Découverte
Vente aux enchères de la succession
Julien Gracq (1910-2007) chez Mes Couton & Veyrac
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- Parmi les objets vendus figure ce portrait de Julien Gracq de R. Veillé (XXe siècle) Pastel sur papier coloré, signé et daté en bas à droite 10/10/1942 39x31 cm. ©D.R.
Mercredi 12 novembre 2008 à partir de 14h, des objets personnels ayant appartenu à Julien Gracq ont été mis en vente à l'hôtel des ventes sous le marteau de Mes Couton & Veyrac.
Il s'agissait de livres, d'éditions originales, d'ouvrages évoquant son intérêt pour les surréalistes, de photos, de tableaux, de correspondances et de mobilier qui ont constitué une partie de l'univers personnel du grand écrivain dans sa maison angevine de Saint-Florent-le-Vieil et dans son appartement parisien du 61, Rue de Grenelle.
Une quarantaine d'oeuvres acquises par la Ville lors de la vente
Lors de la vente Gracq qui s'est tenue mercredi 12 novembre 2008, la Ville de Nantes s'est portée acquéreur, via l'exercice du droit de préemption de l'Etat, de 40 oeuvres, ouvrages, documents ou ensembles de documents pour un budget total de 75.000 €.
Outre le livret scolaire de Julien Gracq au lycée Clemenceau, destiné à rejoindre les collections du musée du Château, les acquisitions se sont concentrées sur ses relations avec le mouvement surréaliste - à commencer par André Breton.
Elles viennent, dans la logique des enrichissements déjà effectués en particulier au moment de la vente Breton, compléter l'ensemble réuni par la Bibliothèque municipale autour du rôle joué par Nantes dans l'histoire intellectuelle et littéraire des XIXe et XXe siècles.
- Télécharger la liste des objets acquis par la Ville de Nantes en .pdf
La succession Gracq
Né en 1910 et décédé sans descendance directe à l'âge de 97 ans, l'auteur du Rivage des Syrtes, en homme méticuleux, précis et ordonné, a attribué en avril 2000 la totalité de ses biens personnels à différents destinataires.
Ce document, sobrement intitulé "Ceci est mon testament" tient en trois feuillets et deux codicilles à l'interlignage serré mais à la calligraphie claire et nette. Les seuls lecteurs de l'intégralité de ce document posthume sont son notaire, Me Yannick Thébault, de Varades (Loire-Atlantique) et les attributaires que l'auteur y a désignés.
Pour l'état civil et le respect de la procédure, le document porte la signature de Louis Poirier et son rédacteur a ajouté: "En littérature Julien Gracq". On connaît par la presse les destinataires institutionnels du testament de Julien Gracq.
L'auteur a désigné la Bibliothèque nationale de France comme attributaire de la totalité des manuscrits autographes d'une vingtaine de ses oeuvres (dossiers de préparation et textes définitifs) et manuscrits inédits dont un récit inachevé ainsi que plusieurs carnets de notes.
À charge pour la BNF de fournir à la Bibliothèque Universitaire d'Angers, qui dispose déjà d'un fonds Julien Gracq, la copie numérisée des manuscrits des ouvrages publiés.
Angers reçoit également les traductions étrangères de ses livres et les ouvrages consacrés à Julien Gracq. Le droit moral et de divulgation a été confié à Mme Bernhild Boie, professeur émérite de littérature germanique à l'Université de Tours qui a édité les OEuvres Complètes de Julien Gracq à la Pléiade.
De Saint-Florent-le-Vieil à Nantes et la Forme d'une ville
Si Saint-Florent-le-Vieil a vu naître et mourir Julien Gracq, Nantes où il étudia, où il découvrit l'univers fantastique de Jules Verne et où il rencontra André Breton et le surréalisme, fut plus qu'une étape décisive dans sa vie.
Nantes, "ce n'était pas seulement une ville où j'avais grandi, c'était une ville où, contre elle, selon elle, mais toujours avec elle, je m'étais formé...". On se réjouira donc du choix de Nantes par plusieurs des héritiers de Julien Gracq pour disperser certains souvenirs à attachés sa vie personnelle, à son oeuvre littéraire et à ses rencontres artistiques.
Au catalogue figuraient une trentaine de dessins, aquarelles, huiles et lithographies, acquis peu à peu et qui devinrent son environnement quotidien. Saint-Florent-le-Vieil n'était pas un ermitage inaccessible.
Les écrivains qui ont aimé Gracq, qui avaient une dette d'écriture envers le maître, ceux qui appréciaient son oeuvre, ont eu le loisir de lui faire parvenir leurs propres essais. Une centaine d'ouvrages, le plus souvent en éditions originales, dédicacés - voire complétés d'un "envoi" personnalisé qui dit leur admiration et révèle parfois leur talent - ont ainsi été conservés par Gracq à son domicile parisien ou son lieu de vacances. S'ils n'ont pas rejoint quelque enfer ou le chemin de l'oubli, c'est que Julien Gracq les considérait comme essentiels ou qu'il partageait une sorte de fraternité voire de complicité avec leurs auteurs.
Ainsi des livres d'Ernst Jünger, dont on sait qu'il fit le pèlerinage des bords de Loire, d'Henri Queffelec avec lequel Gracq entretint sans nul doute une correspondance, de Régis Debray qui avait son affection littéraire, des livres de Rimbaud, de Cocteau, de Colette... Figuraient bien sûr, quelques surréalistes: André Breton, forcément, René Char, Man Ray et André Pieyre de Mandiargues, mais on trouvait aussi dans cette liste de proximité de sympathie le nom d'Eric Orsenna, celui de Jean d'Ormesson et de Maurice Rheims.
Les curiosités intellectuelles de Julien Gracq étaient multiples. Sauvage, diront ses détracteurs, Julien Gracq n'aimait guère les photographes. C'est pourquoi on trouvait un intérêt rare à la présentation d'une trentaine de photos de l'écrivain, dont plusieurs sont de l'objectif curieux de Robert Doisneau, son studio Harcourt à lui, vivantes et fraîches.
Une riche correspondance manuscrite avec Colette
Au "chapitre" des correspondances, le plus savoureux, pour les historiens, était certainement la lecture d'une courte missive de Colette à Julien Gracq rédigée en 1951 sur un demi format et sous la typographie "courrier" d'une Remington administrative.
La présidente du jury Goncourt confirme à l'auteur du Rivage des Syrtes qu'il a obtenu le prix si convoité. Lettre officielle et obligée, quoi qu'en ait décidé le récipiendaire dont on connaît le refus retentissant.
Expositions Publiques :
- Elles avaient lieu du samedi 8 novembre au mercredi 12 novembre 2008.
Vente aux Enchères Publiques:
- Mercredi 12 novembre 2008 à 14 h
L'Hôtel des Ventes
Couton & Veyrac
8-10, rue Miséricorde - BP 71906
44019 Nantes Cedex 1