Découverte
L'histoire de la mairie de Chantenay
Édifiée au temps où Chantenay-sur-Loire était encore une commune ouvrière indépendante, la fière mairie est un monument chargé d'histoire.
C'est le 30 novembre 1902 que la première pierre de l'Hôtel de Ville est posée sur décision de la municipalité radicale-socialiste et de son maire l'ingénieur Paul Griveaud. Huit mois plus tard, le bâtiment est achevé. Le 4 septembre 1903, il est inauguré par le ministre de la Marine du gouvernement Loubet Camille Pelletan.
Le projet, contesté par l'opposition pour son coût, est confié à l'architecte de la Ville de Chantenay, l'ingénieur géomètre Chauvin, qui imagine "une façade splendide, un terrain plat sur le boulevard, au levant... et à prévoir pour l'avenir... un petit jardin public, ce qui manque à Chantenay, pour le bien-être des enfants, des mamans et des bons vieux, et qui serait des plus utiles pour les fêtes et réceptions que l'Administration pourrait y donner en été".
De fait, la façade sera loin de satisfaire à la "splendeur" attendue. Elle est même jugée "un peu nue" par la Commission des bâtiments civils. Des travaux d'embellissement sont alors entrepris pour l'agrémenter de sculptures, de quatre colonnes de granit rouge poli, d'embases et de chapiteaux en bronze. Enfin, la traditionnelle Marianne et la devise républicaine "Liberté, Egalité, Fraternité" viennent finir de l'habiller. Mais le conseil municipal ne se contente pas de ces allégories républicaines communes. Il fait ajouter, sur le mascaron central, les mots "Travail" et "Paix".
Outre son attachement aux valeurs républicaines, la commune de Chantenay inscrivait dans la pierre sa condition de ville ouvrière et sa résistance à l'annexion qui, après 116 ans de pressions nantaises, prit effet en 1908.
Un esprit frondeur qui perdure
Cette nouvelle mairie devait remplacer l'ancien édifice, situé entre l'église Saint-Martin et la place du Rebondu (aujourd'hui place Jean-Macé), jugé trop petit et éloigné par rapport à la réalité nouvelle d'une agglomération de 20 000 habitants se développant dans le haut-Chantenay. La nouvelle maison commune devait donc être située "topographiquement au centre de la ville".
Cette raison officielle masquait une toute autre volonté : la municipalité Griveaud savait que l'annexion était inévitable. Elle voulait bâtir une mairie pour marquer à tout jamais l'existence de la commune de Chantenay-sur-Loire.
C'est dans le même esprit que de nombreuses rues de Chantenay furent rebaptisées. Rien d'audacieux si leurs nouveaux noms n'avaient été inspirées par la Révolution française (boulevard de la Liberté, de l'Egalité, de la Fraternité, place Danton, rues de la Convention, de la Marseillaise...) ou ne rendaient hommage à des scientifiques ou hommes de lettres, symboles du rayonnement de la culture urbaine et de la démocratie (Pasteur, Ampère, Claude Bernard...): "Dans tous les ordres, dans l'ordre matériel comme dans l'ordre intellectuel, c'est la science qui amènera la vérité et non la foi" déclarait Paul Griveaud en 1904.
Nantes, qui voyait cette initiative d'un mauvais oeil, refusa d'adopter les nouvelles dénominations. Ainsi les voitures de la compagnie de tramways continuèrent-elles à afficher la direction "Chênaie" et non "Zola".
Reste à savoir si Chantenay a gardé ce caractère frondeur à l'image du fronton de sa mairie. Même si "Chantenay-la-rouge" s'est embourgeoisée, "on y vient chercher un esprit".
Sources historiques...
L'indépendance confisquée d'une ville ouvrière
- Daniel Pinson (éditions ACL, 1982)
Chantenay : Histoires illustrées d'une ville devenue quartier
- Christophe Patillon et Jean-Luc Souchet (éditions du Centre d'Histoire du Travail, 1993).