ne peut pas marcher. La protestation des riverains est telle que ceux qui préconisent de telles réponses auraient dû y penser. Lorsque Madame Gressus, maire de Bouguenais en parle – je ne vais pas employer exactement ses mots parce qu’ils pourraient paraître blessants – elle dit qu’à Bouguenais, les gens se demandent qui a pu inventer une chose pareille et qu’on ne leur a pas en tout cas demandé leur avis.

Il est nécessaire d’avoir une plateforme adaptée pour atteindre les hubs internationaux que sont ceux de Paris, Londres où ce n’est pas encore tout à fait le cas, ou encore Amsterdam ou Francfort. C’est l’objectif de la création d’un aéroport. Il n’est évidemment pas d’avoir des liaisons courtes. L’objectif est de pouvoir atteindre rapidement par des systèmes de connexion les capitales européennes qui nous connectent sur le réseau mondial. C’est l’avenir de l’ouest.

Mais l’avenir de l’ouest ne se limitera pas à une plateforme aéroportuaire. Le TGV en fait partie, les lignes TER en font partie. Comme le meilleur niveau de réponse en termes de transports urbains et périurbains, c’est toute une autre approche des transports qu’il faut avoir. En ce sens, je me sens parfaitement en cohérence avec le Grenelle de l’environnement pour lequel j’ai voté favorablement.

Cela ne me pose pas de problème de défendre à la fois le Plan Climat de Nantes, d’être présent à Copenhague et de défendre cette thèse. A Copenhague, la plupart des gens viendront en avion, y compris ceux qui disent que l’avion est dépassé. Jusqu’à présent, les experts les plus écologiques que je connaisse n’ont toujours pas trouvé une solution de remplacement à l’avion pour les longues distances.

Je le dis de cette manière, sans polémique parce que c’est la réalité. C’est la combinaison de tous les modes. Est-ce que vous m’avez entendu dire un jour que la voiture devait disparaître au profit du seul tramway ? Non. Il faut un transport combiné. Par contre, j’assume totalement le fait que dans le centre-ville de Nantes, il y aura de moins en moins de voitures. Peut-être qu’une prochaine étape qui vous choquera et vous bousculera, fera qu’il y en aura encore moins qu’aujourd’hui et que nous irons vers plus de transports publics et de parcs relais.

Je vais être clair. Quelqu’un a parlé tout à l’heure d’un deuxième pont sur la Loire. Quand le pont de Cheviré est engorgé, la tentation immédiate est de faire un deuxième point. Moi, je ne suis pas pour un deuxième pont. Je pense qu’une partie du trafic domicile/travail ne passera plus un jour par le pont de Cheviré ni par aucun autre pont, mais par les transports publics urbains ou périurbains.

Pourquoi faisons-nous un tram-train ? Il y a une cohérence. Moi, j’ai une cohérence et je ne suis pas le seul à l’avoir. Elle est celle de l’engagement du programme municipal.

Nous sommes au conseil municipal de Nantes. Je me suis battu, il y a un peu plus d’un an, en 2008, pour un programme dont le chapitre intitulé « une capitale européenne attractive et solidaire » dit bien qu’il faut des infrastructures qui s’inscrivent dans ce que je viens de dire, ce qu’a confirmé avec une grande clarté le colloque Nantes-Rennes.

C’est très important, c’est stratégique, c’est l’avenir du territoire. Ce n’est pas du court terme ; c’est du long terme. On peut se faire plaisir, dire ceci ou cela maintenant, mais en tant qu’élus, n’avons-nous pas la responsabilité d’essayer de faire un peu de prospective ?

Souvent, on nous dit que l’on voit à court terme et que l’on ne prépare pas l’avenir. D’ailleurs, tous les élus qui étaient candidats aux élections municipales l’ont compris puisque dans l’article 11 de ce chapitre, on indique : « Accompagner la décision de l’Etat de construire l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes en veillant aux équilibres sociaux, économiques et environnementaux locaux ».

