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Le jeu à la nantaise, une certaine idée du football

Érigé en modèle, le jeu à la nantaise a permis aux Canaris de développer un football porté par des principes pensés et mis en pratique dans les années 1960 par un visionnaire : José Arribas puis transmis à des générations de joueurs par d’autres grands entraîneurs dont Jean-Claude Suaudeau et Raynald Denoueix.

Lorsque le FC Nantes devient champion de France pour la première fois en 1964, à l’issue de sa première saison en D1, il le doit beaucoup à celui qui guide ses joueurs depuis le bord du terrain : José Arribas. Arrivé à Nantes en juillet 1960, l’entraîneur d’origine basque espagnole est un parfait inconnu. Cafetier dans une petite commune de la Sarthe, il s’occupe de l’équipe amateur dont le jeu offensif fait déjà écho. C’est là que le président du FCN, Jean Clerfeuille, le recrute. Un pari audacieux et un acte fondateur.

Expression collective et maîtrise du ballon

Pour José Arribas, Nantes est ce port qui en 1936 permit au bateau sur lequel il avait trouvé refuge avec sa mère, son frère et sa sœur, d’accoster après avoir fui Bilbao et la Guerre civile espagnole. Son père en sera victime. L’entraîneur nantais, adepte du football offensif brésilien et de celui du Liverpool de Bill Shankly, ne tarde pas à connaître de bons résultats à la tête du FC Nantes. Surtout, c’est par le jeu déployé que les Nantais se distinguent.

Raynald Denoueix, arrivé au club en 1966 à l’âge de 17 ans après un stage de détection, est un témoin privilégié de cette période de genèse où le jeu à la nantaise se construit et se façonne. “Le FC Nantes venait de remporter deux titres consécutifs avec un style de jeu marqué. Le plus important, c’est l’expression collective. C’est même fondamental. Et le principe de jeu majeur repose sur la maîtrise du ballon, avec des échanges courts et rapides.

Ses principes de jeu étaient avant tout collectifs”. Le jeu à la nantaise repose également sur des joueurs qui possèdent des qualités physiques. Volume de jeu, vitesse, aptitude au duel, complémentarité des joueurs : l’équipe possède toute cette panoplie sur laquelle José Arribas développe l’assise du FC Nantes. Le stade Marcel-Saupin vibre aux exploits d’une équipe au jeu offensif et fluide, à une touche de balle. Partisan d’un football en mouvement, José Arribas va perpétuer jusqu’en 1976 un jeu créatif et inspiré, où le collectif prime sur l’individuel. “José Arribas n’était pas un théoricien mais un intuitif”.

Jouer juste

Le jeu à la nantaise, ce sont des entraînements qui font également la part belle à l’inventivité et où se travaillent les fondamentaux : vitesse, technique et tactique. “On s’entraînait au début parc de Procé avant de migrer au Grand Blottereau puis aux Basses- Landes. Nous nous adaptions dans le contenu des séances d’entraînement à notre environnement. Ainsi, dans le parc de Procé, ça monte, ça descend, tout ce qu’il faut pour se faire de bonnes jambes.

Les vieilles tribunes en bois du stade, proches du terrain, servent alors à faire des bondissements de toutes sortes. On faisait de la pliométrie avant de connaître ce terme. Si le jeu était dynamique, il le devait en partie à cette préparation spécifique. Une collaboration avec le C.H.U. de Nantes débuta à cette période, permettant au fil des saisons de mieux connaître tous les efforts nécessaires à réaliser en match.

Le FC Nantes était à l’avant-garde dans les méthodes de préparation et de suivi”. Car c’est bien l’efficacité qui est recherchée et basée sur le “jouer juste”. L’entraînement est comme un laboratoire où se répètent sans cesse les gammes. Au foot, ce sont les passes. Avec des exercices qui privilégient le mouvement. “C’est le maître-mot. Interdit d’être arrêté, de recevoir le ballon à l’arrêt !”

Espace libéré

Faire des passes. Recevoir et donner le ballon. Permettre de jouer en une touche de balle. Cela implique donc pour les joueurs de se fondre dans un collectif. “Mais il doit permettre aux individus d’exprimer au maximum leurs qualités. Les entraînements privilégiaient les jeux sans ballon et sur petits périmètres : cela pouvait déstabiliser les nouveaux joueurs ! Cette approche favorisait le mouvement et l’intelligence du positionnement. Ainsi, un bon joueur doit connaître ses partenaires, anticiper ses courses et ses appels, se projeter avant que le ballon ne soit transmis et surtout jouer dans l’espace libéré par le travail et les appels de ses partenaires.

Car c’est l’appel qui déclenche la passe”. Raynald Denoueix décline ainsi ce qui fit la force et l’essence même de ce jeu à la nantaise qu’il perpétua en tant qu’entraîneur, succédant à Jean-Claude Suaudeau en 1997, avec deux Coupes de France –en 1999 et en 2000– et avec le huitième et dernier titre de champion de France remporté en 2001. Système exigeant, le jeu à la nantaise a souligné l’importance de l’entente sur le terrain entre les joueurs. “Le faire et le vivre ensemble. Jouer en synchronicité. Une intelligence collective comme fil conducteur.

Tous ces principes constituent des repères, qui permettent aux joueurs d’appliquer en match ce  qu’ils ont répété à l’entraînement. Dans ces conditions, on peut agir efficacement. Le plaisir qui en découle est très important et il permet aussi de gagner. C’est ce que j’ai cru comprendre et aussi éprouver”, souligne Raynald Denoueix.

Héritage

“Le jeu à la nantaise? Un label pour toujours, une identité construite au fil du temps, la force d’une expression collective, l’esprit de conquête : il constitue une référence pour tous les amoureux du beau football.

Sur ce socle, le FC Nantes s’est bâti un palmarès éloquent : huit titres de champions de France, trois fois vainqueur de la Coupe de France, cent matches de Coupe d’Europe. La qualité du jeu déployé – offensif, attractif et spectaculaire – repose sur des principes immuables et partagés : la technique en mouvement et la maîtrise collective, la vitesse d’exécution et le jeu à une touche de balle, la disponibilité permanente autour du porteur du ballon, l’intelligence tactique et la créativité, la solidarité et le sens de l’équipe”, témoigne Gilles Rampillon, l’un des dépositaires de ce jeu durant plus de dix saisons de 1971 à 1982, consacrées par trois titres de champion de France (en 1973, 1977 et 1980) et la Coupe de France en 1979.

Ça n’est pas un hasard si le centre sportif de la Jonelière qui abrite le siège social, le centre d’entraînement et de formation du FC Nantes porte le nom de celui qui inventa le jeu à la nantaise. José Arribas a laissé un héritage considérable avec deux générations de joueurs, dont certains comme Jean-Claude Suaudeau ou Raynald Denoueix deviendront formateurs et entraîneurs. Et au-delà des victoires et des titres conquis, le jeu à la nantaise porte en lui une certaine idée du football. Où le succès ne doit pas être un objectif mais : “une conséquence du travail accompli collectivement”.

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Mis à jour le 27 mars 2013
21 avril 1943 :
Création du football club de Nantes avec comme premier président, Jean Le Guillou.
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titres de Champion de France remportés par le FC Nantes depuis sa création.