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Un Mémorial dans la ville

Le Mémorial de l'abolition de l'esclavage a ouvert ses portes le 25 mars 2012, un projet de longue haleine qui permet aujourd'hui à la ville de regarder son passé en face.

De la fin du XVIIe au milieu du XIXe siècle, Nantes a prospéré grâce à la traite négrière et au c ommerce triangulaire avec l’Afrique et les Antilles. Après avoir tourné le dos à cette histoire douloureuse, la ville construit depuis une vingtaine d’années les étapes d’une réconciliation avec son passé. Le Mémorial qui a ouvert le 25 mars  2012 est un élément structurant de cette démarche. Sa construction a pris du temps mais elle s’inscrit aujourd’hui dans un parcours cohérent et global dans la ville. Qu’est-ce qu’un mémorial ? « C’est un monument commémoratif, en référence à des faits historiques, destiné à inscrire dans l’espace public urbain la mémoire de l’histoire des victimes et faire vivre cette mémoire au présent pour les générations futures », répond Marie-Hélène Jouzeau, directrice du patrimoine et de l’archéologie à la Ville.

À Nantes, l’histoire du Mémorial commence en 1985, année du tricentenaire du code Noir, qui réglemente le pouvoir des maîtres sur les esclaves. La municipalité de l’époque refuse d’aider les associations désireuses de commémorer. Mais un colloque scientifique est organisé à l’université. Il fera date. Une réflexion s’engage dans le monde universitaire. A partir de 1989, il est décidé d’aller beaucoup plus loin sur cette question de la traite négrière et des libertés. En 1992, une grande exposition sur les « Les Anneaux de la mémoire » est organisée au château des ducs de Bretagne. Elle qui sera vue par 400 000 visiteurs. Le mécanisme est en marche. Nantes regarde son histoire en face et le fait savoir. En 1998, à l’occasion du 150e anniversaire de l’abolition, une cérémonie est organisée et une statue de fer et de plâtre intitulée L’abolition de l’esclavage est dévoilée. Elle est l’oeuvre de Liza Marcault, alors étudiante à l’école des Beaux-Arts de Nantes. Le 1er mai 1998, la statue est vandalisée. En juin de cette même année, en conseil municipal, Nantes décide donc la construction d’une oeuvre d’art de grande ampleur pour témoigner de l’histoire de Nantes avec la traite négrière. Ce sera un mémorial. Mais quelle forme lui donner ? Un comité de pilotage est constitué en 2000.
 

Réalisme ou évocation ?

« On ne souhaitait surtout pas une expression qui suggèrerait culpabilité ou exigence de repentance. On a beaucoup travaillé autour de l’idée d’évocation, de symbolique mais aussi d’une information à donner au public-citoyen », souligne Yannick Guin, ancien adjoint à la culture, aujourd’hui conseiller municipal délégué à la recherche, aux relations avec l’université et les grandes écoles et qui a porté le projet pour la Ville. Une proposition se démarque parmi les quatre étudiées, celle de Krzysztof Wodiczko (associé à l’architecte Julian Bonder), « parce qu’il ne s’agissait pas seulement d’ériger une statue, mais de favoriser un cheminement intellectuel qui favorise la compréhension et touche la sensibilité. Mais il a fallu encore du temps pour ajuster le projet », poursuit Yannick Guin. En juillet 2002, un accord de fond est trouvé et le contrat est signé. Mais le projet définitif ne sera validé qu’en octobre 2005 et les travaux lancés en 2008. Entretemps, un dialogue parfois houleux s’installe entre les différents acteurs du projet. Le choix du lieu est fixé depuis le début : « Quai de la Fosse, c’est le symbole du port, même si historiquement les navires négriers partaient de plus loin. On est aussi face aux immeubles du XVIIIe siècle de Feydeau, où vivaient les armateurs négociants et face au Palais de justice », précise Marie-Hélène Jouzeau.
 

Ne pas chercher à réparer l'irréparable

« La forme proposée par Wodiczko imposait de creuser sous le quai. Il a fallu faire faire de nombreuses études techniques, il y a eu aussi pas mal de débats, hésitations, tout ça a pris du temps mais c’était un temps nécessaire et il a fallu beaucoup de courage politique pour imposer le projet tel qu’il se dessine aujourd’hui », poursuit Marie-Hélène Jouzeau. Car plusieurs visions s’affrontent. Certains voudraient que l’on montre la traite de manière réaliste et expressive.
 

La dimension universelle du Mémorial

Créer un lien fort entre passé, présent et avenir, c’est l’un des enjeux majeurs de ce Mémorial. Pendant que le projet se concrétisait à Nantes, des signes sont donnés à l’échelle nationale sur la question de la commémoration de la traite négrière (voir dates-clés). À Nantes, le 1er Forum international des droits de l’homme se tient en 2004. « L’esclavage est un phénomène très ancien qui, à une époque, est devenue une industrie. Mais c’est aussi une question d’aujourd’hui », souligne Franck Barrau, responsable du Secrétariat international permanent des droits de l’homme et des gouvernements locaux, qui organise le 1er Forum. « Nous travaillons régulièrement sur les problématiques de l’esclavage moderne et l’exploitation par le travail, l’idée étant que Nantes se positionne à la fois sur le passé et la situation actuelle. » Françoise Vergès, politologue et présidente du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, a suivi de près le projet nantais. La dimension universelle du Mémorial est pour elle une nécessité absolue : « Le Mémorial de Nantes est le premier de ce type en Europe. Il peut jouer un rôle important d’éducation citoyenne pour mieux comprendre le passé en s’appuyant sur la connaissance scientifique. Il faut un lieu tangible et le Mémorial peut l’être, où tous les citoyens peuvent venir satisfaire leur curiosité, réfléchir, rencontrer et développer de nouvelles solidarités. »
 

Dates-clés :
  • 1992 : Exposition « Les anneaux de la mémoire » au château des ducs de Bretagne.
  • 2001 : Votée le 21 mai, la loi Taubira institue la traite négrière atlantique et l’esclavage comme crime contre l’humanité.
  • 2004 : Le 1er Forum international des droits de l’Homme se tient à Nantes.
  • 2006 : Le président Jacques Chirac instaure le 10 mai comme Journée nationale de commémoration de l’abolition de l’esclavage.
  • 2012 : Le Mémorial de Nantes devient le premier de ce type en Europe.

 

Le Mémorial de l'abolition de l'esclavage a ouvert ses portes le 25 mars 2012.
Créer un lien fort entre passé, présent et avenir, c’est l’un des enjeux majeurs de ce Mémorial.

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