J’ai signé ce programme et je me suis fait élire sur ces propositions. Je ne vois pas pourquoi tout d’un coup, je renoncerais ce à quoi je me suis engagé, moi comme les autres d’ailleurs. En tout cas, pour ma part, je ne le ferai pas.
Je voudrais ajouter autre chose. Nous avons voté un SCoT, un Schéma de Cohérence territoriale. Ce n’est pas banal. Il est sans doute le plus grand SCoT de France et sans doute le premier à l’échelle de la Métropole Nantes-Saint-Nazaire, avec les intercommunalités des deux territoires de Nantes et de Saint-Nazaire. Un chapitre entier du PADD, du Programme d’Aménagement et de Développement durable du Territoire du SCoT, est consacré à la plateforme de Notre-Dame-des-Landes.

J’en ai entendu tout à l’heure certains qui disaient que nous allions urbaniser 22 kilomètres entre Nantes et Notre-Dame-des-Landes. Attendez, il y a un SCoT. Je me demande si celle qui a dit cela tout à l’heure l’a vraiment lu. Est-ce une feuille de papier ou est-ce un engagement qui a une portée juridique ? C’est un outil de combat politique, un outil pour ceux qui veulent protéger l’environnement, qui veulent lutter contre l’étalement urbain et qui veulent que seuls les centre-bourgs puissent se densifier ou se développer.

C’est la réalité du document. J’en suis garant. Je préside ce SCoT. Vous pensez bien qu’il y a parfois des résistances. Certains élus demandent des arrangements. Au prochain conseil de la Communauté urbaine, je suis sûr que certains élus vont demander à modifier quelque peu la charte d’urbanisme commercial pour qu’ils puissent faire plus. Non. Il y a une charte. C’est un engagement et non une simple feuille de papier. J’ai participé à son élaboration.

Cela permettra de concevoir les choses autrement et très différemment de ce qui s’est passé en Ile-de-France avec les grandes plateformes aéroportuaires où la vie des gens est insupportable. Ce n’est pas ce que nous voulons faire.
Comme tous les arguments passent les uns après les autres, lorsqu’un argument est démonté, nous en retrouvons un autre. Je parlais de l’industrie aéronautique. Franchement, croyez-vous que la plateforme aéroportuaire conditionne le maintien d’Airbus à Nantes-Bouguenais? Le croyez-vous sincèrement ? Soyons honnêtes intellectuellement quelques instants.
Fabrice Brégier, Directeur général d’Airbus France et Louis Gallois, le PDG d’EADS, se sont engagés, y compris par écrit, pour dire qu’ils sont évidemment favorables à cette plateforme parce qu’elle va dans le sens du développement de l’aéronautique et qu’elle n’impactera pas en outre la construction aéronautique à Nantes. Qu’est-ce qui les intéresse ? Non pas la piste de Nantes Atlantique comme piste d’essai pour des nouveaux avions. C’est le pôle composite.

Qui soutient ce pôle composite ? C’est vous, mes chers collègues, quand vous votez au Conseil communautaire les crédits pour Technocampus, pour la zone d’activités West Composites. Je ne sais pas si vous avez oublié, mais ceux qui siègent au conseil de la Communauté urbaine les ont tous votés. C’est l’essentiel.

Demain, il y aura de l’espace disponible. Les dirigeants d’Airbus disent qu’il faut de l’espace pour poursuivre l’arrivée de nouvelles entreprises comme Daher. On dégage un espace qui est considérable, de 300 hectares. On comprend que cela intéresse le sud-Loire, mais le sud-Loire n’est pas le seul à être concerné. Nous sommes tout concernés.

Enfin, comme plusieurs l’ont dit, aujourd’hui, nous avons un PEB qui nous autorise encore à construire par exemple sur l’Ile de Nantes, mais il s’agit d’un PEB dérogatoire qui est lié au transfert de la plateforme de Nantes Atlantique. Si par malheur, ce projet ne se faisait pas, ce PEB irait jusqu’au Champ de Mars. Autrement dit, l’étalement urbain sera inéluctable. Nous ne pourrions plus urbaniser, reconstruire la ville sur elle-même, la densifier, ce qui est quand même l’avenir.

