Culture
Les Allumées de Nantes et du CRDC
De Barcelone à Cuba, de 1990 à 1995
6 ans, 6 nuits, 6 villes: 666/999 (le chiffre de la Bête), c'est de 6 heures du soir et 6 heures du matin... D'octobre 1990 à octobre 1995, ont lieu les Allumeés de Nantes.
Du 15 au 20 octobre 1990, a lieu la première édition des Allumées Nantes-Barcelone qu'orchestrent le Centre de recherche pour le développement culturel et son directeur Jean Blaise.
Suivront les éditions en 1991, Saint-Pétersbourg, en 1992, Buenos-Aires, en 1993, Naples, en 1994, Le Caire et finalement, en 1995, La Havane qui n'a pas lieu dans la métropole ligérienne.
Les Allumées, manifestation culturelle internationale rassemble des artistes de six grandes villes du monde invités à se produire à Nantes, six années durant.
Les manifestations ont lieu durant six jours dans des lieux éclatés, hétéroclites (de l'Opéra à la friche industrielle) et parfois inconnus des Nantais eux-mêmes.
Sur le thème de "C'est beau, une ville, la nuit ensemble" quand les réverbères et les regards complices s'allument, six villes et six nuits, de dix-huit heures à six heures.
Petite rétro!
Les Allumées de Barcelone
Du 15 au 20 octobre 1990, la Fabrique à glace du quai Wilson transforme ses 2800 m2 en complexe nocturne urbain, industriel et brut. Tapas, tortillas et cervesas...
A l'intérieur du long et vaste tunnel Saint-Félix détournant le cours de l'Erdre, des fourchettes géantes poursuivent d'énormes poissons agiles alors que des piétons chapeautés se dissimulent dans les coins.
Les Allumées Leningrad / Saint-Petersburg
Du 14 au 19 octobre 1991, l'ancienne usine de phosphates Delafoy, quai Fernand-Crouan, devient le lieu éphémère des nuits blanches peterbourgeoises, la Tchaïka. Vodka, salade et polka...
Décorée, la pile n°13 du pont de Cheviré s'ouvre sur un long couloir au bout duquel le grand maître d'échecs Kochiev dispute des parties d'échecs.
Les Allumées Buenos-Aires
Du 19 au 24 octobre 1992, toujours à l'usine Delafoy, la réplique nantaise d'une grande boite de Buenos-Aires, le Cemento, s'ouvre aux aficionados.
Vin argentin, haricots rouges, tango... "Cargo 92" est de retour. Après sa tournée triomphale à la rencontre du Nouveau Monde, le Melquiadès-Ville de Nantes rentre à son port d'attache et enflamme Cheviré pour l'ouverture des Allumées.
Dans sa cale transformée en rue de Nantes, le cargo Melquiadès-Ville de Nantes jette l'ancre quai de l'Aiguillon et des milliers de Nantais s'initient au tango argentin.
Les Allumées de Naples
Du 18 au 23 octobre 1993, Il Traffico s'illumine. Même adresse. Angelots suspendus, tympans ornés de fresques et pizza...
Le réservoir de la Contrie, vieux château d'eau, construit entre 1902 et 1939, ouvre un de ses neuf réservoirs datant de 1905. 121 piliers, 52 mètres au-dessus de l'océan, une capacité de 7 200 m3.
Les Allumées du Caire
Du 17 au 22 octobre 1994, c'est l'usine LU qui ouvre ses portes pour que Nantes s'allume à l'orientale avec la 5e édition des Allumées consacrée au Caire.
La Loire épouse le Nil et l'usine LU se métamorphose en palais des milles et une nuits. Un rez-de-chaussée autour de deux scènes, le restaurant à l'étage. Jeel-music, danse du ventre et musique nubienne...
Sur l'île de Nantes, à l'angle du boulevard de la Prairie-au-Duc, les dortoirs du blockhaus démilitarisés sont investis par les artistes et visiteurs.
Les Allumées "annulées" de Cuba
Du 16 au 21 octobre 1995, l'usine LU devait se transformer en Habana Club. L'ancien temple des petits-beurre devait épouser l'architecture coloniale cubaine. Salsa, mambo, rumba et cha-cha-cha...
La 6e édition des Allumées Nantes - La Havane n'aura finalement pas lieu. Au dernier moment, le gouvernement cubain de Fidel Castro refuse de participer au débat et à la manifestation qu'il estime "manipulée politiquement par des éléments qui tirent partie de la propagande contre Cuba" et, donc, l'impossibilité pour les trois-cents artistes attendus de sortir de Cuba.
Les Nantais sont invités à en débattre lors d'une grande soirée forum à l'usine LU.
L'ex-"off" allume malgré tout de belles étincelles dans les nuits nantaises.
L'esprit des Allumées
Ce soir là, il était juste six heures. J'allais tranquillement mon chemin quand, au détour d'un panneau d'affichage, un direct dans les mirettes me cloua sur la place du Pilori.
Le boxeur était haut comme trois bananes bien que réhaussé de couleurs sombres, mais sa puissance d'arrêt était telle que je stoppai brutalement mes pas.
Là devant moi, une affiche annonçait "Les allumées", événement nantais qui, depuis six ans, conjuguait Nantes au présent d'une grande ville de notre petite planète. Cette fois, c'était au tour de La Havanne, capitale de la République populaire de Cuba.
Tout avait commencé six ans plus tôt avec Barcelone et les derniers échos de sa "movida" catalane, cette movida qui avait fait souffler sur les "ramblas" le vent chaud d'une liberté qui se souvenait des années de lutte. Nous sommes en 1990.
Les Allumées se définissent alors comme le "festival de la création artistique dans les grandes métropoles européennes avant la fin du siècle". Barcelone, en pleine préparation des jeux olympiques, attire alors tous les regards.
Logiquement, elle est première à débarquer à Nantes avec ses artistes fous: la Fura dels Baus avec Noun au hangar Delafoy, le danseur-chorégraphe Cesc Gelabert et, surtout, au théâtre Graslin, cet extraordinaire opéra moderne de Carlos Santos intitulé Tramuntana Tremens.
Jubilatoire!
Les néo-Nantais de Royal de Luxe ne sont pas en reste avec leur Véritable histoire de France au pied d'un cathédrale qui renoue ainsi avec la tradition des saltimbanques, les 19 et 20 octobre 1990 à 18 heures.
Arrivés un an plus tôt dans la cité des Ducs, c'est la première création nantaise de ses émigrés venus d'une ville du sud.
La part de Nantes, c'est aussi, sous la direction d'Hervé Tougeron (La Chamaille) un Othello couleur de rouille sous les hangars désertés, le Hall AP3 des chantiers Dubigeon investis par 12 000 Nantais.
De la Loire à l'Erdre, il n'y a qu'un tunnel qui court sous les cours -le tunnel Saint-Félix- que l'on visite en péniche pour un voyage au pays de la BD barcelonaise.
Ailleurs sur le quai Wilson, les nuits nantaises s'allument, que dis-je ! s'embrasent dans un lieu au nom pourtant froidement industriel: la Fabrique à glace.
Certes, ce n'est pas la révolution en ce mois d'octobre 1990 mais il se passe, à Nantes, quelque chose d'indéfinissable et l'on devine que, désormais, rien ne sera plus comme avant...
Rien ne sera plus comme avant!
C'est aussi ce que les habitants de Leningrad ont dû se dire quand Saint-Pierre fut préféré à Lénine, le 12 juin 1991.
Un(e) Allumé(e)
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