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Découverte

L’histoire de la construction

navale nantaise

Les chantiers de Nantes

Des antiques navires qui naviguaient jadis sur la Loire au lancement du Bougainville en 1987, les activités de construction navale nantaise sont attestées depuis l'Antiquité.
Petit rappel historique livré par la maison des hommes et des techniques.


Des activités de construction navale sont attestées à Nantes depuis l'Antiquité. En 56 avant Jésus-Christ, Jules César y fait construire une flotte pour combattre les Vénètes. Toutefois, la construction  navale reste embryonnaire jusqu'au XVIe siècle. Les charpentiers de navire se déplacent au gré des besoins, mais s'installent de préférence au Port-Maillard, au pied de l'actuel Château des Ducs.

Au fil des siècles, les chantiers se déplacent vers l'aval : au Port-au-Vin (aujourd'hui Place du Commerce), sur le quai de la Fosse où s'effectuent les travaux comme le radoubage et le calfatage, puis à l'embouchure de la Chézine en 1738, enfin à l'Hermitage sur le site de la Piperie à Chantenay. Au XVIIIe siècle, l'essor du commerce international, alimenté en grande partie par la traite d'esclaves noirs, induit une demande croissante en navires. La taille des navires augmente, et avec elle le nombre et la taille des chantiers.

Au XIXe siècle, l'urbanisation croissante et le manque de place sur la rive nord de la Loire obligent les industriels à trouver de nouveaux espaces. Plusieurs constructeurs changent de rive et s'installent sur la Prairie-au-Duc à partir de 1843. Suite à un mouvement de concentration et sous l'action de trois constructeurs, Jollet et Babin, Dubigeon et Guillet de La Brosse, trois grands chantiers ont la suprématie de la construction navale nantaise à la fin du siècle : les Ateliers et Chantiers de la Loire (1881) et les Ateliers et Chantiers de Bretagne (1909) sur la Prairie-au-Duc, les chantiers Dubigeon à Chantenay (1846).

De grandes évolutions techniques se font au cours du siècle : le passage de la voile à la vapeur à partir de 1822, puis de la roue à aube qui actionne les premiers vapeurs à l'hélice. Les ACB se spécialisent dans l'amélioration de la propulsion avec, en particulier, les groupes turbo-réducteurs brevetés Rateau-Chantier de Bretagne.

Le bois est remplacé par le fer puis l'acier, avec la construction, en 1866 du Tijuca, l'un des premiers navires en fer construits en France. En 1896 le Belem est lancé chez Dubigeon, un trois-mâts barque en acier toujours existant. Les trois grands chantiers ont une production navale diversifiée : bâtiments militaires, paquebots, cargos, engins de dragage, remorqueurs, pontons, bâteaux phares, chalands...

À partir des années 1950, la soudure remplace l'assemblage par rivetage, qui se faisait pièce par pièce sur la cale. Des blocs entiers de navire sont maintenant réalisés dans les ateliers de préfabrication ; ils sont ensuite assemblés sur la cale.

Au XXe siècle, la construction navale est l'industrie pilote de la Basse-Loire, sur laquelle se greffent de nombreuses autres activités. En 1900, plus de trois cents usines occupent trente mille ouvriers et la métallurgie occupe 60 % de la main-d'oeuvre, la seule construction navale 35 %.

Vers 1950, la construction navale se trouve à son apogée, avec 7 000 ouvriers à Nantes et 10 000 à Saint-Nazaire. Mais de nombreuses difficultés économiques (concurrence étrangère, baisse des aides de l'État) incitent les chantiers à fusionner pour subsister, leur nombre passant à deux chantiers en 1961, puis à un seul en 1969. Les effectifs ne cessent de diminuer. Installé sur la Prairie-au-Duc, le dernier chantier (Dubigeon) ferme en 1987.


Les luttes sociales

Des conflits du travail, menés par les compagnons charpentiers de navires, se déroulent dès le début du XIXe siècle. Dans les périodes creuses, ils demandent l'aide de l'État sous la forme de commandes militaires, une forme de revendication qui persistera dans le temps.
En 1834, les charpentiers de navires de Basse-Indre créent une société de secours mutuel.


Le 8 juillet 1875 est constituée l'Union des charpentiers de navires qui deviendra la Chambre syndicale des ouvriers charpentiers de navires fin 1881. En 1884, ils sont syndiqués à 76 %, mais ne s'engagent dans un conflit qu'avec précaution. Les « métallos » des jeunes Chantiers de la Loire ont plus facilement recours à la grève. Celle des riveurs, en 1898, est la plus longue. Ils obtiennent 25 centimes d'augmentation par heure, sur les 50 centimes réclamés et obtiendront un nouveau succès en 1912.

Avant la Première Guerre mondiale, les ouvriers de la navale sont parmi les rares à bénéficier d'un contrat collectif, le « bordereau de salaires ».
La scission syndicale de 1921 entre CGT (réformiste) et CGTU (pro-communiste) marque le début d'une longue crise du mouvement ouvrier nantais, secoué, dans les chantiers navals, par quelques conflits salariaux (les riveurs des ACL en 1923, ceux des ACB en 1930) et surtout par de nombreuses périodes de chômage et de licenciements : perte de la moitié des emplois au début des années 1920 ; réduction de l'horaire de travail de 8 heures à 7 heures en 1928... La réunification syndicale en 1935 et le Front populaire vont réveiller le mouvement ouvrier nantais.


Le lancement du Bougainville en 1987.

Les conflits, âpres et complexes de la fin 1938 secouent les chantiers nantais, où s'affrontent les défenseurs des acquis de 1936, les pacifistes et les partisans de l'effort de guerre.

L'après-guerre est marquée par une période de luttes, parfois violentes comme en 1955, pour l'augmentation des salaires. Dans la métallurgie nantaise, la CFDT, issue de la CFTC en 1964, agit aux côtés de la CGT. À partir des années 1960, les revendications sont de plus en plus marquées par la défense de l'emploi. En 1964-1965, des manifestations ont lieu aux Ateliers et Chantiers de Nantes contre les licenciements par centaines et les menaces de fermeture. Les chantiers navals nantais s'engagent dans les grèves de mai 1968. En 1977, une action contre l'obligation de pointer le midi se double de grosses inquiétudes sur l'emploi.

Plusieurs actions puissantes pour le maintien de la construction navale à Nantes ont lieu en 1985. Le lancement du Bougainville, puis sa livraison le 3 juillet 1987 marquent la fin du chantier naval.

Remerciements à la Maison des hommes et des techniques de Nantes.


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