Cela a été dit ce matin à propos des terrains militaires. Tous sont intervenus pour dire la même chose, qu’il fallait profiter de ces terrains, qu’ils étaient une chance de pouvoir urbaniser en pleine ville. Bien entendu, il faut des éco-quartiers, des quartiers équilibrés et une qualité de vie. Il ne faut pas faire n’importe quoi ni bétonner, mais c’est tout de même une question vitale.
Maintenant, on utilise un autre argument, celui du coût. Les finances publiques seraient en difficulté. Oui, elles sont en difficulté, mais il ne nous est pas demandé de dépenser des milliards et des milliards. Mes chers collègues, si vous pensez que la question des finances publiques est prioritaire, vous devriez dire que le prolongement du TGV Atlantique jusqu’à Rennes est une ineptie parce qu’il coûte à la Région Bretagne, au Département d’Ille-et-Vilaine, à l’Agglomération de Rennes, 1,1 Md€. Il coûte à la seule agglomération de Rennes 90 M€.

On ne nous a jamais demandé de telles sommes. C’est même sans aucune mesure. Marie-Françoise Clergeau a parlé tout à l’heure de clause de retour à meilleure fortune. Pour que ce soit clair, c’est au plus, pour l’ensemble des partenaires que sont la Région Bretagne, la Région des Pays de Loire, le Département de Loire-Atlantique et éventuellement l’Agglomération, 150 M€. Aucun engagement n’est pris. Ce sont 150 M€ au maximum. Qu’ont-ils à voir avec les 90 M€ pour l’Agglomération de Rennes et le 1,1 Md€ du TGV Atlantique?

Est-ce que quelqu’un a protesté ici ? Vous auriez dû protester. Vous auriez dû dire qu’il était scandaleux que l’Etat se reporte sur les collectivités locales. Il se trouve que pour Notre-Dame-des-Landes, ce n’est pas le cas. Arrêtons de dire sans cesse des contre-vérités.

Je voudrais terminer parce que je ne veux pas être plus long ; j’aurais d’autres occasions de parler. (Interjection de la salle)

Monsieur, nous sommes dans un conseil municipal, vous me laissez terminer. Vous avez des règles, vous les connaissez. Alors, je termine et vous penserez ce que vous voudrez. Je respecte votre opinion, mais nous sommes au conseil municipal de Nantes et celui qui va parler en dernier lieu, c’est le Maire de Nantes.

Je vais vous dire, le Maire de Nantes a une responsabilité que vous n’avez pas et qu’ici peut-être personne n’a. Je la porte comme une responsabilité qui me taraude. Oui, vous pouvez faire ce que vous voulez, y compris les insultes et les caricatures, vous pouvez y compris utiliser la violence, comme cela a été fait cet été, mais je ne céderai pas à une question qui est pour moi essentielle, celle de la sécurité des Nantaises et des Nantais.

Si vous pensez que c’est une question légère, alors vous vous trompez de combat. Moi, je vous le dis, j’ai une responsabilité morale vis-à-vis de mes concitoyens. Combien de fois dans les réunions publiques, depuis des années, les Nantais m’ont posé la question de la sécurité en me demandant de les protéger et de les défendre ?

Qu’est-ce que vous dites à la question du survol ? Qu’est-ce que vous dites au nombre de plus en plus important d’avions qui survolent la ville ? Aujourd’hui, il y a 13 000 vols sur la ville de Nantes, parfois à 300 mètres maximum. Ce qui s’est passé en 2003 est extrêmement grave. Heureusement, les salariés du contrôle aérien ont, à la dernière minute, alerté le pilote en lui disant qu’il était en train de se poser sur l’Erdre, au Port-Boyer, à l’Eraudière. Cet accident tragique a failli se passer. Ceux qui disent que ce n’est pas grave et qui utilisent par ailleurs le principe de précaution, devraient quand même réfléchir.

En tant que maire de Nantes, je dois la sécurité à mes concitoyens. Cette sécurité est apportée en premier lieu par le Maire. Alors, je vous le dis, sur ce sujet, je ne ferai jamais de concession.

Vous penserez ce que vous voudrez, les gens voteront ce qu’ils voudront, mais je ne porterai pas sur la conscience de ne pas avoir défendu la sécurité des Nantaises et des Nantais.

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Conseil municipal, octobre 2009

Débat thématique sur "Le transfert de l’aéroport de Nantes Atlantique à Notre-Dame-des-Landes, quel intérêt pour les Nantais?"- Séance du Conseil municipal du vendredi 16 octobre 2009.


Introduction par Jean-Marc Ayrault,
député-maire de Nantes

 

Interventions de:

Conclusion de M. AYRAULT

Mis à jour le 20/04/10