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Les esclavages contemporains

La Déclaration universelle des droits de l’Homme, derrière laquelle s’affiche le mot Liberté, dans une cinquantaine de langues issues de pays touchés par la traite négrière. Balthazar.

« La définition classique de l'esclavage consiste à caractériser une personne comme une chose, un bien meuble qui peut être vendu, explique Emmanuel Decaux, professeur de droit international. Mais l’on peut citer d’autres formes qui peuvent s’apparenter à de l’esclavage comme les réseaux de prostitution, la mendicité forcée, la servitude pour dettes… tout ce qui relève de la marchandisation de l’homme par l’homme. »

Selon le Bureau international du travail, 12,3 millions de personnes sont victimes de travail forcé dans le monde, en particulier en Asie, en Afrique et en Amérique latine. La moitié de ces personnes a moins de dix-huit ans.

« Les nouvelles formes d’esclavage existent à côté d’un système culturel, social, économique qui tisse une multitude de réseaux d’intérêts. Chacun veut un téléphone portable mais on ne pense pas aux conditions de l’extraction du coltan, élément essentiel pour sa composition. Or ces conditions sont proches de l’esclavage. C’est comme avec le sucre. Un produit dont on ne peut se passer a une histoire, des conditions de production et de diffusion qui relient entre eux des métiers, des industries, aux quatre coins du monde. C’est la mondialisation sous sa forme actuelle et les guerres qui fabriquent des vies fragiles et des personnes vulnérables victimes de réseaux. Tout un système culturel justifie l’accumulation obscène de richesses, qui repose inévitablement sur de l’exploitation. Hier, le racisme anti-Noir a justifié l’esclavage. Aujourd’hui, la croyance aveugle au libre marché justifie des faits scandaleux qui s’apparentent à de l’esclavage », affirme Françoise Vergès.
 

Points de vue

Octave Cestor, fondateur de l'association Mémoire de l'Outre-Mer

Les antillais sont un vrai peuple mais sans racines. Notre histoire commence avec celle de la traite négrière mais nous n’avons pas de lieu pour nous enraciner. aux antilles, des générations ont été élevées “dos à la mer” car les rivages étaient le domaine des Békés (Blancs). On se blanchit la peau pour anoblir la race car on assume difficilement nos ancêtres africains. Si les africains portent en eux la haine d’avoir été réduits en esclavage, les antillais sont traumatisés parce qu’ils n’ont pas d’histoire à eux. Heureusement, les évolutions sont considérables. D’autres monuments existent, en afrique et aux antilles. Aimé Césaire, Édouard Glissant, Patrick Chamoiseau font vivre cette identité particulière à travers leurs écrits. Il est très important que Nantes, avec son passé de grand port négrier, érige un Mémorial. C’est une belle leçon de choses pour la jeunesse.

 

Ibrahima Thioub, chercheur associé à l'Institut d'Étude Avancées (IEA) de Nantes

La traite atlantique des esclaves africains est avant tout une initiative du capitalisme mercantile européen. ses animateurs ont jeté leur dévolu sur l’Afrique pour se procurer la main-d’oeuvre nécessaire à l’exploitation de la terre conquise après le massacre des autochtones d’amérique. Des millions d’Africains sont alors réduits en captivité puis soumis à un régime esclavagiste particulièrement inhumain. Le système ainsi mis en place a pu fonctionner parce qu’il y avait des acheteurs européens et des vendeurs africains. Mais il ne faut surtout pas y voir un simple trafic entre Blancs et Noirs. Des mécanismes économiques, sociaux, politiques complexes sont en jeu car on ne parle pas ici de vendre des bananes ou des armes mais de commerce d’êtres humains capables de résistance. Par cette ouverture atlantique, l’afrique entre de force dans le système capitaliste, qui va profiter à une minorité et pas du tout à l’ensemble du continent. Tout cela a encore aujourd’hui des répercussions très négatives sur le continent africain.

27 000 000
C'est le nombre d'hommes, de femmes et d'enfants en situation d'esclavage dans le monde.
350 000
C'est le nombre d'hommes et de femmes victimes de travail forcé dans les pays industrialisés.

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